1/ Les Compositeurs du Sud

1.1/ Joahnn Kaspar Kerll (1627-1693)

Johann Kaspar Kerll est certainement l’auteur le plus influent de sa génération dans le sud de l’Allemagne. Après avoir étudié l’orgue auprès de son père, il devient organiste à la cour de l’archiduc Leopold Wilhelm de Vienne, tout en suivant ses études auprès du Kapellmeister Giovanni Valentini790. Avant 1650, il part pour Rome étudier auprès de Carissimi (et rencontre vraisemblablement G. Frescobaldi). Il s’installe ensuite à Bruxelles en 1650 pour suivre l’archiduc Leopold Wilhelm devenu vice-roi des Pays-Bas espagnols (1646-1656). Il quitte alors Bruxelles pour rejoindre Munich, où l’Électeur de Bavière le nomme vice-Kapellmeister. Dès 1657, il crée un opéra (Oronte) pour l’inauguration de l’opéra de Munich. Annobli en 1664, il est nommé organiste aux grandes orgues de la cathédrale Saint Étienne de Vienne, et connaîtra pour assistant le jeune Johann Pachelbel ; ce poste à la cathédrale sera honoré de 1673 à 1677, date à laquelle J. K. Kerll est engagé comme organiste de la cour impériale.

Son œuvre est impressionnante : dix-huit messes dont un Requiem, seize pièces sacrées de langue latine, vingt-six concerts spirituels, onze opéras dont Oronte (1657), l’Amor della patria (1668), I colori geniali (1668), Amor tiranno ovrero Regnero innamorato (1672). Quant aux pièces instrumentales, le Modulatio organica super Magnificat octo ecclesiasticis tonis respondens (Munich, 1686) regroupe un grand nombre de pièces pour orgue ; pour le clavecin, J. K. Kerll nous laisse huit Toccate, six Canzone, Alemanda, Ciacona, Passacaglia, Ricercare a 4, Bataglia, Cappricio sopra il cucu (1679), ainsi que d’autres suites.

Le lecteur peut se faire une bonne idée de sa musique sacrée à travers le Delectus Sacrarum Cantionum (Munich, 1669)791. Parmi d’autres curiosités, nous pourrions relever ce duo de basses avec violons virtuoses (Estote fortes in bello), où la voix est magnifiée grâce à de nombreuses et prodigieuses gorgie. l’Alleluia du Laetabundus et jocundus surprend également par sa fougue, tout comme Plorate, ululate dont le chromatisme ascendant étonne (on ne peut s’empêcher de penser aux larmes de Schein).

Notes
790.

G. Valentini est réputé pour ses talents de contrapuntiste : le Canone nel modo di Salomone, à quatre-vingt-seize voix, ou le Canone sopra le parole del Salve Regina aux deux mille résolutions possibles, en sont de fameux exemples.

791.

Enregistrement : JKK1.