La gestion des problèmes routiers est une activité régulière et ancienne à partir de laquelle se sont développés les services techniques départementaux, notamment au dix-neuvième siècle. Puis à partir de la fin de ce siècle, le développement de la circulation automobile bouleverse progressivement les pratiques techniques et administratives. Ainsi le service vicinal du Conseil Général du Rhône ou le service ordinaire des ponts et chaussées du Rhône sont amenés à réaliser plusieurs types de rapports ou de tableaux reflétant principalement l’incidence de la question automobile sur leurs propres activités. Le développement de l’automobile dans le Rhône concourt particulièrement à l’augmentation de l’activité de leur service, ce que ne manquent pas de souligner les ingénieurs en chef rapporteurs de ces questions au sein des instances délibératives. Les rapports et tableaux qu’ils établissent portent à la fois sur l’état des routes mais également sur les statistiques de circulation automobile ou sur le nombre d’automobiles dans le département. De 1894 à 19211825, ces documents tiennent compte de la circulation hippomobile, qui est comptabilisée par collier. Pour cette période, la plupart des rapports reproduisent les indications suivantes. Prenons l’exemple du rapport de 18941826 :
| Rapport SOPC 1894 | ||
| 227 km de routes nationales dans le département dont | 204, 959 km en empierrement | 22, 576 km en pavage |
| Fréquentation moyenne : | Circulation brute journalière | 610, 5 colliers |
| Circulation réduite journalière | 492,1 colliers | |
| Tonnage journalier brut | 882 tonnes | |
| Tonnage journalier utile | 394 tonnes | |
A partir de 1922, les caractéristiques de la circulation sur routes ont changé. La circulation automobile a augmenté, il y a de plus en plus de camions sur les routes. Les premiers autocars font également leur apparition. Il n’est plus fait état de la circulation par collier ni du tonnage des marchandises transportées. L’attention se porte à présent sur les caractéristiques des routes. Le rapport de 19221827 est établit comme suit :
| Rapport SOPC 1922 | |||
| A l’état d’entretien | A l’état de viabilité | Total | |
| Chemins de grande communication | 1 146, 627 km | 93, 053 km | 1 244, 318 km |
| Chemins d’intérêt commun | 636, 101 km | 221, 411 km | 880, 630 km |
| Chemins vicinaux ordinaires | 1 198, 904 km | 1 922, 169 km | 4 349, 676 km |
Par ailleurs, les rapports présentent la nature des revêtements qui dans la première moitié du vingtième siècle sont en pleine évolution. Ils mettent en avant les travaux d’entretiens ou de réfection des chaussées. On retrouve la répartition entre les chaussées empierrées, le goudronnage et le pavage. Le goudronnage prend de plus en plus d’importance même si les travaux de pavage de certaines rues sont poursuivis. Les tableaux suivants témoignent déjà de l’incidence de la nouvelle circulation automobile sur la réfection des routes et leurs caractéristiques. Ils sont suivis de commentaires. Ainsi l’ingénieur en chef Victor Varvier souligne l’augmentation de la circulation au voisinage de Lyon. Il constate également le fléchissement de la circulation hippomobile et l’incidence de la circulation automobile sur l’usure des routes :
‘« Cette modification de nos revêtements, surtout au voisinage de Lyon, est nécessaire pour que les routes nationales puissent résister à la circulation de plus en plus intense qui les emprunte : le recensement fait en 1921 a donné, pour cette circulation, des chiffres presque triples de ceux du recensement de 1913 et un comptage récent indique que, au cours de ces quatre dernières années, la circulation a encore doublé depuis 1921. »1828 ’| Rapport SOPC 1926 (1) | |||
| Comparatif en terme de revêtement des RN 1829 | |||
| Situation au | 1er janvier 1921 | 1er janvier 1925 | 1er janvier 1926 |
| Empierrements ordinaires | 204, 527 km | 109, 098 | 52,076 |
| Empierrements avec enduits superficiels (goudron, bitume) | 0 | 70 | 120, 318 |
| Revêtements modernes (Soliditit, Rhoubénite) | 0 | 16, 487 | 20, 697 |
| Pavages | 23, 008 | 31, 650 | 34, 444 |
| Totaux | 227, 535 | 227,535 | 227,535 |
| Rapport SOPC 1926 (2) | |||||
| 1903 | 1913 | 1920 | 1922 | 1925 | |
| Vélocipèdes | 30000 | 58000 | 68545 | 74555 | 99858 |
| Autos de tourisme | 500 | 2500 | 4339 | 6460 | 13663 |
| Autos-camions | 5 | 250 | 2523 | 3402 | 5592 |
| Motos, cyclecars et sidecars | 350 | 1700 | 2788 | 2507 | 4171 |
Au fur et à mesure de l’extension de leur activité du fait du développement de l’automobile dans le Rhône, les rapports des ingénieurs des ponts et chaussées sont plus détaillés et se complexifient. Ils tiennent compte de l’évolution de la circulation automobile, de l’inflexion de la circulation hippomobile, de la nature des revêtements ou du nombre d’automobiles possédées. Ces rapports permettent donc aux ingénieurs de faire des prévisions sur les circulations futures d’automobiles dans le département du Rhône. Cela donne des indications sur les travaux à engager pour les années à venir, que ce soit en termes de création de voies ou d’entretien de routes existantes puisque « les question routières sont d’ailleurs maintenant étroitement liées aux questions automobiles. » 1831. Dans les années vingt ou trente, les conseillers généraux du Département du Rhône reprennent volontiers à leur compte ces informations et affirment très souvent, parfois à tort, dans plusieurs interventions, que le Rhône se classe deuxième parmi les départements français en termes de densité de la circulation, ce qui justifie pour certains l’amélioration des routes.
