B) Les associations automobilistes : concurrence, diversité et tentatives de rassemblement

Plusieurs revues et regroupements associatifs ont accompagné la naissance et le développement de l’automobilisme. Sur le plan national on pense bien évidemment au Touring-Club de France créé en 1890354 par Abel Ballif pour accompagner le développement du cyclisme et du tourisme dans un cadre ouvert à plusieurs strates de la société355. De nombreuses initiatives du TCF telles que l’amélioration de la signalisation routière, l’édition de cartes, l’organisation de l’hébergement, ou l’encouragement à l’amélioration des hôtels en province, sont d’une très grande utilité aux premiers automobilistes356. Ainsi peu à peu, le Club consacre davantage de ses activités à l’automobile357. De son côté l’Automobile-Club de France créé en 1895 par le Marquis de Dion, le Baron de Zuylen et Paul Meyan, prend le relais pour ce qui concerne plus spécifiquement le développement de l’automobile mais dans une perspective plus élitiste358 voire aristocratique359. En mars 1896 il compte déjà 500 adhérents puis 1000 en juin 1897360. Suivront plusieurs automobiles-clubs de province et notamment en 1896, l’Automobile-Club de Nice361 ; en 1897, l’Automobile Bordelais362 ; en 1899, l’AC de Marseille-Provence363 ; en 1901, l’AC du Nord et l’AC du Forez364 ; ou en 1902, l’AC de Bourgogne. En 1905 on compte 19 automobiles clubs régionaux et en 1939, 300 000 adhérents sont inscrits dans 52 clubs régionaux365.

A Lyon, des associations locales apparaissent progressivement dès la fin du 19ème siècle dans le sillon des regroupements orchestrés autour du vélo et de la presse sportive locale366. Ainsi il existe déjà à Lyon le Bicycle-Club, qui se transforme en Bicycle-Club Automobile. Sis au 12 rue du Bât-d’Argent, il organise des sorties mixtes composées de cyclistes et d’automobilistes. Le Cyclophile lyonnais et le Moto-Club de Lyon (fondé le 11 juin 1899367) organisent également différentes courses. Par la suite, le Moto-Club de Lyon est conduit à tisser des liens étroits avec l’Automobile-Club du Rhône. Ils organisent ensemble plusieurs manifestations et leurs responsables participent respectivement aux assemblées générales des deux groupements368. Enfin, l’Autocycle lyonnais, dont le siège était au 23 rue d’Algérie, se lance lui aussi dans l’organisation de compétitions automobiles.

Puis émergent des groupements consacrés à la seule automobile, comme l’Automobile-Club de Lyon créé en 1900. Son président est Jean Bernard, un industriel, et le siège en est commun avec le Bicycle-Club. Au tournant du XIXème siècle, cette première tentative de création d’un automobile-club à Lyon est intégrée à la Fédération Automobile du Sud-Est, qui comprend les automobiles-clubs de Nice, Grenoble, Salon, Romans, Béziers, Avignon et donc Lyon. Très vite, ce premier autombile-club lyonnais sera refondé dans l’Automobile-Club du Rhône dès sa création en 1902369. Jean Bernard en sera d’ailleurs l’un des fondateurs et par la suite l’un des membres les plus actifs. Enfin, l’Union automobile de Lyon est créée en 1911 sous forme d’amicale ayant pour but la défense des intérêts collectifs des automobilistes370. L’Union compte alors 300 adhérents. Son président est le docteur Siraud371, qu’on retrouvera quelques années plus tard au sein de l’Automobile-Club de Rhône car l’Union sera progressivement dissoute et absorbée dans l’Automobile-Club du Rhône avant la Première Guerre Mondiale372. D’autres associations ou regroupements sont créés pendant les débuts de l’automobile, souvent en lien avec des revues et reflétant bien tout le dynamisme de cette période373. Ces associations sont pour la plupart issues des milieux mondain, médiatique, sportif et industriel lyonnais. Elles rassemblent surtout des médecins, des sportifs, des industriels et des journalistes. Toutes convergent finalement vers l’ACR, incarnation des mondes de l’automobile.

