L’histoire de l’Allemagne est indiscutablement marquée par le plus grand conflit européen du XVIIe siècle, la guerre de Trente Ans586. À plus d’un titre, s’engager au cœur de la bataille est périlleux pour le musicologue comme pour l’historien : non seulement la guerre occupe une vaste période (1618-1648, en ce qui concerne l’Allemagne puisque la France et l’Espagne continuent de s’affronter jusqu’en 1659), mais elle implique également un très grand nombre d’états (France et Espagne, donc, mais aussi Pays-Bas, Provinces-Unies587, Allemagne, Danemark, Suède). Le roi de Suède, Gustave-Adolphe, affirmait lui-même en 1628 : « Toutes les guerres qui se font en Europe se sont fondues en une seule et même guerre588 ». Pour ajouter à la confusion, cette guerre à détentes multiples noue des alliances souvent contre nature : tel prince luthérien choisit de renforcer les troupes catholiques de l’Empereur plutôt que de pactiser avec un roi calviniste ; tel lieutenant conduisant jadis des troupes catholiques se dresse contre l’Espagne ; sans compter les armées – pour la plupart composées de mercenaires recrutés au pied levé589 – dont le patriotisme et la morale se révèlent pour le moins douteux.
Tentons de résumer la chronologie des événements.
Le XVIe siècle était parvenu à un accord conciliateur : la Paix d’Augsbourg (1555). Ce traité conférait à chaque prince allemand le droit de choisir sa confession (catholique ou luthérienne) puis de l’imposer à ses habitants selon le principe « cujus regio, ejus religio » (pour chaque région, sa propre religion). Il s’agit en fait d’un pacte officialisant une pratique plus ou moins implantée (souvenons-nous de Frédéric le Sage prenant Martin Luther sous son aile alors que le Réformateur venait d’être mis au ban de l’Empire). Mais la paix d’Augsbourg engendra trois problèmes : 1/ à moins de pouvoir justifier d’une conversion antérieure à 1552, tout abbé ou évêque se réclamant de la confession luthérienne devait quitter les lieux ; 2/ conséquence de la mesure précédente, beaucoup de conversions n’entraînèrent aucun abandon des abbayes et évêchés entre 1555 et 1600 ; 3/ la paix d’Augsbourg ne concerne que les luthériens. Les calvinistes au nombre croissant590 se sentent lésés, et rencontrent l’opposition des catholiques comme des luthériens. À long terme, la paix d’Augsbourg menace de voler en éclat.
De manière assez marginale, l’Empereur Rodolphe II (1552-1612) promulgue la Lettre de Majesté en 1609, sorte d’assouplissement à la paix d’Augsbourg : en effet, sous la seule condition de ne former plus qu’une seule église protestante, les tchèques de Bohême sont autorisés à pratiquer leur culte (la Bohême regroupe alors près de quatre confessions protestantes : les utraquistes et les frères Moraves qui se revendiquent de Johann Hus, les luthériens et les calvinistes d’autre part). Ce geste en faveur des protestants engendre quelques remous dans les deux camps : ici l’on doit concilier des confessions pour le moins divergentes, et là on reproche à Rodolphe II d’être trop indulgent avec les protestants :
‘« Rodolphe résidait de plus en plus souvent à Prague, entouré de mathématiciens, d’astrologues et d’alchimistes. Contre les ambitions de son frère Mathias, Rodolphe prend appui sur la noblesse de Bohême qu’il remercie ainsi. Sa Lettre de Majesté accorde aux protestants le droit de construire des écoles et des temples. Ce document suscite l’exaspération des catholiques et notamment des jésuites591. »’Ces contournements à la règle, vécus partout comme des injustices, conduirent naturellement les camps à cristalliser leurs oppositions. C’est l’apparition en 1608 et 1609 de l’Union Évangélique et de la Sainte Ligue. Frédéric IV (1596-1632), électeur palatin592, est ainsi placé à la tête de l’Union Évangélique en mai 1608, réunion de princes calvinistes (dont ceux de Strasbourg, Frankfort ou Nuremberg) mais aussi luthériens (duc de Wurtemberg, margrave de Bade). Les appuis sont nombreux à travers l’Europe, puisque l’union reçoit le soutien des ennemis de l’Espagne (la France d’Henri IV, les Provinces-Unies et l’Angleterre593). Seule ombre au tableau, l’électeur de Saxe pourtant luthérien ne s’associe pas à l’union. Frédéric IV étant calviniste, Johann Georg Ier (1585-1654) préfère rester sous l’autorité de l’Empereur catholique Rodolphe II, Habsbourg de Vienne. L’historien Joseph Rovan résume ainsi :
‘ « Le calvinisme restera donc en Allemagne un phénomène marginal et longtemps illégal (seul le luthéranisme avait été légitimé à Augsbourg). Certes, personne n’avait plus le pouvoir d’empêcher l’Électeur palatin d’embrasser la foi protestante sous la forme calviniste, mais cette situation de fait créait pour les calvinistes un climat d’incertitude qui les poussait à se comporter en contestataires, à ne pas jouer le jeu. Mais alors que la plupart des luthériens conservaient, malgré l’opposition religieuse, un sincère patriotisme d’Empire et une loyauté profonde envers l’empereur, même catholique, les calvinistes n’hésitèrent jamais à contracter alliance contre l’empereur et l’Empire avec leurs frères dans la foi, hollandais ou français, et même avec les Français catholiques 594 . » ’En réaction à la constitution de l’Union Évangélique, les princes catholiques forment la Sainte Ligue en 1609. Celle-ci réunit des princes électeurs comme Maximilien Ier (1573-1651), duc de Bavière595, les trois électeurs ecclésiastiques (Trèves, Mayence et Cologne), et de nombreux états de l’Allemagne du Sud. À leur tour, les princes de la Sainte Ligue reçoivent l’appui de puissances extérieures, comme celui du duc de Lorraine ou du roi d’Espagne. Les blocs sont formés et prêts à s’affronter ; chaque ligue constitue d’ailleurs sa propre armée.