D’autres types de tableaux sont réalisés dans le cadre des rapports annuels du service vicinal ou du service ordinaire des ponts et chaussées du Rhône. Ils tiennent compte de l’état du réseau routier, des caractéristiques du revêtement de ce réseau et des projets d’amélioration de ce réseau. Ils reviennent également sur le nombre de voitures possédées dans le département sur le recensement de la circulation. Dans ses rapports annuels, le service vicinal met en avant les caractéristiques des chemins départementaux en insistant sur leur état et sur leur entretien, comme le montre ce tableau de 19301832 :
| Rapport Service Vicinal 1930 | |||||
| Chemins | Longueur à l’état | Longueur totale | |||
| D’entretien | De viabilité | De construction | De lacune | ||
| Grande communication | 1 147, 175 km | 92, 568 | 1, 175 | 3,408 | 1 244, 326 |
| Intérêt commun | 633, 662 | 217, 552 | 4, 864 | 30, 823 | 886, 901 |
| Vicinaux ordinaires | 1 184, 951 | 1 926, 377 | 1 108, 584 | 118, 858 | 4 338, 770 |
| Totaux | 2 965, 788 | 2 236, 497 | 1 114, 623 | 153, 089 | 6 469, 997 |
| Longueur totale à entretenir = 5 202, 285 km | |||||
Tout comme les services de police de la Préfecture, le service ordinaire des ponts et chaussées établit lui aussi des comptages de la circulation automobile en certains points du département et principalement aux sorties de Lyon. Les recensements sont établis à partir de postes de comptage situés en rase campagne ou aux entrées et sorties de la ville de Lyon. En voici un exemplaire concernant les Routes Nationales 86, 7 et 83 présenté en septembre 19341833 :
| Rapport SOPC 1934 | ||||
| Moyenne d’un poste en rase campagne (RN 86) à Saint-Genis-Laval | ||||
| Automobiles | Motos | |||
| particulières | A marchandises | Transport en commun | ||
| 1928 | 1 319 | 370 | 13 | 95 |
| 1934 | 1 180 | 532 | 252 | 82 |
| Moyenne aux sorties de Lyon (RN 7) à Saint-Fons, montée des Clochettes | ||||
| 1928 | 855 | 68 | 3 | 52 |
| 1934 | 2 392 | 799 | 273 | 294 |
| Maximum aux sorties de Lyon (RN 83), Cours d’Herbouville | ||||
| 1928 | 855 | 68 | 8 | 53 |
| 1934 | 3 996 | 1282 | 203 | 292 |
Ce tableau est l’occasion pour l’ingénieur en Varvier d’insister une fois de plus sur l’augmentation très importante du trafic dans la région lyonnaise :
‘« Les tableaux ci-dessous montrent d’une façon éloquente l’énorme accroissement de la circulation des véhicules de toutes catégories. En particulier il y a lieu de noter, dans cette majoration, la place prépondérante de la circulation lourde. Un décret du 30 juin 1934 vient heureusement de réglementer les dimensions et le poids des véhicules autorisés à circuler sur les voies publiques. (…) »1834 ’Le service des contributions indirectes du Rhône fournit des statistiques intéressantes concernant le nombre de véhicules dans le département. Elles sont utilisées par les ingénieurs des ponts et chaussées dans leur rapport annuel sur l’état des routes, comme dans le cadre du rapport de 19351835 :
| Rapport SOPC 1935 (1) | |||
| 1932 | 1933 | 1934 | |
| Automobiles de tourisme et automobiles de transport public : | 34597 | 37429 | 38764 |
| Camions à marchandises : | 10108 | 10645 | 13585 (y compris véhicules à gazogène) |
| Véhicules à gazogène : | 54 | 47 | |
| Cyclecars : | 456 | 498 | 12531 (y compris motocyclettes et sidecars) |
| Motocyclettes et sidecars : | 11667 | 11975 | |
| Remorques | 1341 | ||
Les tableaux réalisés dans le cadre de ce rapport permettent de combiner à la fois les types de véhicules et l’intensité de la circulation sur les différentes routes nationales du département. Sur une période témoignant d’une forte progression de la circulation automobile, entre 1928 et 1934, les évolutions deviennent très importantes. Entre ces deux périodes, la circulation peut doubler pour certains véhicules, voire être multipliée par quatre, par exemple pour les camions à marchandises1836.
