1) Un relais départemental ?

Afin de renouer le dialogue avec ces associations et remettre à plat les débats sur la question de la circulation à Lyon, les responsables locaux envisagent l’institutionnalisation d’une nouvelle commission. Mais à la différence du fonctionnement des autres structures de réflexion sur la circulation mises en place depuis 1912 à Lyon, le Maire de Lyon cède cette initiative au Préfet du Rhône, sans doute pour insuffler un plus large rassemblement. Lors de la séance du 25 avril 1929 du Conseil Général du Rhône, il saisit l’occasion d’une discussion sur les problèmes de circulation à Lyon pour lui demander expressément de mettre en place cette nouvelle commission :

‘« Je voudrais profiter de ce que la question de la circulation est à l’ordre du jour (…) pour faire part de la difficulté que j’éprouve, comme vous-même d’ailleurs, M. le Préfet, pour réglementer la circulation qui devient de plus en plus dangereuse dans la ville de Lyon. Le Conseil municipal à différentes reprises s’est occupé de cette question (…). Dans les rues peu larges de notre ville, la circulation est de plus en plus gênée, surtout du fait de l’extension continue du gabarit des camions. (…) Je ne peux pas résoudre seul cette question ; je serais reconnaissant à M. le Préfet, puisque le problème intéresse l’agglomération lyonnaise tout entière et certaines villes du département, d’associer les efforts de son Administration à ceux de l’Administration municipale pour régler ce problème. Que peut-on faire ? Il faudrait consulter des techniciens. (…) Ce sont des questions à étudier au point de vue technique et juridique, mais extrêmement urgentes. Je voudrais bien, M. le Préfet, obtenir de vous l’assurance que vous consentiez à la nomination d’une commission ; je vous demanderais de présider cette Commission qui rassemblerait les représentants de la Ville et du Département, tous ceux de mes collègues, conseillers municipaux et conseillers généraux que le problème intéresse, des techniciens, des représentants des grandes associations automobiles. Il faut absolument une solution sans quoi nous aurons de accidents ; (…) Je vous demande de nous convoquer le plus tôt possible, pour nous permettre de trouver à ce problème la solution la meilleure ou la moins médiocre.
(…) J’observe par mes nombreux contacts avec la population, ces jours-ci, que c’est une question qui préoccupe beaucoup les Lyonnais à l’heure actuelle. (…)
M. le Préfet : La commission va être constituée dans les premiers jours de la semaine prochaine ; je vous remercie de me l’avoir suggéré. (…) »’

Dans la foulée de cette demande insistante du Maire de Lyon, le Préfet du Rhône par arrêté préfectoral du 22 mai 19291572, décide de créer une commission préfectorale/départementale de circulation : « Il est institué une Commission qui aura pour mission d’étudier les mesures à prendre en vue de réglementer, dans un but de sécurité, la circulation, le stationnement et la vitesse des véhicules de grandes dimensions dans les rues étroites des communes de l’agglomération lyonnaise ». Le rôle confié à cette nouvelle structure est principalement d’examiner un rapport d’une trentaine de pages sur la circulation à Lyon établi par l’AICA de Lyon en lien avec l’ACR : « Notes sur les divers moyens d’améliorer la circulation dans la ville de Lyon ». Puis, d’autres rapports seront successivement soumis à l’examen de cette commission1573, dont un rapport de l’ACR et du Service de Police réalisé le 28 mars 1930 : « Propositions relatives à la circulation des véhicules dans la ville de Lyon ».

La représentation semble plus large mais ni le Préfet du Rhône ni le Maire de Lyon n’assiste aux débats. En outre, les questions les plus épineuses sont discutées en comité restreint. Cette instance fonctionne de juin 1929 à juillet 19301574. Présidée par le Secrétaire Général pour la Police, elle comprend vingt deux membres, dont Delaigue, ingénieur en chef du Service Vicinal du Département du Rhône, qui en est le secrétaire, et plusieurs membres de l’ACR1575. Son objectif est d’établir un rapport sur la circulation à Lyon et les communes limitrophes1576. Afin d’établir ce travail, une sous-commission est mise en place, qui se réunit à la Préfecture en comité restreint d’août 1929 à juin 19301577. Onze membres sont désignés pour faire partie de cette commission technique restreinte mise en place en séance du 12 juin 1929 de la commission départementale de circulation1578. Après une première réunion de cette sous-commission le 22 août 1929, la commission départementale de circulation lui confie, dans sa séance du 27 mars 1930, l’étude d’ensemble des mesures à prendre et l’examen des suggestions soumises par M. le Commandant Revillet, de concert avec l’Automobile-Club du Rhône, ainsi que pour l’examen des projets présentés par l’Association Industrielle Commerciale et Agricole. Elle tient alors sept autres réunions les 4 et 15 Avril, 6, 14 et 23 Mai, 2 et 17 Juin 1930. Dans sa première séance, elle désigne l’Adjoint au Maire de Lyon, Rey comme président de cette commission technique. Elle réalise un rapport de dix pages, qui est présenté lors de sa dernière séance le 17 juin 1930 par le rapporteur de la commission, le Docteur Bonnet1579.