Plusieurs événements déstabilisent un équilibre déjà précaire : l’assassinat d’Henri IV en 1610, puis le décès de Rodolphe II en 1612. La couronne du Saint-Empire échoit à son frère Mathias (1557-1619). Celui-ci n’ayant aucun descendant direct, on choisit le cousin de Rodolphe et Mathias : l’ultra-catholique Ferdinand de Styrie (1578-1637), dont l’éducation jésuite renforça plus ou moins ouvertement son désir d’éradiquer toute forme de protestantisme dans le Saint-Empire (« Je préférerais transformer mes États en déserts plutôt que de les livrer au diable596 »). Il devra attendre 1618 pour être élu Empereur, mais reçoit en attendant la couronne de Bohême. Georges Pagès souligne même quelques rivalités entre cousins :
‘« […] Ferdinand de Styrie se décida à agir en roi de Bohême, bien que Mathias fût encore vivant. En juillet [1618], après son retour de Presbourg, où il avait été proclamé roi de Hongrie, Ferdinand ne recula pas devant un acte de violence, que le vieil Empereur n’osa désavouer : il fit arrêter Khlesl597 et le fit conduire, sous bonne garde, dans un château du Tyrol. Ferdinand se substituait ainsi à Mathias, comme autrefois Mathias s’était substitué à Rodolphe598. »’Les choses se sont d’ailleurs précipitées en 1618 : voulant corriger certaines entorses à la Lettre de Majesté, des ministres de Mathias font détruire des temples protestants dans deux villes de Bohême. Les princes protestants se réunissent (les Défenseurs de la foi, le 5 mai 1618), et commencent à projeter un rupture avec le pouvoir impérial. Le comte de Thurn (1567-1640) en tête, ils marchent sur Prague et tentent une discussion avec les représentants des Habsbourg. L’entrevue est un échec, et deux lieutenants de Mathias (Slawata et Martinic) ainsi que leur secrétaire (Fabricius) sont défenestrés599. En août 1618, après l’arrestation de Khlesl, Ferdinand n’attend toujours pas l’autorisation de Mathias pour remettre de l’ordre et lève une armée pour reprendre la Bohême. Dans la même période (19 août 1618), les états de Bohême prononcent la déchéance de Ferdinand ; dès le 26 août, ils déclarent le comte palatin Frédéric – alors chef de l’Union Évangélique – roi de Bohême. Il devient ainsi Frédéric V. Mathias mourant (son décès survient le 20 mars 1619), Ferdinand est élu Empereur du Saint-Empire Romain Germanique, le 28 août 1618. Il devient Ferdinand II. En quelques mois, les deux puissances se sont définitivement crispées, chacune contestant la légitimité de l’autre. « Frédéric n’avait plus autre chose à faire que de défendre sa couronne. Ferdinand ne pouvait plus avoir d’autre but que de détrôner celui qui n’était à ses yeux qu’un usurpateur et de rétablir le prestige de la Maison de Habsbourg en écrasant la rébellion600 ». La guerre de Trente Ans peut commencer.
Le 31 octobre 1619, Frédéric V entre dans Prague avec une armée commandée par le comte de Thurn. Pour de multiples raisons, sa cause n’est soutenue par aucun allié (ni la France, ni l’Angleterre, ni les Provinces-Unies n’appuient concrètement la royauté de Frédéric V ; quant à l’électeur de Saxe Johann Georg Ier, il s’oppose au roi calviniste et rejoint même les rangs de l’Empire). Dès 1619, Ferdinand II peut donc compter sur la présence des électeurs de Saxe (luthérien) et de Bavière (catholique), et sur l’aide de Philippe III (1578-1621), Habsbourg de Madrid et roi d’Espagne qui dépêche vingt-mille hommes des Pays-Bas. L’électeur de Saxe attaque alors les Lusaces (région au sud de Dresde promise par Ferdinand II en cas de victoire) ; le lieutenant Belge Tilly (1559-1632) au service du duc de Bavière commande vingt-cinq mille hommes et attaque la Bohême ; le lieutenant espagnol Spinola dirige vingt-mille hommes pour attaquer le Bas Palatinat. Le 8 novembre 1620, les troupes de Tilly et de Frédéric V s’affrontent près de la colline de la Montagne Blanche, et la défaite de Frédéric V est inévitable. Le roi de Bohême s’enfuit en Brandebourg601, tandis que la Bohême, la Moravie et les Lusaces retournent sous le contrôle de Ferdinand II. Celui-ci veut asseoir son autorité, et entend y parvenir par tous les moyens : le 21 janvier 1621, il met au ban de l’Empire l’électeur palatin et roi contesté de Bohême Frédéric V, sans même convoquer la Diète602. Frédéric V perd non seulement tous ses biens et propriétés, mais lui est également retirée sa dignité électorale. Une politique sanglante est alors menée : vingt-sept chefs militaires sont arrêtés, jugés, puis décapités à Prague le 21 juin 1621. La même année, Ferdinand II abolit la Lettre de Majesté de son cousin. En 1622, il prononce l’expulsion des pasteurs luthériens (et en 1627 la conversion obligatoire ou l’expulsion sous les six mois de tous ses habitants). Le 25 février 1623, l’empereur convoque une diète partielle à Ratisbonne pour attribuer les nouveaux pouvoirs : le Haut Palatinat est placé sous l’autorité de Maximilien Ier de Bavière, et le contrôle du Bas Palatinat est réparti entre Maximilien Ier et le jeune Philippe IV (1605-1665), roi d’Espagne depuis 1621. Quant à la dignité électorale du comte palatin, elle revient encore au duc de Bavière (à titre viager). Sous ces conditions, Frédéric V ne s’impose plus comme le chef de la rébellion ; il quitte du reste le Brandebourg pour reconquérir ses terres, mais plus aucun prince de l’Union Évangélique ne le soutient (un par un, ils prêtent allégeance à l’empereur).