| Rapport SOPC 1935 (2) | ||||
| Camions à marchandises | Automobiles de transport en commun | Voitures tourisme | Motocyclettes | |
| RN 6 | ||||
| 1928 | 225 | 6 | 1045 | 110 |
| 1934 | 633 | 87 | 1828 | 158,9 |
| RN 7 | ||||
| 1928 | 108 | 9 | 658,4 | 53 |
| 1934 | 462 | 83 | 1604 | 116,8 |
| RN 83 | ||||
| 1928 | 393 | 19 | 1887 | 140 |
| 1934 | 1235 | 202 | 4538 | 319 |
| RN 86 | ||||
| 1928 | 292 | 10 | 841,7 | 87,3 |
| 1934 | 519 | 126 | 966 | 89,9 |
| RN 88 | ||||
| 1928 | 118 | 2 | 314 | 37 |
| 1934 | 343,4 | 16 | 274,9 | 37,5 |
| RN 89 | ||||
| 1928 | 70 | 9 | 245 | 31,9 |
| 1934 | 163 | 18,6 | 459,4 | 56,7 |
On remarque une certaine complémentarité entre les rapports établis par le service ordinaire des ponts et chaussées du Rhône et le service vicinal du Conseil Général du Rhône. Dans ce département, ces deux structures sont en effet suffisamment développées et autonomes pour fournir des renseignements utiles pour les élus, concernant les routes dont elles ont la charge.
A côté des caractéristiques de la circulation et des données concernant la réfection des routes, les accidents de la route font également l’objet d’une attention nouvelle à la fois qualitative et quantitative de la part des services techniques des collectivités locales ou des services de police. Des statistiques sont déjà publiées comme on l’a vu, notamment dans certains périodiques comme la Revue de l’Automobile-Club du Rhône 1837 ou L’Argus 1838 . Les services centraux de l’Etat vont mettre plus longtemps pour publier leurs propres statistiques notamment sur le plan national1839. De plus, les accidents de la route ne font pas encore l’objet d’une attention plus spécifique et exclusive de la part de ces services. Toutefois comme on l’a déjà vu, certaines discussions en assemblée élue locale, tout comme les préoccupations des mondes automobiles témoignent que le sujet est devenu sensible. Néanmoins, les services techniques n’ont pas encore mis en œuvre d’outils spécifiques et de programme d’action pour enrayer les accidents de la route. Pour le Rhône, le premier grand rapport sur cette question émane du Cabinet du Préfet. Il porte sur la circulation routière et les accidents de la route. Il comprend une vingtaine de pages et est présenté en séance du Conseil Général le 27 avril 1938. Pour la première fois, une mise en forme graphique et statistique accompagne ce document, qui s’arrête également longuement sur les mesures à prendre, route par route, pour éviter que ne se reproduisent certains accidents. Le tableau fait ressortir de 1926 à 1937 la statistique des décès dus aux accidents provoqués par la circulation automobile :
| Rapport sur la circulation routière et les accidents de la route de 1938 (1) | |||
| Années | Ville de Lyon et agglomération Lyonnaise | Département à l’exception de Lyon et de l’agglomération Lyonnaise | Total |
| 1926 | 29 | 20 | 49 |
| 1927 | 21 | 22 | 43 |
| 1928 | 33 | 29 | 62 |
| 1929 | 41 | 51 | 92 |
| 1930 | 27 | 60 | 87 |
| 1931 | 34 | 37 | 71 |
| 1932 | 22 | 34 | 56 |
| 1933 | 36 | 46 | 82 |
| 1934 | 27 | 57 | 84 |
| 1935 | 20 | 42 | 62 |
| 1936 | 24 | 76 | 100 |
| 1937 | 25 | 68 | 93 |
A côté de ce tableau central, on retrouve dans ce rapport, de nombreux graphiques, courbes, tableaux et autres « camemberts » reprenant diversement ces chiffres. Prenons l’exemple du tableau du nombre des accidents mortels pour le département tout entier :
| Rapport sur la circulation routière et les accidents de la route de 1938 (2) | ||||||||||||
| 1926 | 1927 | 1928 | 1929 | 1930 | 1931 | 1932 | 1933 | 1934 | 1935 | 1936 | 1937 | |
| Département sauf Lyon et agglomération Lyonnaise | 19 | 22 | 28 | 51 | 60 | 37 | 34 | 45 | 51 | 41 | 71 | 66 |
