Au niveau local ou régional, de nombreux groupements fonctionnent à partir de la mise en place de commissions d’étude ou de travail. Trois cas de figure illustrent principalement la création de telles structures : la gestion ou l’organisation d’un service, d’une activité ou d’une manifestation temporaire ; la volonté de développer et de suivre un domaine d’intervention particulier1452 ; et enfin l’étude temporaire ou/puis permanente d’une question particulière.
Ainsi, on retrouve ces trois catégories de structures à l’Automobile-Club du Rhône1453. A certaines périodes, on y compte plus d’une dizaine de commissions, dont plusieurs comprennent plus de soixante-dix membres. A plusieurs moments, ont même été mises en place au sein de l’ACR des groupes de travail et de réflexion sur l’organisation de ses propres commissions. Parmi ces dernières, certaines servent de chambre d’enregistrement ou de préparation aux relations avec d’autres structures extérieures au Club ou pour le suivi des liens avec les pouvoirs publics. Ainsi, plusieurs membres de l’ACR entrent en relation avec la sphère publique, soit en participant aux travaux de commissions1454, soit à travers des échanges formels ou informels. Lors de sa nomination comme président de l’ACR, le Docteur Bonnet revient dans son discours sur ce lien qui unit le Club aux pouvoirs publics :
‘« Déjà nous avons obtenu beaucoup auprès des Pouvoirs publics où nos avis sont, non seulement écoutés, mais souvent demandés : Commission de sécurité routière, Commission de circulation, Commission des retraits de permis, notre collaboration devient de jour en jour plus effective avec les Ponts et chaussées, le Service vicinal, la Voirie urbaine, avec la Police et la Gendarmerie ; elle le sera un jour avec la Justice ».1455 ’Dans ce cadre, on remarque une forme d’imbrication des commissions publiques ou para-publiques avec les commissions privées, en l’occurrence celles de l’ACR. Les questions et les rapports débattus peuvent passer des unes aux autres, des commissions privées aux commissions publiques et vice versa, par l’intermédiaire des acteurs qui participent aux travaux de ces structures. Ces derniers peuvent en effet soulever les problèmes qui vont directement être examinés dans l’une et l’autre de ces commissions. Ils peuvent être aussi sollicités pour débattre de ces questions dans le cadre des commissions du groupement auquel ils appartiennent, voire même directement au sein des commissions publiques ou para-publiques.
De son côté, l’Association Industrielle, Commerciale et Agricole1456 a elle aussi recours à la mise en place de ce type de structures, que ce soit pour gérer l’organisation de l’une de ses activités ou pour l’examen d’un problème particulier. Plusieurs questions interagissent également avec celles débattues dans la sphère publique. Dans ce cadre, certains de ses membres, peuvent être également amenés à participer à des commissions mises en place par les pouvoirs publics. On a vu que durant les moments de polémiques autour de la réglementation du stationnement, l’ACR et l’AICA ont même pris l’initiative de créer en commun, de manière temporaire, des commissions communes ou mixtes pour l’examen des problèmes de circulation urbaine1457.
