2) Aménager la rue, les carrefours

De manière générale, même si, comme nous le verrons par la suite, de nombreuses discussions portent aussi sur la mise en place d’une réglementation générale de circulation623, l’après Première Guerre Mondiale, est surtout marqué par la mise en place, dans un premier temps, de petits aménagements pour améliorer la circulation dans certains quartiers ou à certains carrefours624. Ainsi par exemple en 1922625, il est décidé de mettre en place des trottoirs refuges sur diverses voies publiques, puis en 1925, les services techniques municipaux procèdent à l’aménagement du carrefour à l’intersection des rues de la Vierge, Béchevelin et Saint Michel pour améliorer la circulation.

Dans les années trente, avec les activités de la nouvelle commission municipale de circulation626, ses membres sollicitent de plus en plus directement les décisions du Conseil Municipal. Une succession de décisions et d’aménagements sont mis en œuvre pour améliorer la circulation. Mais l’objectif est de déplacer les nombreuses discussions qui se tiennent en séance du Conseil Municipal au sujet de ces différents problèmes et petits aménagements de circulation vers la nouvelle commission municipale de circulation627. En effet, la plupart d’entre eux avaient été prévus et budgétisés dans les rapports réalisés dans le cadre de la remise en route de cette commission628. Le Conseil Municipal, par délibération du 9 novembre 1931 et du 29 février 1932629, décide donc la création de refuges et le rescindement de trottoirs quai Jules Courmont, Cours de la Liberté, Pont de la Feuillée et Rue Juliette Récamier. Dans sa séance du 12 novembre 1934, il adopte le projet présenté par le Maire de remplacement d’un trottoir-refuge trop ancien et trop vétuste pour assurer la sécurité des piétons au carrefour entre les rues de l’Université, de la Mouche, de la Madelaine, Camille-Roy et Garibaldi630.

En séance du 12 mars 1934, suite à une étude réalisée par le directeur de la voirie, qui révèle la circulation très active et très difficile dans le secteur de Grange Blanche, il est décidé le déplacement et la modification de refuges, la pose de poteaux de signalisation et de deux passages cloutés afin de supprimer les dangers sur ce point631. Le Maire présente ensuite lors de la séance du 15 avril 1935 un projet de création d’un refuge pour piétons sur le Cours Charlemagne (au droit de la Place de l’Hippodrome). Il indique que : « la construction de ce refuge est demandée instamment par les habitants du quartier Sainte Blandine qui signalent les dangers auxquels sont exposés les piétons à l’endroit précité où s’arrêtent les tramways et les électrobus et où la circulation est très active ». Une nouvelle fois, le Maire présente le 20 juillet 1935 en commission générale du Conseil Municipal, le projet de création de deux refuges sur le quai du Général Sarrail (débouché Rue Bugeaud et Rue Vauban) établi par l’ingénieur en chef de la Ville. Il indique qu’ « il s’agit là d’une opération de voirie absolument indispensable du point de vue de la sécurité publique. Les risques d’accidents sont en effet nombreux à ce carrefour, où la circulation des véhicules est intense et où il existe un arrêt de tramway ». Ce projet, qui a reçu l’agrément de la Commission municipale de circulation, est donc inscrit au projet de budget supplémentaire de l’exercice courant au motif de l’« Amélioration de la circulation, Travaux de voirie ». En séance du 29 juillet 1935, est adopté le projet de déplacement d’un refuge situé à l’intersection de la Rue Duguesclin et de l’Avenue Félix Faure et de rescindement de trottoirs, pour l’Avenue Félix Faure et le Cours Gambetta : « ce qui permettra d’apporter une grande amélioration à la circulation, sur ce point particulièrement dangereux »632. A la Commission générale du Conseil Municipal, le Maire présente le 23 août 1935 un projet établi par l’ingénieur en chef de la Ville qui consiste à améliorer le tournant à l’intersection du Cours des Chartreux et du Boulevard de la Croix-Rousse. Selon lui « l’amélioration envisagée permettrait d’obtenir un dévers normal à ce tournant très dangereux pour la circulation ». Plus loin, il ajoute que « l’exécution des travaux présente un réel caractère d’urgence ». Il présente le 25 juin 1936 un projet de rescindement de trottoirs (concernant le Boulevard Eugène Déruelle, à l’angle du Boulevard de la Part-Dieu), à la demande de la Commission municipale de circulation. Etabli par l’ingénieur en chef de la Ville, il vise à « améliorer de façon appréciable la circulation très active qui s’effectue au carrefour précité ». En séance du Conseil municipal du 8 février 1937, le Maire présente à cette occasion un projet d’établissement d’une borne de virage pour la place de la République, à hauteur de la rue Childebert. Préconisée par l’ingénieur en chef de la Ville, l’installation de ce refuge signal s’avère « indispensable en raison de la circulation intense qui s’effectue au carrefour susindiqué ». Enfin, en commission générale du Conseil municipal, le Maire présente le 20 mars 1939 un projet préparé par le 6ème Bureau de la Mairie centrale. Il s’agit d’examiner deux devis établis par l’ingénieur en chef de la Ville en vue d’améliorations de voirie demandées par la commission municipale de circulation633. Herriot signale qu’en raison de l’urgence, à la demande des services de police, le refuge surélevé de la place de la République a été exécuté.