La seconde phase de la guerre s’enclenche en 1625, quand le roi de Danemark Christian IV (1588-1648) déclare la guerre à l’empereur. Le Danemark est alors une souveraineté étendue, puisqu’elle règne sur les îles danoises, l’Islande, la Norvège, la Scanie et le duché de Holstein (la pointe nord de l’Allemagne), et Christian IV entend bien conquérir des terres limitrophes à la Baltique (la Poméranie entre autres). Mais le roi de Danemark ne reçoit aucune aide de ses alliés potentiels : les Provinces-Unies sont en pleine lutte avec les troupes espagnoles de Spinola (qui prend Bréda en 1625), le Brandebourg décline toute alliance, et l’électeur de Saxe – comme on pouvait s’y attendre – n’espère pas entrer dans un conflit ouvert avec Ferdinand II (il en attend toujours le contrôle des Lusaces). Les généraux de Christian IV, Mansfeld et Halberstadt, se retrouvent donc bien vite isolés. De son côté, en avril 1625, Ferdinand II confie à Albert Wallenstein (1583-1634) le soin d’organiser une armée impériale (Bernard et Monique Cottret estiment l’apport de Wallenstein à quarante-cinq-mille-trois-cents fantassins et seize-mille-six-cents cavaliers603). Celui-ci s’exécute, et dès le mois de mars 1626, Wallenstein écrase Mansfeld avec une troupe de vingt-mille hommes. Quant au lieutenant Tilly (le vainqueur de la Montagne Blanche), il repousse Christian IV de la Basse-Saxe cinq mois plus tard, le 26 août 1626. Wallenstein fait campagne, et reprend toutes les conquêtes de Christian IV en Poméranie. L’échec est cuisant, et le roi de Danemark doit se résoudre à signer la paix à Lübeck le 22 mai 1629. Il conserve certes ses propriétés allemandes (le Holstein), mais renonce à toute participation militaire ultérieure dans les affaires allemandes.
Alors certain de sa victoire, Ferdinand II promulgue l’Édit de Restitution le 6 mars 1629, là encore sans convoquer la Diète. Il s’agit d’un retour aux clauses de la Paix d’Augsbourg : toutes les sécularisations protestantes postérieures à 1552 doivent être restituées aux autorités catholiques. Mais Ferdinand II ne compte plus désormais sur la bonne volonté des abbés ou évêques convertis : il charge Tilly et Wallenstein de reprendre par la force les localités réfractaires. L’armée du duc de Friedland, forte de cent-mille hommes, traverse alors toute l’Allemagne et s’adonne au pillage et au viol, sans aucun distinction entre les localités catholiques et protestantes. Les revendications surannées de 1552 commencent à échauffer les princes luthériens. En voulant éradiquer le protestantisme d’Allemagne, Ferdinand II ne fait qu’attiser la colère. L’électeur de Brandebourg et même Johann Georg Ier de Saxe commencent à s’opposer à l’empereur.
La troisième phase du conflit arrive alors, avec l’intervention du roi de Suède Gustave-Adolphe Vasa (1594-1632) en juillet 1630. À l’image de Christian IV, Gustave-Adolphe compte étendre son pouvoir sur la Poméranie (la Suède possède déjà la Finlande et l’Estonie. Gustave-Adolphe compte faire de « tous les rivages de la Baltique […] un lac suédois604 »). La défense des terres luthériennes est un second motif (un prétexte diront certains) pour l’intervention militaire. Mais à la différence de son homologue danois, le roi de Suède peut espérer quelques alliances : la Transylvanie, la Moscovie, et même la Turquie. Le soulèvement des princes protestants est surtout provoqué par la prise de Magdebourg (sous le joug de l’Édit de Restitution) par les troupes de Tilly le 20 mai 1631. Cette opération militaire est alors l’occasion de massacres et d’incendies, représailles qui entraînent l’indignation des électeurs de Brandebourg et de Saxe. La marche de Gustave-Adolphe, le « lion du nord », peut alors commencer.
Gustave-Adolphe lance alors diverses offensives : le 17 septembre 1631, le lieutenant Bernard de Saxe-Weimar (1604-1639) écrase les troupes de Tilly à Leipzig ; le 15 novembre, Johann Georg Ier repousse les armées impériales et pénètre dans Prague (un retournement de situation aussi brutal qu’imprévu) ; le roi de Suède traverse lui-même l’Allemagne de l’ouest pour conquérir la Thuringe, la vallée du Main et le Rhin ; le 23 décembre, Gustave-Adolphe marche sur Mayence et chasse tous les dignitaires catholiques. Au printemps 1632, Gustave-Adolphe attaque puis envahit la Bavière, et bat à son tour les troupes de Tilly (celui-ci décède le 15 avril) ; en conjuguant ses forces avec celles de Frédéric V, il entre dans Munich le 15 mai 1632.nAuAaeS
La série de victoires est écrasante.
