Quittons les cantors de Leipzig pour une personnalité étonnante. Né à Ölsnitz en 1620, Johann Rosenmüller étudie tout d’abord la théologie à l’université de Leipzig et devient l’assistant de Tobias Michael – au point de le seconder dans ses tâches professorales à la Thomasschule en 1642. En 1651, il est nommé organiste de la Nikolaikirche et vice-Kapellmeister en 1654 de la cour d’Altenburg. La voie semble tracée pour J. Rosenmüller, qui apparaît comme le prévisible successeur de T. Michael. Mais en 1655, il est enfermé pour « actes pervers vis-à-vis de jeunes élèves825 ». Il s’évade et se réfugie à Hambourg avant de quitter l’Allemagne pour Venise, ville qu’il adoptera de 1658 à 1682. Se faisant une nouvelle vie, Johann Rosenmüller devient Giovanni Rosenmiller ; il est d’abord tromboniste à Saint-Marc, puis, entre 1678 et 1682, compositeur à l’Ospedale della Pietà. Ce n’est donc qu’en 1682 que J. Rosenmüller revient en Allemagne, à Wolfenbüttel, pour y passer les deux dernières années de sa vie.
Sa production musicale est importante, et concerne essentiellement la période 1645-1655 : Paduanen (suites de danses instrumentales, 1645), Kernsprüche, mehrenteils aus Heiliger Schrift (Sentences, pour la plupart issues des Écritures Saintes, 1648), Grablieder (Chants funèbres, 1652), Andere Kernsprüche (Autres Sentences, 1652-53), et les Studenten Musik (1654, dédiée aux étudiants de Leipzig…). De son séjour italien, nous retiendrons surtout un recueil de Sonata da camera (1667) de deux à cinq voix.
Le style de J. Rosenmüller est largement influencé par l’Italie. Ceci est sans aucun doute lié à un premier voyage effectué lors de l’hiver 1645/46, qui dut impressionner le jeune compositeur. Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans ses œuvres un grand nombre de composantes déjà entrevues chez S. Knüpfer ou J. Schelle : sinfonia introductive, virtuosité vocale, alternance solistes/Ripieno, contraste entre les mesures binaires et les mesures ternaires, récitatifs.
Leroux, Martial, « Johann Rosenmüller », in : LEMAÎTRE, Edmond (dir.), Guide de la Musique Sacrée, op. cit., p. 657. Martial Leroux se contente de parler de « soupçons ». Il se conforme ainsi à l’avis de Martin Gregor-Dellin ; voir GREGOR-DELLIN (Martin), Heinrich Schütz, op. cit., p. 287. Mais Julie Anne Sadie va plus loin : « Malheureusement, sa réputation fut entachée à jamais par sa condamnation pour homosexualité – pratiquée avec des élèves – et son évasion de prison » ; voir Sadie, Julie Anne, « Johann Rosenmüller », in : SADIE, Julie, Anne (dir.), Guide de la Musique Baroque, op. cit., p. 67. Prudent, Manfred Bukofzer se contente de parler d’un « compositeur de génie, [qui] a ruiné une carrière prometteuse par sa moralité douteuse » ; voir BUKOFZER (Manfred), La Musique Baroque, op. cit., p. 124.