Section 3) La ville au cœur des enjeux de division du travail entre l’Etat et les collectivités locales

Les enjeux d’aménagement routier ne sont pas immédiatement traduisibles en problèmes urbains. Ils ne sont même que très rarement connectés exclusivement à des problématiques urbaines. S’appuyant essentiellement sur le corps des ingénieurs des ponts et chaussées, le Ministère des Travaux Publics et des Transports a la charge de ce secteur depuis 18301222. Son territoire d’intervention reste jusqu’aux années soixante majoritairement rural, dans une société française elle aussi jusqu’à cette époque encore très rurale1223. Ainsi certains auteurs évoquent volontiers une « conquête de la ville » par les ingénieurs des ponts et chaussées lorsqu’est créé en 1966, un « super » Ministère de l’Equipement, fusion du Ministère des Travaux Publics et du Ministère de la Construction et de l’Urbanisme1224. Or, si la gestion des routes est l’activité centrale des ingénieurs des ponts et chaussées, et que ces derniers agissent essentiellement sur des territoires ruraux, existe-t-il vraiment une politique urbaine de gestion des routes et du trafic ? Comment et dans quel cadre pourrait-elle s’organiser ? Enfin, quelle serait la place des représentants de l’Etat dans ce domaine ?

Nous verrons tout d’abord comment sont appréhendées les problématiques routières dans le cadre des territoires urbains. Puis à partir de l’exemple lyonnais, nous analyserons comment les ingénieurs de l’Etat se mobilisent pour replacer au centre de leur gestion des questions routières les enjeux urbains.

Notes
1222.

Il faut aussi noter l’intervention du Ministère de l’Intérieur (Direction Générale des Collectivités Locales) que ce soit sur le plan réglementaire, administratif, technique ou financier, dans la gestion des voies départementales et communales (chemins de grande communication, Chemins d’intérêt commun, chemins vicinaux ordinaires et chemins ruraux).

1223.

Voir sur ce point Braudel F., L’identité de la France. Espace et histoire, Arthaud, Paris, 1986.

1224.

Cf. Thoenig J.-C., 1987, op. cit.