Suite aux tentatives d’établissement du stationnement payant dans la Ville de Lyon, les organisations automobiles et touristiques ripostent avec vigueur906. Le débat dépasse alors le cadre de la Ville de Lyon, et sa version locale mobilise les décisions ou arrêts de cours d’appel d’autres villes et ceux du Conseil d’Etat, dont les arguments fournis par d’autres revues automobiles sont retranscrits dans la Revue de l’ACR 907. Le Club se mobilise donc sur cette question908 et ses rapports avec la municipalité deviennent parfois tendus, alors qu’ils restent plutôt complémentaires pour la gestion des questions de circulation urbaine. Du fait de l’implication de certains médias, de la mobilisation des associations touristiques et d’automobilistes et des différents jugements des tribunaux909, la polémique dure jusqu’aux années trente910. Les protestataires réunis autour de l’ACR choisissent leur terrain d’attaque : l’utilisation professionnelle des véhicules. Ils mettent en avant le tort fait aux médecins ou aux représentants qui sont dans l’obligation de se garer pour visiter leurs malades/clients, aux hommes d’affaires qui vont travailler, et mettent également en exergue les problèmes rencontrés par les épouses quand elles vont faire leurs courses911. Les différents arrêtés municipaux de la Ville de Lyon sont finalement annulés912 et les réglementations en ce sens sont repoussées à l’après Seconde Guerre Mondiale. Une fois ces tensions apaisées, le dialogue entre l’ACR et la Ville de Lyon peut reprendre913. Le Club propose ainsi en novembre 1932 à la commission municipale de circulation un projet de stationnement et de gardiennage des automobiles, organisé par les soins de l’ACR914.
C’est en parallèle de cette discussion animée que les premiers projets de parkings souterrains sous les principales places lyonnaises (Terreaux, Tolozan et Bellecour) sont élaborés dès 1927915. L’ACR les suit de près, tout comme les réflexions et les projets concernant l’aménagement en parkings des bas-ports des fleuves de la Ville, menés en parallèle avec ceux prévoyant la construction d’autostrades sur ces mêmes bas-ports. D’ailleurs, si le Club s’oppose assez énergiquement à la construction de ces dernières, en avançant le risque en certaines saisons de la montée des eaux du Rhône, il se positionne pour leur aménagement en parkings. De manière générale, la problématique du stationnement est l’une des préoccupations quotidiennes de l’ACR, qu’il s’agisse de cas particulier916, de problèmes réglementaires917 ou de position à prendre quant aux projets de parcs de stationnement. Par moments, la discussion devient plus polémique, comme en janvier 1956918 suite aux tentatives de la Municipalité de faire appliquer la limitation du stationnement à une heure pour tous véhicules919. A travers ce thème se joue la tension entre liberté privée et espace public920.
Au-delà des prises de position souvent polémiques des acteurs privés concernant le stationnement, leur collaboration est activement recherchée dans le cadre de la mise en place d’études portant sur les besoins de stationnement dans le centre, la mise en place de la zone bleue, l’aménagement de parkings, ou l’établissement d’une société de construction et de gestion des parkings. Sur ces différents points, à Lyon, ce sont surtout les années cinquante qui marquent un tournant dans l’émergence des premières réflexions au sujet du stationnement en ville. On retrouve alors la spécificité du système de décision politico-administratif lyonnais et son fonctionnement par commissions. En effet, pour résoudre la complexe problème du stationnement en ville, sont créées simultanément une sous-commission municipale en charge de la question du stationnement au début des années cinquante, une association d’étude des parcs de stationnement de Lyon en 1954921, puis une commission « Parking – Tourisme – Affaires » au sein du Comité pour l’Aménagement et l’Expansion Économique de la Région Lyonnaise (CAEERL) en 1955922. Plusieurs acteurs de l’ACR et de la Chambre de Commerce de Lyon participent aux activités de ces structures.
Au sein de ces diverses commissions, plusieurs études permettent d’avancer sur la connaissance des besoins en terme de stationnement de la Ville de Lyon. Ainsi, entre 1956 et 1958, un groupe de travail constitué d’experts923 piloté par la commission « Parking » du CAEERL publie une série d’ « Études sur la circulation et le stationnement dans la ville de Lyon »924. Ces études très quantitatives sont essentiellement constituées de nombreux tableaux, graphiques, formules, équations, simulations ou annexes sur les questions de circulation et de stationnement925. Toutefois, elles ne permettent pas d’envisager une modélisation opérationnelle des besoins en termes de stationnement. Parmi elles, une note de février 1958 sur le « Problème du parking »926 fait l’ « Analogie avec le problème du secteur téléphonique : l’automobiliste explore les divers emplacements de stationnement, ordre d’exploration inconnu. Si l’automobiliste trouve une place libre, c’est que la place a été libérée peu de temps avant son passage. Donc explorer une nouvelle rue est équivalent à revenir dans une rue déjà explorée. Donc, schématiquement, on peut dire que l’automobiliste tourne en rond devant des places occupées, qui deviennent libres de temps en temps. De même l’explorateur téléphonique recherche dans un ensemble de sélecteurs le premier sélecteur libre ».