| L’AICA joue un rôle important dans le cadre de la représentation des intérêts industriels, commerciaux et agricoles au niveau de la région lyonnaise. Fondée en novembre 1917 avec pour objectif de prévoir l’après Guerre, son assemblée constitutive a lieu le 2 février 1918 1458 . Sorte de fédération d’organisations patronales industrielles, commerçantes et agricoles, elle se donne notamment pour mission de produire des études. Son influence s’étend sur plusieurs départements, de la Vallée du Rhône jusqu’aux Alpes. Comme la Chambre de commerce, elle s’intéresse également aux questions d’urbanisme, de transports et de régionalisme. Elle fonctionne avec plusieurs sections locales et des commissions d’intérêt général (organisées par questions : 1) Questions agricoles ; 2) Questions régionales (parmi lesquelles les ressources régionales (dont la question du Rhône, les routes…), puis l’urbanisme et les questions administratives diverses : plan d’extension, voirie, distribution d’eau, règlements divers) ; 3) Questions et œuvres sociales ; 4) Questions économiques intérieures ; 5) Questions extérieures). Elle se répartit par groupes professionnels (15 groupes) tient des assemblées générales annuelles et propose des services pratiques (10 services proposés sous forme d’offices) 1459 . |
D’autres associations très proches de l’ACR ont recours à la mise en place de commissions. On en retrouve ainsi plusieurs au sein du Comité départemental de La Prévention Routière, créé en 19471461 puis chez les Chevaliers de la route, créés à Lyon en 1966. De son côté, la Prévention Routière du Rhône s’organise rapidement sous forme de commissions. Elle comprend ainsi une Commission d’Information (composée de M. Filaine, Colonel Porte, Commandant Faurie et M. Queyroux), une Commission d’Education et de Propagande (M. Ergé), une Commission de la Route (Docteur Daligand, M. Boissière) et une Commission des Finances (M. Lassagne et M. Michel)1462. Ces commissions fonctionnement avec la participation d’acteurs locaux importants, comme en témoigne la composition de son Conseil1463. A côté de ce conseil, il faut également tenir compter des autres personnalités qui entourent également le comité départemental de la Prévention Routière du Rhône, comme le Président Henri Dugelay (qui a succédé à M. Tavernier) et les présidents d’honneur : M. Herriot ; M. Massenet, Préfet de la 8ème Région ; M. le Gouverneur militaire de Lyon ; et M. le Cardinal Gerlier.
Du côté des Chevaliers de la route créés par Maurice Amieux en 19661464, c’est plutôt l’organisation sur le modèle de la confrérie qui prime. Les membres de l’association se répartissent en trois groupes : aspirants, compagnons ou pionniers. L’association, qui comprend des membres du bureau et des administrateurs, fonctionne avec un comité d’administration, qui ne peut regrouper que des pionniers. Par ailleurs, même si l’association a été fondée à Lyon, elle revendique un positionnement national, voire international1465, ce qui oblige l’établissement d’un schéma d’organisation régionale, qui comprend pour la France des délégués par région. Ces derniers ont la charge de sélectionner et de recruter de nouveaux membres. Ainsi une procédure d’adhésion est mise en place et s’appuie sur l’activité d’une commission d’études des dossiers.
Dans ces instances, se discutent le mode d’action que veulent mener ces associations et les décisions qu’elles veulent prendre. Leurs membres actifs sont habitués à se réunir, à discuter collectivement, à prendre des décisions, à examiner des rapports et des études. Ces aptitudes sont d’autant plus renforcées que ces membres sont tous multipositionnés, du côté des rapports qu’ils entretiennent avec la sphère publique ou à travers leur appartenance au monde privé. Ainsi, au-delà des personnalités publiques présentes à titre honorifique ou au nom de leurs compétences, il faut garder à l’esprit les nombreuses passerelles qui se mettent en place entre ces associations et l’ACR, que ce soit au niveau des membres communs1466, des thématiques partagées (la sécurité routière et l’éducation des usagers) et de l’organisation de manifestations en partenariat (journées sans accident, actions auprès des groupes scolaires, opérations de sécurité, campagnes d’éclairage, distribution de récompenses…). De même, ces trois associations utilisent les salons de l’ACR pour leurs assemblées générales annuelles ou d’autres types de rassemblements.
A côtés de ces trois groupements liés directement à l’automobile, d’autres organismes partagent des intérêts dans le secteur des transports et peuvent également se mobiliser sur les questions de circulation urbaine. C’est le cas de la Chambre de Commerce de Lyon, dont plusieurs membres font partie des mondes automobiles lyonnais.
On retrouve ce cas de figure avec la mise en place de commissions thématiques comme la commission sportive ou la commission du tourisme à l’ACR.
Voir sur ce point notre chapitre un.
Pour la période 1974-1975, l’annuaire de l’ACR recense la participation de membres du club à plusieurs commissions extérieures : Commission régionale de développement économique, Commission préfectorale de retrait de permis de conduire, Commission municipale de circulation, Association pour la lutte contre le bruit, Association contre la pollution atmosphérique, la Prévention routière, Commissariat du Tourisme, Comité d’Aménagement du Territoire, Association pour l’étude et la réalisation des axes européens de liaison, cf. Annuaire de l’ACR 1974-1975, p. 10, cf. AML 2 C 400705.