Mais c’était ignorer l’acharnement de Wallenstein (dont les prétentions, et dit-on l’arrogance, finissent par agacer l’empereur). Celui-ci repousse l’électeur de Saxe de Bohême, puis attaque Gustave-Adolphe à Nuremberg. Le bras de fer dure près de deux mois, sans qu’aucun avantage ne soit emporté dans un camp ni dans l’autre. Le roi de Suède voit ses troupes s’épuiser, et décide finalement de battre retraite. Il rebrousse chemin, et remonte vers le nord de l’Allemagne. Le chasseur devient chassé : Wallenstein court à sa poursuite. Un affrontement décisif a lieu à Lützen (près de Leipzig). Gustave-Adolphe trouve la mort en chargeant en première ligne, mais les troupes de Wallenstein sont battues.
La période qui suit est pour le moins trouble. Cette défaite teintée de victoire (à chaque camp le soin d’en choisir le contenu : la mort de Gustave-Adolphe ou la défaite des armées impériales) redistribue le jeu des alliances. Le chancelier de Suède Axel Oxenstierna qui assure une forme de régence (la reine Christine n’a que six ans) parvient à maintenir les princes du Rhin, de Souabe et de Franconie acquis à sa cause. Mais les électeurs de Brandebourg et de Saxe quittent leur alliance avec la Suède (le premier craignant à juste titre l’annexion de la Poméranie par la Suède, le second voulant une réconciliation avec Ferdinand II). Quant à Wallenstein, il s’engage dans un double jeu qui lui coûtera la vie : il traite secrètement avec la Saxe, et propose même ses services à la Suède et à la France605. La supercherie découverte, Ferdinand II le fait assassiner à Eger le 24 février 1634.
Cette troisième phase (victoires puis défaite de Gustave-Adolphe) s’achève par l’accord de Pirna-Prague, du nom des deux villes où furent signés les deux volets du traité (Pirna, le 24 novembre 1634 ; Prague, le 30 mai 1635). Cet accord – souvent nommé Paix de Prague – précise les points suivants : 1/ maintien de la Paix d’Augsbourg ; 2/ amnistie générale ; 3/ dissolution des ligues (Union Évangélique et Sainte Ligue) ; 4/ reconnaissance par l’électeur de Saxe (Johann Georg Ier) de la destitution de l’électeur palatin (Frédéric V) et du transfert de sa dignité électorale au duc de Bavière (Maximilien Ier). En échange de cette dernière clause, l’électeur de Saxe peut espérer gouverner les Lusaces (promises depuis 1619). Une majorité de princes protestants sont invités à signer cet accord, et beaucoup le font – comme l’électeur de Brandebourg.
‘« Les princes protestants renoncèrent assurément à demander la liberté religieuse pour la Bohême, et en Silésie, la confession luthérienne ne fut tolérée qu’à Breslau et, dans trois principautés qui ne relevaient pas immédiatement de la couronne. Mais, concession fondamentale, Ferdinand II abolissait l’Édit de Restitution. […] Le Protestantisme était sauvé en Allemagne. Mais il était écrasé en Bohême et en Moravie606. »’La quatrième phase de la guerre de Trente Ans est à l’initiative de la France, qui passe de la « guerre couverte » à la « guerre ouverte ». La France de Richelieu (1585-1642) craint alors le pouvoir grandissant de Ferdinand II conjugué aux prétentions territoriales de l’Espagne. L’hégémonie habsbourgeoise doit prendre fin. De nombreuses alliances sont alors signées : le 8 février 1635 avec les Provinces-Unies, le 28 avril 1635 avec la Suède, en juillet avec les ducs de Savoie, de Mantoue et de Parme, puis en octobre avec Bernard de Saxe-Weimar. Richelieu dépêche des garnisons en Alsace, puis occupe la Lorraine. L’événement déclencheur vient de l’arrestation par les espagnols en mars 1635 de l’électeur de Trèves Philipp Christoph von Sötern, prince neutre sous protection française. Le 19 mai 1635, Louis XIII (1601-1643) déclare la guerre à l’Espagne. La France tente alors de couper les principales voies de communications entre l’Espagne et les Pays-Bas, d’où les nombreuses batailles aux endroits stratégiques (directement aux Pays-Bas sous le commandement du maréchal de Brézé, en Alsace où Bernard de Saxe-Weimar remporte une victoire à Brisach le 17 décembre 1638, mais aussi en Italie du nord et dans la Valteline). Parallèlement, les Pays-Bas et les hollandais se liguent contre l’Espagne (1638), tout comme le Portugal et la Catalogne (février 1641, soutenus par Richelieu). La Suède est repoussée de Poméranie en 1638, mais retourne à la conquête de la Silésie et de la Bohême (1639-1640). L’Allemagne est à nouveau déchirée par ces troupes européennes venant s’affronter sur son territoire.