Les mondes automobiles lyonnais sont constitués des acteurs connectés aux multiples activités dépendant de la production et de l’utilisation des automobiles. Ils s’incarnent dans des associations diverses et variées qui progressivement se rassemblent sous la bannière de l’ACR. Le Club comprend en effet progressivement l’ensemble des personnalités mondaine, industrielle, sportive, journalistique, politique, administrative et technique intéressées par la pratique de l’automobile.

Notes
354.

Dès 1895, le TCF compte déjà 20 000 membres. Ce chiffre a culminé jusqu’à 700 000 membres mais comme il n’a pas su adapter ses structures aux évolutions du monde des loisirs, il cesse ses activités le 23 octobre 1983 et certains de ses membres constituent alors l’Union des Groupes du Touring-Club de France.

355.

Cf. Loubet J.-L., 2001, op. cit., p. 35.

356.

Le Touring-Club de France va notamment contribuer à la publication de guides touristiques et à la mise en place de signalisation routière tout en subventionnant le goudronnage de certaines routes et l’établissement de pistes cyclables.

357.

Cf. Bardou J.-P., Chanaron J.-J., Fridenson P. et Laux J. M., 1977, op. cit., p. 34.

358.

Cf. Loubet J.-L., 2001, op. cit., p. 35.

359.

Cf. Flonneau M., 2005, op. cit., p. 34.

360.

Cf. Bardou J.-P., Chanaron J.-J., Fridenson P. et Laux J. M., 1977, op. cit., p. 35.

361.

« 1896-1971 : l’AC de Nice fête ses 75 ans », cf. L’Action Automobile et Touristique, n° 119, juillet 70, p. 93.

362.

Transformé en Automobile-Club Bordelais en 1899 puis en Automobile-Club du Sud Ouest quelques années plus tard, cf.100 ans de l’Automobile-Club du Sud Ouest 1897-1997, op. cit.

363.

Voir AMM 468 W 36.

364.

Cf. Tomas F., Variations autour du patrimoine, Un cas d’école : le Forez, Publications de l’Université de Saint-Étienne, Saint-Étienne, 2004, p. 156.

365.

Cf. Lemerle J.-L., 1987, op. cit., p. 93.

366.

Voir sur ce point, Pouzet P.-L., 2006, op. cit., p. 78 et 79.

367.

« Le MCL fondé officiellement en 1905 est le seul club motocycle français qui peut prétendre à 50 ans d’existence sans interruption », cf. « Le banquet du cinquantenaire », dans les Pages du MCL du Carnet de l’automobile, décembre 1955, n° 48, p. 31.

368.

Les présidents des deux organisations sont ainsi systématiquement invités lors des manifestations importantes des deux clubs respectifs (banquets, assemblées générales, courses, expositions…).

369.

L’Automobile-Club du Rhône est créé le 15 janvier 1902 par une soixantaine d’automobilistes.

370.

Son siège, d’abord fixé au quai de la Pêcherie, est transféré en 1913 au n° 4 de la rue Alphonse-Fochier.

371.

Le Docteur Siraud, originaire de Mâcon, est le successeur en 1891 du professeur Jaboulay à la Faculté de Médecine de Lyon. Il est également vice-président de la section lyonnaise du Club Alpin, président du conseil d’administration de l’école d’aviation d’Ambérieu-en-Bugey et secrétaire du comité pour l’aviation militaire de Lyon et du Rhône. C’est un sportif accompli.

372.

Le Docteur Siraud adhère à l’Automobile-Club du Rhône le 30 janvier 1914, Comité directeur de l’ACR du 30 janvier 1914, cf. Revue de l’ACR, n° 2, février 1914.

373.

Voir le tableau des associations lyonnaises concernant l’automobile et le cyclisme en annexe.