Au niveau national, au sein du Service d’études et Recherches sur la Circulation (SERC), l’ingénieur Joseph Elkouby927 repère rapidement l’intérêt des premières études lyonnaises. Dans une lettre du 13 octobre 1958 au président du Comité d’aménagement et d’expansion économique de la région lyonnaise928, il indique qu’au cours de sa première visite à Lyon au mois de Mai, il a pu s’entretenir avec René Ailloud et Fernand Ramel, respectivement président de la commission d’études des parkings à Lyon929 et ingénieur des ponts et chaussées, de l’étude de stationnement envisagée à Lyon. Il leur indique qu’il est disposé à subventionner cette étude grâce à un crédit spécial mis à la disposition du Ministère des Travaux Publics par la Société Shell. En ce qui concerne l’exécution des enquêtes lyonnaises, il insiste enfin pour qu’ils restent en liaison avec le service des ponts et chaussées du Rhône, afin qu’une parfaite correspondance soit établie avec les études de circulation effectuées par ce service. Ainsi, dans sa réponse à Elkouby du 28 juillet 1958, le président du Comité d’aménagement et d’expansion économique de la région lyonnaise lui envoie le compte-rendu des études sur la circulation et le parking dans la ville de Lyon, entreprises depuis 1956 (Etudes générales et Etudes sur le stationnement), ainsi qu’un programme de dépouillement d’une enquête sur le stationnement dans l’ensemble de la presqu’île de la Ville de Lyon.
Les trois lieux présentés plus haut sont l’occasion pour plusieurs personnalités930, qui sont simultanément membres des trois commissions, de se croiser et de se réunir, notamment entre 1955 et 1962, pour l’étude du stationnement et la création de parkings en Presqu’île, sur les quais de la Saône et du Rhône. Dans la droite ligne de ces premières réflexions, est constituée une « Commission pour l’étude de la création d’une Société d’Économie Mixte pour l’exploitation de parkings »931,qui se réunit le 19 octobre 1960, puis à nouveau en 1961. Cette commission regroupe une trentaine de personnalités importantes932 mais elle n’aboutit pas directement sur la création de ladite société. La municipalité clôt ces premiers échanges en décidant d’envoyer un questionnaire « aux divers groupements et collectivités afin de leur permettre de faire connaître leur position, tant sur le principe d’une éventuelle collaboration à une Société d’économie mixte que sur l’étendue de leur appui financier »933.
Si à partir de ces nombreux lieux de réflexion sur le stationnement, la création d’une société en charge de la construction de parkings à Lyon semblait imminente, il faut encore attendre une quinzaine d’années934 car, entre temps, de nombreuses difficultés apparaissent. Les membres de la Chambre de commerce de Lyon en soulèvent quelques unes comme le difficile équilibre à mettre en œuvre entre secteur privé et public pour la construction de nouveaux garages : « La contenance des garages publics peut être évaluée à 14 500 voitures environ. Le nombre des garages construits en 1955 dans la Ville de Lyon est minime : deux garages importants de 250 et 400 voitures construits par des sociétés immobilières car, dans l’état actuel des choses, la construction de garages publics par les professionnels qualifiés est considérée comme non rentable. Il y a de ce fait un problème d’intérêt général à résoudre concurremment avec les Pouvoirs publics, si on veut aboutir à une amélioration de la circulation et apporter une solution à la question du stationnement. L’usager, en effet, doit pouvoir stationner dans certaines rues pour vaquer à ses affaires ; mais il ne faut pas confondre domaine public et domaine privé, et c’est un fait que bien des voitures restent en stationnement sur la voie publique toute la journée »935. La réalisation de certains parcs engendre donc des problèmes administratifs soulevés par l’autorité de tutelle936. Par ailleurs, de nombreux projets pourtant avancés dans les années soixante, piétinent ou n’aboutissent pas937. Ainsi les responsables municipaux s’impatientent et se plaignent de l’absence d’initiative du secteur privé sur ces questions, ce que souligne le tout nouveau président de la commission municipale de circulation le 9 février 1966938 : « Jusqu’à présent le problème du stationnement et de l’étude des parcs à voitures a été laissé à l’initiative de la Municipalité. Aucun effort n’a été fait par le privé, aussi bien par les Organismes de l’automobile que par notre Compagnie Consulaire, la Chambre de Commerce qui pourtant a pour mission d’assurer certains services publics. (…) Il paraîtrait normal qu’elle s’intéresse aussi à ce problème de parkings qui conditionne la vie même du commerce de notre Ville »939. Il indique enfin qu’il a fait établir un repérage de tous les emplacements susceptibles d’être utilisés à usage de parcs à voitures. Après leur collaboration active des années cinquante, les acteurs publics et privés se renvoient dos à dos la responsabilité de l’échec d’une politique ambitieuse de construction de parkings en centre ville dont les résultats se font attendre lors de la décennie suivante.