Ce rapport est à nouveau repris pour réaliser le rapport définitif de la commission départementale présenté le 8 juillet 1930. Synthétisé toujours en étroite collaboration avec l’ACR, il matérialise la fin des travaux de cette commission départementale de circulation. Une nouvelle fois, le Docteur Bonnet est désigné comme rapporteur de ces travaux1580. La commission départementale « générale » de circulation se réunit donc quatre fois : le 12 juin 1929 pour mettre en place un programme de travail et une sous-commission d’étude1581, le 5 septembre 1929, le 27 mars 1930 pour relancer les travaux de la commission technique, et le 8 juillet 1930 pour valider les travaux réalisés dans le cadre de cette sous-commission et adopter un rapport sur les problèmes de circulation à Lyon.

Ces premières commissions, que nous venons de présenter, travaillent en lien avec les services administratifs et techniques municipaux et départementaux. Leurs rapports sont examinés par le Conseil Municipal qui décide au final des différentes réglementations à mettre en œuvre et du financement des divers aménagements proposés (mises en place d’arrêtés, d’une réglementation générale, d’aménagements de la circulation…). Leur composition illustre toute la variété et l’étendue des mondes automobiles lyonnais. On retrouve en effet des conseillers municipaux et généraux1582, des fonctionnaires de la Ville, de la Préfecture, du Conseil Général, du Service Ordinaire des Ponts et Chaussées, du Corps des gardiens de la Paix, de l’Armée, des Sapeurs-pompiers, des membres de la Compagnie des Omnibus et Tramways de Lyon, mais également des associations comme l’Automobile-Club du Rhône, l’Union automobile ou le Vélo-Club de Lyon, et des syndicats professionnels comme la Chambre syndicale des entrepreneurs de transport, la chambre syndicale des négociants en automobile, le syndicat des transports du Rhône, ou la chambre syndicale des camionneurs.

A partir des enjeux d’institutionnalisation de ces premières commissions, nous allons revenir à présent sur les enjeux de composition qui les animent et sur la représentation de certaines catégories d’experts. Les thématiques abordées, les modes de réponses apportées aux problèmes automobiles et le positionnement de la Municipalité sont en effet influencées par l’évolution des personnalités qui gouvernent les commissions municipales de circulation.

Notes
1572.

Cf. ADR S 2587.

1573.

Rapport du 14 mai 1929 du Commandant Revillet, sur les mesures à prendre en vue de réglementer la circulation, le stationnement et la vitesse des véhicules de grandes dimensions à Lyon et dans l’agglomération lyonnaise, Cf. ADR S 2587.

1574.

Cf. rapport de la commission départementale de circulation lors de la séance du 8 juillet 1930, AML 1127 WP 054.

1575.

Le Docteur Bonnet, secrétaire de l’ACR, le Docteur Bouget, conseiller municipal de la Ville de Lyon suivent la plupart des débats. Trois autres membres importants du Club : le Docteur Carle, le président de l’ACR, Jean Deydier et Aymé Bernard, sont également conviés à certaines réunions de cette commission.

1576.

Rapport du 8 juillet 1930 de Amédée Bonnet, secrétaire général de l’Automobile-Club du Rhône.

1577.

Rapport Barboyon présenté le 29 juillet 1931 lors de la séance de la commission municipale de circulation, p. 4, cf. AML 1127 WP 054.

1578.

Cf. ADR S 2587.

1579.

Qui avait été nommé rapporteur des décisions de la Sous-Commission dans la séance du 2 juin 1930.

1580.

Cf. séance du 8 juillet de la commission départementale de la circulation, cf. AML 1127 WP 054.

1581.

Cf. lettre du Préfet du Rhône du 4 juin 1929 à l’Ingénieur en chef du Service vicinal, cf. ADR S 2587.

1582.

Suivant si la commission siège au Département ou à la Préfecture.