Section 2) Vers un gouvernement municipal de la circulation urbaine

Nous allons à présent revenir plus en détail sur le gouvernement municipal de la circulation urbaine à partir notamment de l’institutionnalisation des commissions municipales de circulation. Il s’agira ainsi de mettre en évidence les processus de mise sur agenda de la question automobile qui incitent les élus lyonnais à mettre en place des commissions au départ temporaires, puis à partir des années trente de manière permanente. Nous verrons alors que la municipalité arrive à construire progressivement un espace de délibérations et de réflexions qui permet la mobilisation de l’ensemble des acteurs pertinents sur les questions de circulation.

Au niveau de la Ville de Lyon, les commissions municipales ont surtout, au cours du 20ème siècle et sous les mandats de Edouard Herriot (1905-19571527) et Louis Pradel (1957-1976), permis aux adjoints du Maire de travailler de manière autonome sur des secteurs d’action publique spécialisés. En fonction de leur délégation, ils étaient placés à la tête d’une ou plusieurs commissions chargées de la mise en œuvre ou du suivi des politiques municipales. La presse et certains élus locaux ont même évoqué directement le vocable de « gouvernement par commissions » pour symboliser certaines périodes de la politique municipale sous Edouard Herriot. Cette dénonciation atteint son paroxysme au cours de ses derniers mandats quand il s’agissait de stigmatiser ses « trop » nombreux voyages parisiens effectués dans le cadre de l’exercice de ses fonctions politiques et publiques nationales1528. L’étude de la période suivante, celle des mandats de Pradel, montre pourtant que ce mode de gouvernement a perduré encore dans les cercles de décisions lyonnais, alors même que le mode de gouvernement municipal pradelien était considéré comme plus autoritaire et centralisateur1529. La comparaison avec d’autres villes françaises importantes comme Marseille, Lille ou Bordeaux nous permet alors d’apprécier certaines différences non visibles à partir de l’étude d’un seul cas de figure. Le Maire de Lyon est le seul à ne pas siéger régulièrement dans la commission municipale de circulation de sa ville1530. Pourtant, à Lyon et en France, il était présenté comme un élu qui accordait beaucoup d’importance à la résolution des problèmes de circulation1531. Les journaux locaux revenaient sur la fierté qu’il éprouvait lorsque sa ville se voit attribuer en 1966 et 1967 la coupe de France de la circulation décernée par le journal L’Auto 1532. L’adjoint en charge de la circulation ou de la police municipale devient donc le véritable pilote de cette structure. Pour aborder l’institutionnalisation progressive d’une commission municipale « permanente » de circulation à Lyon, il faut revenir sur les échanges entre responsables de ces questions et les tentatives de mise en place de structures temporaires proches, annonciatrices d’une centralisation municipale des questions de circulation urbaine.

Notes
1527.

Le mandant de Edouard Herriot s’interrompt pendant la Seconde Guerre Mondiale, entre 1942 et 1945.

1528.

A travers notamment des articles de presse. Voir aussi sur ce point les entretiens réalisés avec Félix Rollet (02-07-2003), Paul Feuga (28-11-2005) et Robert Batailly (11-01-2006), élus sous les mandats de Herriot (pour Félix Rollet) et Pradel.

1529.

Voir Sauzay L., 1998, op. cit. Voir également les entretiens réalisés avec Félix Rollet (02-07-2003) ou Robert Batailly (11-01-2006).

1530.

Comme dans la plupart des autres villes, il est pourtant membre de droit de toutes les commissions municipales.

1531.

Voir notamment Franc R., « La ville piégée par l’autoroute, Réaliser Los Angeles-sur-Rhône, c’était le rêve du maire de Lyon. Pour les Lyonnais –et des millions d’automobilistes- cela peut tourner au cauchemar », Le Point, n° 70, 21 janvier 1974, p. 36 et 37 ; et Routier A.-E., « Le plan de circulation de Lyon : un succès exemplaire pour 200 villes françaises », Les Echos, 22 janvier 1974.

1532.

Cf. Le Carnet de l’automobile, n° 174 et 190, juillet 1966 et novembre 1967, p. 14.