Une revue Circulez est même créée par le journaliste lyonnais Raymond Ergé en janvier 1927 pour soutenir la campagne du « Groupement Automobile Lyonnais » à l’encontre de la taxe municipale de stationnement et des abonnements privilégiés, et pour préconiser la création de garages souterrains à Bellecour, Terreaux et Tolozan. Cette revue devient alors l’organe du G.A.L., groupe actif qui réunit des automobilistes pour qui la voiture est un élément indispensable de travail.
Rubrique Jurisprudence : « Au Conseil d’Etat : Une ville peut-elle légalement percevoir une taxe de stationnement sur les automobiles ? », et « Le stationnement des automobiles », cf. Revue de l’ACR, n° 11, novembre 1926 ; « A propos du stationnement en ville », Revue de l’ACR, n° 12, décembre 1926.
En témoignent les nombreuses discussions lors des séances du Comité directeur de l’ACR, les 3 novembre 1926, 1er décembre 1926 et 2 février 1927, cf. Revue de l’ACR, n° 11 (novembre 1926), n° 12 (décembre 1926) et n° 2 (février 1927).
« La taxe de stationnement est illégal », concernant un jugement du tribunal de simple police de Houdan, paru dans Les Journaux, cf. Revue de l’ACR, n° 3 mars 1930.
« Une question locale, la taxe de stationnement ne comporte pas de sanction pénale », cf. Revue de l’ACR, n° 3, mars 1929 ; « La taxe de stationnement, Une nouvel arrêté », « Une protestation, Réponse du maire » et « Le stationnement des autos étant illégal, peut-on le taxer, jugement de Lyon et Montpellier », trois articles parus dans Les Journaux, reproduits dans le numéro n° 1 (janvier 1930) de la Revue de l’ACR.
Cf. « Extravagante Tyrannie », Revue de l’ACR, n° 5, mai 1930.
Dans la Chronique juridique, l’article : « La taxe de stationnement à Lyon » indique que les trois arrêtés susvisés de la Ville de Lyon, en date du 27 août 1928, du 15 janvier et du 29 mars 1930 sont annulés, cf. Revue de l’ACR, n° 5, mai 1930. Voir aussi « La taxe de stationnement à Lyon », paru dans L’Auto du 6 novembre 1932, cf. Revue de l’ACR, n° 11, novembre 1932
« La circulation et le stationnement à Lyon : Une nouvelle démarche de l’ACR auprès de la municipalité, Pour une solution rationnelle du problème du stationnement, L’opinion de l’ACR sur le problème de la circulation à Lyon », cf. Revue de l’ACR, n° 11, novembre 1933, pp. 283-285.
Discuté en séance du Comité directeur de l’ACR du 9 novembre 1932, cf. Revue de l’ACR, n° 11, novembre 1932.
Voir le numéro de la Revue Circulez de janvier 1927, voir aussi « Alléluia ! Le parking Bellecour est ouvert », Le Carnet de l’Automobile, n° 187-188, août-septembre 1967, p. 13.
« La circulation dans Lyon », qui porte principalement sur la question du stationnement sur la Place de Roanne devant le Palais de Justice de Lyon, en énonçant la nécessité de réserver des emplacements aux avocats, suite à une intervention de l’ACR auprès de la municipalité, cf. Revue de l’ACR, n° 3, mars 1927.
Un article paru en 1961 évoque le positionnement de l’ACR contre le stationnement payant et rappelle que la Ville de Lyon est placée depuis 1927 sur la liste des villes mendiantes : « « Grogne » pour un « tracassin » Ah, c’en est vraiment trop ! Le stationnement payant, alourdira-t-il les charges du contribuable ? », cf. Le Carnet de l’automobile, n° 118, octobre 1961, p. 3 et 4.
« Le procès du stationnement limité à une heure », pp. 5-8, « Lyon, ville hostile à l’automobile », pp. 9-11, Le Carnet de l’Automobile, n° 49, janvier 1956.
Mise en place en réalité par un arrêté municipal pris en 1939, annulé en principe dans le cadre des nouvelles dispositions introduites par le code de la route de 1954.
« A propos des garages réservés sur la voie publique, L’exploitation de la voie publique à l’usage de garage (privé) est jugée illégale », Le Carnet de l’Automobile, n° 63, mars 1957, p. 1 et 2 ; « Le stationnement est une forme de liberté… et d’égalité aussi », Le Carnet de l’Automobile, N° 64, avril 1957, pp. 5-6.