Globalement, les opérations sont d’ailleurs peu concluantes pour la France, et les principaux acteurs de cette guerre finissent par disparaître : décès de Ferdinand II le 15 février 1637 (son fils Ferdinand III lui succède), de Bernard de Saxe-Weimar (le 18 juillet 1639), de Richelieu le 4 décembre 1642 (Mazarin poursuivra la politique de son prédécesseur), de Louis XIII le 14 mai 1643, et même de Christian IV en 1648. La guerre s’essouffle peu à peu, et conduit aux Traités de Westphalie (1648)607, même si les combats se poursuivent (Turenne conduit une armée franco-suédoise, et remporte quelques victoires, notamment à Zusmarschausen).
Pour résumer, la dénomination « Traités de Westphalie » rassemble en fait trois traités : les deux premiers sont signés à Munster (l’un entre l’Espagne et les Provinces-Unies le 30 janvier 1648, le second entre la France et les États ecclésiastiques allemands le 24 octobre 1648), et le troisième à Osnabrück (également daté du 24 octobre 1648 ; participent des représentants de la Suède, de la France, et les États laïques allemands). À eux trois, ils imposent : 1/ un retour à la Paix d’Augsbourg, en incluant cette fois-ci les calvinistes ; 2/ un panorama définitif des sécularisations protestantes à compter du 1er janvier 1624 (et non plus 1552) ; 3/ un assouplissement à la règle du « cujus regio, ejus religio » puisque les habitants qui ne partagent pas la confession de leur prince ne sont plus obligés de se convertir ou de quitter le territoire (une liberté de culte est alors tolérée) ; 4/ un « retour en grâce » du prince palatin (fils de Frédéric V), qui retrouve sa dignité électorale (ce qui porte le nombre de princes électeurs à huit) et l’autorité sur le Bas Palatinat (le duc de Bavière possède toujours le Haut Palatinat) ; 5/ une attribution des terres (la Saxe peut garder les Lusaces, le Brandebourg reçoit Halberstadt, Minden et Magdebourg, la France gagne Brisach et une grande partie de l’Alsace – à l’exception de Strasbourg et Mulhouse, la Suède gagne la Poméranie occidentale, les Provinces-Unies sont officiellement indépendantes du Saint-Empire608) ; 6/ un nouveau statut pour les cantons suisses et les Pays-Bas, déclarés neutres et indépendants.
On le voit sans peine, les traités de Westphalie ne tournent pas à l’avantage de l’empereur du Saint-Empire ; ils prennent même des allures de désaveu pour la dynastie habsbourgeoise, avec un léger avantage pour la France.
Quant au bilan humain, il est désastreux. Il suffit de comparer l’évolution de la population européenne en millions d’habitants entre 1500 et 1700 pour se faire une idée du désastre609 :
| vers 1500 | vers 1600 | vers 1700 | |
| Allemagne | 10-11 | 16-18 | 10 |
| Autriche/Hongrie/Bohême | 7,5 | 10 | 7,5 |
| Provinces-Unies | ? | 1,3 | 1,6 |
| Pays-Bas | ? | 1,4 | 1,8 |
| Danemark | 0,8 | 1 | ? |
| Suède | 1 | 1-1,5 | 1,4 |
| Espagne | 7,5 | 8-9 | 6 |
| France | 16 | 18 | 19 |
| Italie | 11-12 | 12-13 | 11,5 |
| Angleterre | 2,5 | 4-4,5 | 5,5 |
Certains états comme l’Allemagne ou le groupe Autriche/Hongrie/Bohême ne retrouvent qu’en 1700 leur niveau de population tel qu’il fut évalué autour de 1500. Au sortir de la guerre, près de la moitié de l’Europe centrale à été vidée de ses âmes. Mais la nation ayant le plus souffert de la situation est finalement l’Espagne, dont la population chute considérablement (elle est même inférieur à son niveau de 1500). Seules la France et l’Angleterre parviennent à maintenir une courbe croissante. Si nous considérons uniquement les pays où la démographie recule (et à une date déjà distante de deux génération de la fin de la guerre), nous pouvons estimer a minima une perte entre onze et quinze millions d’habitants, l’Allemagne dénombrant plus de la moitié des victimes :
‘« Dans son ensemble, la population allemande serait passée, entre 1620 et 1650 environ, de 16 millions à environ 10 millions d’habitants, accusant ainsi une baisse de l’ordre de 40 %. Certains États ont été, en effet, durement touchés. Quelques-uns ont même perdu 60 % au moins de leur population, parmi lesquels le Mecklembourg et la Poméranie au nord-est, la Thuringe au centre et le Palatinat-Wurtemberg au sud-ouest, en particulier dans le vaste triangle Trèves-Francfort-Augsbourg. Dans telle zone du Mecklembourg, par exemple, là où les autorités comptaient en 1639 près de 3 000 paysans, elles n’en trouvent plus que 360, dix ans plus tard. Quant à la population du Wurtemberg, qui s’élevait en 1622 à 445 000 habitants environ, elle n’atteint pas les 100 000 vingt ans après610. »’Joseph Rovan, pour sa part, résume ainsi :
‘« Exsangue, [l’Allemagne] l’était au sens propre du terme. La moyenne des pertes en vies humaines n’était pas loin des 50 %, la population allemande se trouvait ramenée au plus bas niveau, celui de la fin du XIVe siècle, après les grandes poussées de peste, mais que signifiaient ici les moyennes ? Dans certaines régions, au nord-est, en Poméranie, dans le Brandebourg et au sud-ouest, en Souabe, dans le Palatinat, les pertes s’élevaient à 60, 70, 75 %. Ailleurs, dans le nord-ouest notamment, elles restaient inférieures à 25 ou 20 %. Les villes, dans l’ensemble, s’en sortaient mieux que les campagnes. […] Beaucoup de terres étaient abandonnées, les villages détruits et déserts, la transmission des savoir-faire interrompue par la disparition prématurée de deux ou trois générations de pères. Dans beaucoup d’endroits et dans de nombreux domaines, il faudra près d’un siècle pour réparer les dommages, et ce siècle qui voit le triomphe orgueilleux de la grandeur française et la montée de plus en plus rapide de la richesse anglaise est nécessairement celui d’une grande faiblesse allemande611. »’Les horreurs de la guerre sont maintes fois rapportées dans les célèbres Aventures de Simplicissimus (1669)612 de Johann Jacob Christoph von Grimmelshausen (1621-1676), lui-même témoin du massacre de sa propre famille. Le temps nous manque pour plonger à nouveau dans le récit du fantasque romancier, et pour croiser la petite histoire avec la grande. Prenons tout de même le temps de relire un chapitre ; celui-ci nous coûtera quelques instants – nous pouvons endurer cela en songeant à tous ceux qui ont vécu ces événements pendant une trentaine d’années (voir Annexes 3, p. 260).
