Sur le plan national comme au niveau international, les débats et les discussions concernant l’aménagement des routes, la réglementation de la circulation ou la signalisation se tiennent la plupart du temps à l’écart des problématiques urbaines666. De ce point de vue, les réflexions états-uniennes développées sur ces enjeux depuis les années vingt et trente, montrent une bien plus grande prise en compte des enjeux urbains667. Les experts américains sont les premiers à tenir compte de la spécificité des villes pour comprendre les problèmes de circulation et de stationnement en milieu urbain668. En témoignent les discussions autour des conférences internationales de l’aménagement des villes qui se tiennent depuis 1920 dans plusieurs villes, comme Paris, Londres ou Berlin. Seule celle qui a lieu à New York en 1925669 accorde une place importante aux questions de circulation urbaine. En effet dans le programme, un thème important : « The Traffic Problem », occupe plusieurs conférenciers : « City Planning as a Permanent Solution of the Traffic Problem » par Arthur S. Tutlle (New York) et Morris Knowles (Pittsburgh) ; « Circulation et Transports » par Auguste Bruggeman et Jacques Gréber (Paris)670 ; « Arteriel Roads » par G. L. Lepler (Londres) et Joseph Brix (Berlin) ; et « Traffic in New York City » par Richard E. Enright (New York). De ce point de vue, les résultats obtenus par les Etats-Unis suscitent de plus en plus d’engouement671.
Pourtant dans les villes européennes, la circulation des automobiles pose des problèmes importants aux édiles et techniciens dès le début du vingtième siècle, notamment pour celles qui possèdent un centre historique important672. Mais, alors même qu’elles n’ont pas toutes connu la même évolution historique, culturelle ou géographique, il est fréquent de constater que la plupart des articles ou des argumentaires développés de manière récurrente sur la circulation en ville, reviennent sur ces problèmes censés toucher l’ensemble des villes européennes comme une donnée allant de soi. Ces données intrinsèques et inhérentes semblent systématiquement convoquées pour désigner les phénomènes urbains du vingtième siècle. Ainsi pour comprendre comment ces derniers sont appréhendés dans une dynamique de circulations internationales, nous allons commencer par décrire les premiers lieux de discussions des questions automobiles.
Comme au niveau national et étatique, les spécificités urbaines ne semblent pas prises en compte, voir sur ce point notre chapitre trois.
Voir sur ce point l’article de Lannoy P., « L’automobile comme objet de recherche, Chicago 1915-1940 » Revue Française de Sociologie, Vol. 44, n° 3, 2003, pp. 497-530.
Voir Taylor C. P., Traffic Officers Training Manual, Chicago, National Safety Council, 1930.
Conférence Internationale de l’Aménagement des Villes, New York, 1925 CR, Norman, Remington CO Baltimore, MD, cf. Bibliothèque administrative de la ville de Paris 37056 1925.
Tous deux alors professeurs à l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris.
Voir Martini M., « Le problème de la circulation. Comment les Américains l’ont résolu », Revue de l’ACR, n° 2, février 1931, pp. 13-14 ; et Capitaine Planchoy, « Les règlements de circulation routière aux Etats-Unis », Revue de la Gendarmerie, 15 septembre 1939, pp. 727-730, cf. AN 1994 0495 ART 22.
Flonneau M., 2005, op. cit.