Appelée également Association Syndicale d’Études des Parcs de Stationnement de Lyon (siégeant au 7, rue du major Martin), elle est chargée de la question de l’implantation du parking sous la Place Bellecour, cf. séance du 28 novembre 1955 du Conseil Municipal de la Ville de Lyon. Voir également la séance du 8 octobre 1954 de la commission municipale de circulation, cf. AML 1130 WP 011. Voir aussi le CR des Travaux de la CCL pour l’année 1954, p. 362.
Cf. AML 1068 WP 044.
Participent à ces études : Alain Clanet et Georges Mermberg du Centre d’Économie Industrielle, Gruffy, ingénieur des travaux publics de l’État au Bureau du trafic des Ponts et Chaussées du Rhône, des juristes comme Jean-Marie Beauvallet ou Henri Genton, et de nombreux collaborateurs de sociétés privées : Vincent de la Société Calor, Estrabaud de la Société Rhodiacéta, Evgrafoff et Fontanel, de la Société Vidal et Compagnie, Lefort de la Société IBM France, Sanchez et Seigneurin, de la Société d’Organisation Générale.
Citons entre autres les « Études générales » (avec « Exposé général sur le stationnement et le parking » et « Programme d’une étude de la circulation et du parking dans la zone « Presqu’île » de la Ville de Lyon ») ; « Études sur le stationnement » ; « Enquêtes sur la circulation et le stationnement dans l’îlot test : Croix-Pâquet, Tunnel, Quai Lassagne, Tolozan » ; « Etude juridique sur la circulation et le stationnement » ; « Études sur le stationnement Presqu’île – Jours de semaine » ; « Recherche d’une réglementation du stationnement dans le quartier central de la Ville de Lyon » ; « Études des activités de la Presqu’île » ; « Le stationnement et la circulation dans la Presqu’île » ; ou « Recherche d’une réglementation rationnelle du stationnement dans la Presqu’île », cf. AML 1068 WP 044.
Voir la conférence de presse donnée à l’Hôtel de Ville le 26 novembre 1958 au sujet des enquêtes effectuées ou projetées par le Comité pour l’Aménagement et l’Expansion Economique de la Région Lyonnaise, cf. AML 1068 WP 044.
Cf. AN 1977 0444 ART 7.
Nous reviendrons sur le rôle de cet ingénieur dans notre troisième partie. Voir sa notice biographique en annexes.
Cf. AN 1977 0444 ART 7.
Par ailleurs membre de l’ACR dont il sera le président de 1977 à 1981.
Citons entre autres Amieux, avocat membre de l’Automobile-Club du Rhône, Bourgey, Chef du 2ème Bureau de la 3ème Division de la Marie de Lyon, Fauconnet puis Mercier, Adjoints au Maire de Lyon et présidents de la commission municipale de circulation, Gruffy, ingénieur du Bureau du trafic des ponts et chaussés, Ailloud, président de la commission « Parking » du CAEERL ou Jean Pelletier, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Cf. AML 1094 WP 001 2.
Dont le Président du Conseil Général du Rhône, le Président de la Chambre de commerce, le Président de la Chambre des métiers, le Président de la Foire Internationale de Lyon, plusieurs ingénieurs des ponts et chaussées du Rhône (comme Ramel, ou Gruffy), Jean Pelletier, l’Ingénieur en Chef, l’Architecte en Chef, le Directeur du service de Voirie, l’Ingénieur Principal de la Voirie de la Ville de Lyon.
CR des travaux de la CCL pour l’année 1960, p. 312.
La SEM Lyon Parc Auto est créée en 1969.
CR des travaux de CCL pour l’année 1955, p. 450.
C’est le cas des parcs de stationnement Bellecour et Quai Romain Rolland, dont la construction est plusieurs fois repoussée.
Comme les projets de parc en élévation sur la gare inférieure du funiculaire Croix-Pâquet, de parc de stationnement sous le terre-plein Ouest du Cours de Verdun, ou d’un parking à la Croix-Rousse, cf. compte-rendu de la séance du 9 février 1966 de la commission municipale de circulation de la Ville de Lyon, AML 1093 WP 055 1.
Cf. compte-rendu de la séance du 9 février 1966 de la commission municipale de circulation de la Ville de Lyon, AML 1093 WP 055 1.
Il souligne au passage que l’association d’études et de création de parcs à voitures est en sommeil depuis dix ans. On peut relever une certaine amnésie de celui qui s’inscrit dans une nouvelle réforme du fonctionnement de la commission municipale de circulation, oubliant en effet les activités engagées depuis 1955 par la commission de circulation et de parkings du CAEERL ou les activités de l’ACR.