Ce chapitre n’est qu’un exemple parmi bien d’autres ; violence gratuite, tortures humiliantes et insoutenables semblent avoir été sinistrement courantes. La force narrative de ce passage tient surtout au fait que ni les soldats ni les paysans n’ont un rôle définitivement établi : ils sont tour à tour victimes et bourreaux, gens sensés que nous serions prêts à défendre ou brutes aveugles dénuées de toute humanité. Au sortir de ce chapitre, le lecteur est définitivement débarrassé de toute pensée simpliste – puissant tour de force de l’auteur au regard de son thème principal – puisque aucun parti ne vaut mieux que l’autre. Le climat entretenu est finalement celui du dégoût ; « saleté de guerre », a-t-on envie de dire (les nombreuses causes embrassées par Simplex, qui passe d’un camp à l’autre avec le souci permanent du calcul, en sont la preuve à longue échéance).
La peinture n’est pas en reste, et nous croisons parfois quelques tableaux évoquant la guerre de Trente Ans. Près de nous, le musée des Beaux-Arts de Rouen possède une Charge de Cavalerie de Pieter Meulener (voir Planche n°17)613, où l’œil est immédiatement attiré par un groupe de trois personnages au premier plan : mise à feu simultanée de deux ennemis (coup de pistolet par le cavalier de gauche, tir de mousquet par le fantassin de droite), et lance pointée sur la gorge du cheval par le second fantassin de droite. Entre les deux partis, un tambour gît à terre – sans doute l’instrument de celui qui passe sous les sabots du cavalier principal. Derrière ce groupe du premier plan, la scène paraît se multiplier à l’infini : marée de cavaliers levant l’épée ou chutant, fantassins tirant au mousquet, tandis que d’autres – moins nombreux sur la droite – semblent prendre la fuite. Au loin, une colonne de fumée s’élève ; un village paye certainement les frais de cette bataille. Au musée Favre de Montpellier, nous croisons aussi cette Halte de Bohémiens et de soldats de Sébastien Bourdon (voir Planche n°18)614. Au premier plan, deux militaires au repos attirent notre regard : celui de droite, plutôt âgé, mange et bois en prenant appui sur des coffres et cuirasses ; celui de gauche, plus jeune, semble pensif et lance un regard dans notre direction ; fumant la pipe, il croise les jambes et paraît immobilisé dans ses pensées. Mais à quoi pense-t-il ? Aux massacres dont il fut le témoin, sinon le complice ? L’autorité qui émane du personnage (épais vêtements, bon enracinement vertical dans la position assise, fierté du regard) finit par interroger : goûte-t-il au repos bien mérité ? Se justifie-t-il la barbarie dont il fut l’artisan ? Prépare-t-il de nouvelles stratégies pour écraser l’ennemi ? Ou résiste-t-il au souvenir de l’horreur ? Ses yeux perçoivent-ils encore ces crânes éclatés, ces membres arrachés, ces torses défoncés par des armes où le sang se mêle à la boue, au point d’en perdre l’appétit ? Le soldat de droite, qu’on devine plus expérimenté au regard de son grand âge, ne se pose plus ce genre de questions. Mais le jeune soldat reste pensif, et fume une pipe d’où ne se dégage d’ailleurs aucune fumée615. La structure pyramidale du soldat trouve un écho dans la pyramide en pierre à l’arrière-plan, vestige de culture ancienne, et certainement symbole de connaissance.
En musique enfin, plusieurs générations se côtoient dans ce début de XVIIe siècle. Nous retrouvons ici les compositeurs qui vécurent pour l’essentiel au siècle précédent et qui ont à peine effleuré le conflit. Les dates de décès parlent d’elles-mêmes : 1604 (Osiander), 1606 (Lechner), 1610 (von Burck), 1612 (Hassler), 1621 (Sweelinck et Praetorius). Autrement dit, la plupart des grandes personnalités disparaissent avant le début des massacres. Pourtant, une autre génération – celle dont les dates de naissance avoisinent l’année 1580 – partage la scène de ce premier XVIIe siècle : ce sont Melchior Franck (1575-1639), Daniel Friderici (1584-1638), Johann Staden (1581-1634), Johann Hermann Schein (1586-1630), Samuel Scheidt (1587-1654), et bien entendu Heinrich Schütz (1585-1672). Mais cette liste devient effrayante, car bien peu de compositeurs franchissent l’année 1648. Même les patriarches de la génération précédente expirent en pleine tourmente : Gumpelzhaimer (1625), Hieronymus Praetorius (1629), Demantius (1643). Finalement, il ne reste que Scheidt et Schütz pour survivre à la guerre ; et encore, Scheidt ne la dépasse que de deux années. À cet égard, on peut véritablement parler d’une « génération sacrifiée ». Arrivent enfin quelques compositeurs dans l’entourage de Schütz (T. Michael, T. Selle, J. E. Kindermann), dont l’essentiel de l’activité se concentre en pleine guerre de Trente Ans, et qui retiendrons notre attention dans ce chapitre.
