Sur Dieu, étrange gouverne de l’Esprit

‘ Catharina Regina von Greiffenberg
Seisenegg-Amstetten, 7 septembre 1633
Nuremberg, 8 avril 1694



Silence et force, espérer, clandestin vivre au secret ;
ne pas bouger quand le fond de toutes les terres tremble ;
être invinciblement fort à l’heure de la faiblesse ;
toutes les troupes du monde en armes, les vaincre seul ;


Dans l’abîme obscur du cœur, cacher la clarté du vrai ;
souffrir que le mal, fumée, ruine l’honneur, cette flamme ;
qu’au lieu de bourgeons de roses, l’épine orne la vertu,
est l’effet d’un cœur céleste, non d’une peine commune.


SEIGNEUR ! aide ma faiblesse ; elle est sans toi comme un verre :
image sur son écu, qui te voit l’effroi le fige.
Verse l’indomptable sève dans ce tonneau de coquille !


L’araignée de ma faiblesse, si ta force la clôture,
peut attraper les baleines. Mon néant ne trompe pas :
il est cause que l’Immense agit grand à travers moi.’

Le chemin que nous avons suivi depuis le début de notre étude nous mène enfin à Nicolaus Bruhns. Comme un marcheur épris de son voyage, impatient d’achever la route mais savourant les moindres curiosités qui s’offrent à lui, nous aimerions prendre notre temps et mieux connaître cet homme. Sa biographie est pourtant bien succincte, et d’autant plus difficile à reconstituer que sa vie fut brève. Mais les haltes que nous nous sommes autorisées, les pages que nous avons feuilletées, les chapelles princières au milieu desquelles nous avons entendu bien des chœurs, et surtout les compositeurs qui ont eu la bienveillance de nous héberger en chemin, nous permettent désormais de rencontrer le personnage avec plus de confiance.

Après avoir parcouru la grande Histoire, intéressons-nous à celle d’un compositeur et de sa famille.