Une multitude de projets d’aménagement de rues et d’intersections se succèdent dans l’entre-deux-guerres et sont présentés en séance du Conseil Municipal ou lors des réunions de la commission municipale de circulation. Ils rendent compte des problèmes de circulation qui deviennent extensibles à l’infini jusqu’à concerner l’ensemble des rues de la ville. Ils sont donc administrés quotidiennement par les autorités locales. Mais au-delà de l’encombrement et des nécessités d’aménagement des rues, la sécurité devient une préoccupation de plus en plus importante pour les élus locaux, au fur et à mesure que se développe la circulation des automobiles en ville.

Notes
623.

Une commission municipale spéciale est créée à cet effet et l’arrêté municipal établissant le règlement général de circulation pour la Ville de Lyon sera mis en place le 1er février 1926.

624.

Voir notamment Flonneau M., « Du profil de la rue à la forme de la ville : l’intégration parisienne du 18ème arrondissement (1860-1940), Recherches contemporaines, n° 4, 1997, pp. 49-73.

625.

Le conseiller municipal Privat est le rapporteur de ce dossier en séance du Conseil Municipal.

626.

Refondée le 29 avril 1931 et installée de manière permanente.

627.

Comme le souligne le conseiller Barboyon lors de la séance du Conseil Municipal du 17 octobre 1932 : « Ces petites questions devraient être soumises à la Commission de la circulation qui les étudierait ».

628.

Voir notamment la discussion en séance du Conseil Municipal du 17 octobre 1932 qui porte justement sur ces aménagements décidés dans le cadre de la reprise d’activité de la commission municipale de circulation. Au cours de ce débat plusieurs conseillers municipaux en profitent pour évoquer différents problèmes : la circulation des autocars dans la rue Marietton ; la mise en place de refuges vers la rue et la Place Bellecour et vers la Place Dépéret ; le problème du stationnement dans les rues du Confort, Mercière, Paul Chenavard et de la Fromagerie ; et le problème des passages cloutés dans les rues de la République et de Grenette, cf. « Un débat au Conseil municipal sur la circulation urbaine », Revue de l’ACR, n° 11 novembre 1932.

629.

Suivant l’avis exprimé par la Commission municipale de circulation, l’avis favorable du service ordinaire des ponts et chaussées et celui du directeur de la voirie.

630.

Dans la foulée, le 19 novembre 1934, il est décidé la suppression d’un trottoir-refuge « catastrophique » sur la place de l’Abondance (anciennement Aristide Briand), projet présenté par le conseiller municipal Sahuc et examiné par la Commission municipale de circulation au cours de sa dernière séance.

631.

Entre la Rue Montchat et le Cours Albert Thomas.

632.

Projet qui avait été adopté par la Commission municipale de la circulation lors de sa réunion du 26 juillet 1935, qui avait déjà été examiné en Conseil Municipal le 29 avril 1935, et qui a l’agrément de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Suty, rapporteur au nom de la Commission générale.

633.

Remplacement de la borne-virage de la place de la République par un refuge surélevé destiné à améliorer la visibilité de l’agent-vigie, déplacement des passages cloutés du pont Lafayette, rive droite, et établissement de barrières métalliques sur les trottoirs du pont.