Le temps – et non le désir – nous manque pour évoquer les autres catastrophes qui s’ajoutent à la guerre : la grande peste de 1619, ou les procès de sorcières – entre autres dénoncés par Friedrich Spee von Langenfeld (1591-1635) : voir SPEE (Friedrich von Langenfeld), Allemagne 1631 : un confesseur de sorcières parle, Cautio criminalis, Paris, l’Harmattan, coll. « Allemagne d’hier et d’aujourd’hui », 2000, 299 p.
Les Pays-Bas formaient aux XVe et XVIe siècles un territoire conséquent, confiné entre la France, la Lorraine, et le Saint-Empire. Or, les conflits religieux et politiques (les Pays-Bas étaient sous l’autorité de la couronne d’Espagne) ont conduit à une séparation nord-sud : ainsi, depuis l’Union d’Utrecht en 1579, les Pays-Bas (au sud) regroupent neuf provinces (Artois, Flandre, Cambresis, Hainaut, Brabant, Namur, Gueldre supérieure, Limbourg et Luxembourg) toutes dépendantes de l’Espagne. Les Provinces-Unies, quant à elles, regroupent huit provinces du nord des Pays-Bas opposées à l’autorité espagnole (Zélande, Hollande, Utrecht, Gueldre, Overissel, Drenthe, Frise et Groningue).
Cottret (Bernard et Monique), Histoire politique de l’Europe, XVI e -XVII e -XVIII e siècles, Paris, Ophrys, coll. « Synthèse Σ Histoire », 1996, p. 93.
Voir Lebrun (François), Le XVII e siècle, Paris, Armand Colin, coll. « U », série « Histoire moderne » dirigée par Pierre Goubert, 1967, p. 66-67.
Voir Delumeau (Jean), Naissance et affirmation de la Réforme, op. cit., p. 158 : « D’autre part les princes et les autorités passèrent du Luthéranisme au Calvinisme dans les comtés de Nassau (1578), à Brême (1580), dans le duché d’Anhalt (1595) qui revint en 1644 au Luthéranisme, dans le comté de Lippe (1600). En Hesse-Cassel, le landgrave Maurice devint calviniste et 1604 et imposa par la force la nouvelle confession malgré des résistances à Marbourg et à Smalkalde. Les ducs de Schleswig-Gotthorp [sic] et de Mecklembourg en 1610, de Silésie, de Brieg et de Liegnitz en 1611 se convertirent également au Calvinisme et obligèrent leurs sujets à faire comme eux. En 1613, l’Électeur de Brandebourg, Jean-Sigismond, adhéra à son tour à la Réforme suisse, surtout il est vrai pour obtenir l’appui hollandais […] ».
Cottret (Bernard et Monique), Histoire politique de l’Europe, XVI e -XVII e -XVIII e siècles, op. cit., p. 91.
Rappelons que depuis la Bulle d’or de 1356, l’Empereur du Saint-Empire Romain Germanique est élu par sept princes électeurs (trois religieux et quatre laïcs) : les princes-archevêques de Trèves, Mayence et Cologne, le roi de Bohême, le comte palatin du Rhin, le duc de Saxe, et le margrave de Brandebourg. Au temps des Empereurs espagnols (Charles Quint, Philippe II, Philippe III), l’hégémonie espagnole est inquiétante pour des nations comme la France, l’Angleterre ou même l’Italie. Il faut avouer que les Habsbourg de Madrid contrôlent un ensemble de territoires pour le moins vaste : Espagne, Portugal, Italie du Sud, Sicile, Sardaigne, Pays-Bas, sans compter les colonies (Afrique, Amérique du Sud, Philippines). Quand le roi d’Espagne porte également la couronne du Saint-Empire, il faut ajouter les Provinces-Unies, l’Allemagne, la Bohême, l’Autriche, la Hongrie, et quelques villes de l’Italie du nord (on se souvient de Trente). La France (de François Ier jusqu’à Henri IV et même Louis XIII) fait tout pour minimiser le pouvoir espagnol, tout comme l’Angleterre. Même l’Italie qui voit pourtant un allié catholique finit par redouter cette puissance économique et politique.
Pour sceller cette entente protestante, on organise même un mariage entre la fille de Jacques Ier – roi d’Angleterre – et l’héritier de Frédéric IV.
Rovan (Joseph), Histoire de l’Allemagne, des origines à nos jours, Paris, Seuil, 1994, p. 331.
« Avec une autorité jamais défaillante, les ducs de Bavière ont préservé leurs États de la contagion luthérienne. Par des pressions directes ou indirectes, les princes ecclésiastiques du voisinage, notamment le prince-archevêque de Salzbourg, parviennent vers le début du XVIIe siècle à éliminer à peu près complètement l’hérésie qui avait connu de grands succès dans toutes les régions montagneuses de l’Allemagne du Sud. » (Ibid., p. 343).