Discours prononcé à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ACR du 24 janvier 1938 et de l’Assemblée extraordinaire de l’ACR du 27 décembre 1937, cf. Revue de l’ACR, n° 12, décembre 37, p. 401.
Sur l’AICA, voir aussi Angleraud B. et Pellisier C., 2003, op. cit., pp. 600-604.
Voir sur ce point notre deuxième chapitre.
L’idée de création de l’AICA est née pendant le Comité de la Foire qui venait de se créer en 1917, sous l’impulsion de Keller-Dorian. L’objectif était de suivre l’exemple de la Société Industrielle de Mulhouse, cf. AICA, AG du 30 avril 1928, Rapport moral sur l’année 1927 de Bernard, p. 4 (cf. AML 1 C 305 725).
Il peut s’agir par exemple de proposer la prise en charge de certains problèmes de transports (douanes, règles de circulation….).
Cf. AICA, But, Territoire, Organisation, Moyens d’action, cf. AML 1 C 305 676.
En France, la Prévention Routière est créée en 1949, mais le premier comité départemental est expérimenté à Lyon dès 1947 à l’initiative du Docteur Tavernier, membre de l’ACR. Cette association est reconnue d’utilité publique sur le plan national en 1955 et participe à la formation des conducteurs depuis 1991 en organisant des stages de récupération de points. Localement, elle est organisée en comité départemental de la Prévention Routière avec un président, des vice-présidents, un secrétaire général, un trésorier et des membres d’honneurs. Ses activités s’articulent autour de la présence des délégués et des inspecteurs départementaux de la sécurité routière ainsi que d’un conseil qui comprend des personnalités qualifiées. Comme l’ACR, l'association est organisée en commissions : commission d’information, commission d’information et de propagande, commission de la route et commission des finances, cf. Entretien avec le directeur départemental actuel du Comité de la Prévention Routière du Rhône, Bernard Loreille, réalisé le 01/10/04 et « La Prévention Routière s’organise pour conjurer les accidents », Le Carnet de l’Automobile, n° 11, novembre 1952.
Voir l’article « La Prévention Routière s’organise pour conjurer les accidents », Le carnet de l’automobile, n°11, novembre 1952.
Voir en annexes la composition de ce conseil pour l’année 1952.
A l’initiative de Maître Amieux, l'un des membres les plus actifs de l’ACR, les Chevaliers de la Route sont créés en juin 1966 à Lyon sous le nom d’Association internationale des grands conducteurs et des pilotes sportifs (Siège à Lyon, au 172, avenue Félix Faure). Pour devenir membre du groupement, il faut répondre à certains critères qui permettent aux postulants, une fois retenus, d’être répartis en trois catégories : aspirants, compagnons, pionniers de la Chevalerie de la Route. Elle fonctionne avec un comité qui comprend un président, des vice-présidents, un secrétaire général, deux secrétaires généraux adjoints et un trésorier. Pour plus d’informations sur ce groupement, voir notre présentation en annexes.
Sur le volet international, en 1969, il n’y a encore que trois types d’associations apparentées ou proches des Chevaliers de la route, en Belgique, en Suisse et en Allemagne.
De nombreux liens expliquent les relations de proximité entre ces trois organisations, dont les deux dernières créées sont plus ou moins issues de l’ACR. Comme nous l’avons indiqué, Maurice Amieux, membre important de l’ACR, fonde les Chevaliers de la Route. Le premier président en 1966 est le Docteur Daligand, lui aussi membre important de l’ACR et par ailleurs président régional de l’Automobile-Club Médical de France. Mais ces liens de proximité vont dans les deux sens. Ainsi Henry Dugelay, président du comité du Rhône de la Prévention Routière, devient en 1968, président de l’ACR. Par ailleurs, il faut souligner que de nombreux adhérents sont membres à la fois de ces trois structures et participent activement à leurs différentes commissions. On peut ainsi dire qu’à partir de la fin des années 1940, l’ACR fait office de relais vers d’autres niveaux d’action et de regroupement, tels que la Prévention Routière ou les Chevaliers de la Route, plus axés sur les questions de prévention et d’éducation des usagers.