On avait déjà pu repérer plusieurs tentatives de présentation quantitative du problème automobile dans les revues des associations automobiles et notamment dans les revues de l’ACR1818. Ces dernières diffusent en effet régulièrement des données chiffrées sur les transports en général et l’automobile en particulier. On retrouve des statistiques sur le nombre d’automobiles possédées ou construites par pays, ou par département, sur les accidents de la route, le stationnement en ville ou la circulation routière. Ces données proviennent le plus souvent de services administratifs ou d’autres revues1819 qui établissent des renseignements sur l’automobile1820.
Concernant les rapports des services techniques produits par les instances publiques locales ou centrales, nous avons pour l’instant mis de côté les documents comportant des statistiques et des recensements concernant à la fois les conditions ou les caractéristiques de la circulation, le nombre de véhicules ou les caractéristiques des routes. Or ce nouveau type de production est central pour mesurer l’impact du phénomène automobile et son importance dans les débats politiques. La plupart des services concernés par les questions de circulation routière produisent en effet ces données, d’une part pour mieux appréhender et quantifier les pratiques automobiles et leurs conséquences sur leurs activités, d’autre part, pour porter à la connaissance des élus, l’incidence de ces nouvelles activités dans leurs services, mais aussi pour préparer la mise en œuvre de politiques publiques1821. A la Ville de Lyon, le service de voirie ou celui des voitures publiques établissent plusieurs tableaux sur les conditions de circulation ou les accidents de la route. En matière de circulation, sur le plan du nombre de véhicules en service ou au niveau de l’état des routes, le service vicinal et le service ordinaire des ponts et chaussées du Rhône sont également de grands producteurs d’informations quantifiées. Les forces de l’ordre et les ministères concernés produisent à leur tour des données sur les flux de circulation ou sur les accidents automobiles.
Notre objectif sera de percevoir comment les services techniques et administratifs des autorités en charge des questions de transport administrent la question automobile en construisant des outils et des savoirs afin d’encadrer les problèmes de circulation urbaine. Nous verrons que ces instruments contribuent au gouvernement de ce secteur en participant à la mise en administration de questions au départ techniques et extérieures aux prérogatives des pouvoirs publics.
Voir sur ce point notre chapitre un.
L’Argus, créé en 1927, est la revue qui édite le plus grand nombre de statistiques automobiles.
Plusieurs de ces données sont reprises dans des tableaux en annexe.
Philippe Bezes définit le pouvoir de mise en forme des fonctionnaires à la fois comme capacité de construction des textes réglementaires et comme capacité d’élaboration des politiques publiques, cf. Bezes P. « Administration » in Boussaguet et alii, 2004, op. cit., p. 34. Dans notre cas, ces deux aspects sont toujours intimement liés.