Ibid., p. 338. Joseph Rovan ajoute encore : « Esprit limité, mais d’une fermeté inébranlable en matière religieuse, il est résolu à ramener ses peuples à la vraie foi. Il déclare avec une conviction passionnée qu’il préfèrerait devoir mendier son pain avec sa famille plutôt que de négliger son devoir de prince chrétien comptable du salut de ses sujets. […] Tous les protestants sont contraints à revenir au catholicisme ou à émigrer. La résitance de la noblesse est balayée par la force. Du coup, l’archiduc acquiert une réputation de fanatique redoutable […] » (p. 344).
Khlesl : ministre de Mathias, convaincu qu’un compromis était possible entre protestants et catholiques.
Pagès (Georges), La Guerre de Trente Ans, 1939, 2/Paris, Payot, coll. « Histoire Payot », 1991, p. 51-52.
Les historiens ont ici un avis divergent : pour certains, Slawata, Martinic et Fabricius tombent dans un « tas de fumier » (Joseph Rovan, Histoire de l’Allemagne, op. cit., p. 346) ou un « tas d’ordures » (Bernard et Monique Cottret, Histoire politique de l’Europe, XVI e -XVII e -XVIII e siècles, op. cit., p. 92) ; pour d’autres, il s’agit d’un simple « fossé » (Georges Pagès, La guerre de Trente Ans, op. cit., p. 48).
Pagès (Georges), La guerre de Trente Ans, op. cit., p. 62.
Cette déroute aussi rapide est l’origine du sobriquet de Frédéric V : le Winterkönig, roi d’un hiver.
La Diète d’Empire est une lourde institution mise à la disposition de l’empereur. Constituée de trois collèges (le collège des sept princes électeurs, ou Kurfürstenrat, le collège représentant près de trois cents principautés ecclésiastiques ou laïques – comme la Bavière, Wurtenberg, Liège ou Wurztburg – nommé Fürstenrat, et enfin le collège représentant une cinquantaine de villes – comme Hambourg, Brême, Strasbourg, Nuremberg ou Augsbourg – le Reichsstädtisches Kollegium), cette diète est convoquée par l’Empereur qui lui soumet un problème sur lequel statuer (décisions relevant des lois, des impôts, des déclarations de guerre ou de traités de paix, mais aussi affectant des questions religieuses – on se souvient de la diète de Worms convoquée par Charles Quint pour décider du sort de Martin Luther). L’empereur ne peut prendre une décision à la place de la diète, mais use d’un droit de veto. Inversement, la moindre mésentente entre les trois collèges paralyse toute prise de décision. La diète est donc bien souvent sujette à l’immobilisme. Quand Ferdinand II prend sa décision de révoquer le comte palatin, il entend bien gagner du temps et couper court à toute discussion.
Cottret (Bernard et Monique), Histoire politique de l’Europe, XVI e -XVII e -XVIII e siècles, op. cit., p. 97. Ces troupes viennent renforcer l’effectif du Saint-Empire, fixé par la diète de Worms (1521) : vingt-mille fantassins et quatre-mille cavaliers, « dont on peut doubler, voire tripler le nombre le cas échéant », nous dit Jérôme Hélie (Petit Atlas historique des Temps modernes, Paris, Armand Colin, coll. « U », série « Petit Atlas Historique », 2000, p. 48).
Ibid., p. 98.
Jusque là, la France tente de ne prendre aucune position officielle. La situation est compliquée avec un Édit de Nantes toujours en vigueur et une régence fermement catholique (Marie de Médicis, puis Richelieu). Finalement, être catholique ne suffit pas pour appuyer la politique des Habsbourg, qu’ils soient de Madrid ou de Vienne. La vieille rivalité avec l’Espagne (qu’on se souvienne des guerres à répétition entre Charles Quint et François Ier) prédomine dans toutes les prises de position. Ainsi, la France catholique soutient les états protestants. En 1624 par exemple, Richelieu ordonne le retrait des troupes espagnoles sur son territoire.
Delumeau (Jean), Naissance et affirmation de la Réforme, op. cit., p. 211.
Ces traités sont l’œuvre d’un long cheminement, puisque l’éventualité d’un accord est évoquée dès 1641 et que des conférences de paix sont organisées en 1644.
Voir Schillinger (Jean), Le Saint-Empire, Paris, Ellipses, coll. « Les essentiels – Civilisation allemande », 2002, p. 99.
Chiffres empruntés à Lebrun (François), Le XVII e siècle, op. cit., p. 24 ; Hélie (Jérôme), Petit Atlas historique des Temps modernes, op. cit., p. 11 ; et BERCÉ (Yves-Marie), Le XVII e siècle, 1620-1740, De la Contre-Réforme aux Lumières, Paris, Hachette, coll. « Histoire Université », série « Histoire de l’Humanité », 1992, p. 161.
BERCÉ (Yves-Marie), Le XVII e siècle, 1620-1740, De la Contre-Réforme aux Lumières, op. cit., p. 87-88.
Rovan (Joseph), Histoire de l’Allemagne, op. cit., p. 367.
Aucun livre d’histoire ne peut s’empêcher d’en citer quelques bons passages.
Pieter Meulener (Anvers, 1602 – Anvers, 1654).
Sébastien Bourdon (Montpellier, 1616 – Paris, 1671).
L’homme perdu dans ses pensées au point que le temps se fige nous évoque Saint Paul en Prison (1627) de Rembrandt, admirable huile sur bois de chêne, 72x60, Stuttgart, Staatsgalerie.