| Lyon et agglomération Lyonnaise | 29 | 24 | 33 | 41 | 27 | 34 | 22 | 34 | 26 | 20 | 24 | 24 |
| Total | 48 | 43 | 61 | 92 | 87 | 71 | 56 | 79 | 77 | 61 | 95 | 90 |
| Nombre de décès dus à ces accidents | 49 | 43 | 62 | 92 | 87 | 71 | 56 | 82 | 84 | 62 | 100 | 93 |
| 1° Conducteurs et occupants de la voiture | 17 | 5 | 23 | 35 | 37 | 27 | 21 | 26 | 34 | 30 | 43 | 68 |
| 2° Passants et autres | 32 | 38 | 39 | 57 | 50 | 44 | 35 | 56 | 50 | 32 | 57 | 25 |
On remarque le souci du détail dans la collecte et la mise en forme de ces données qui constituent la première grande étude statistique et graphique concernant les accidents de la route dans le Rhône. C’est une première cartographie de l’accidentologie dans le département. Elle est d’autant plus novatrice que c’est également la première fois que les informations sur la géographie des accidents sont aussi précises, avec notamment les chiffres pour Lyon et son agglomération. Parallèlement aux premières statistiques nationales sur l’accidentologie des routes, elle témoigne donc déjà des prises en considération importantes des enjeux de sécurité routière de la part des élus et des services techniques du département et de leur volonté d’améliorer la sécurité des routes du département. La fin des années trente marque un tournant pour ce qui concerne la parution d’importants rapports sur la circulation routière dans le département. Le 19 septembre 1938, l’ingénieur en chef des ponts et chaussées, Antoine Thiollière, présente au Conseil Général du Rhône un rapport important et synthétique sur les conditions de circulation dans le Rhône. Il établit des moyennes quotidiennes au niveau de la circulation des véhicules ainsi qu’un comparatif avec la situation française :
| Rapport SOPC 1938 | |||
| Ensemble de la France | Département du Rhône | Rang du département du Rhône | |
| Nombre quotidien de camions par km de routes | 101,88 | 326,3 | 4e |
| Nombre quotidien de véhicules de transport en commun par km de route | 19,99 | 60,9 | 4e |
| Nombre quotidien d’automobiles particulières par km de route | 284 | 867,5 | 3e |
| Nombre quotidien de véhicules à traction animale par km de route | 29,8 | 32,7 | 41e |
| Tonnage quotidien moyen par km | 1 370 T | 4 310 T | 4e |
| Situation des routes au point de vue des revêtements et de l’état des chaussées | |||
| Ensemble | Ancien réseau | Nouveau réseau | |
| Empierrement simple | 15 km | 0 | 15 (1) |
| Empierrement revêtu | 388,044 | 161,089 | 176,955 |
| Chaussées bétonnées | 30,529 | 29,329 | 1,200 |
| Pavages | 59,573 | 41,897 | 17,676 (2) |
| Total | 443,146 | 232,315 | 210,831 |
(1) Contre 54 km environ au moment du classement dans la voirie nationale
(2) Contre 12,652 km au moment du classement dans la voirie nationale.
Avec le classement par département, nous constatons une nouvelle fois que le Rhône est l’un des départements les plus urbains et les plus motorisés de France. En effet en 1938, il se classe au 3ème ou au 4ème rang pour la circulation de véhicules motorisés par kilomètre de route, alors qu’il ne se classe que 41ème pour la circulation des véhicules à traction animale. Au 1er janvier 1942, le service vicinal du Rhône est intégré au service ordinaire des ponts et chaussées. De même à partir de la Seconde Guerre Mondiale, le SOPC du Rhône ne réalise plus ce type de rapports et de tableaux statistiques sur l’état des routes et de la circulation routière, comme si la circulation routière était devenue plus visible. Présentés systématiquement en séance du Conseil Général par un rapporteur1840, ces rapports permettent de montrer à l’ensemble des élus de l’assemblée l’accroissement du phénomène automobile et la mise en forme quantitative de ce problème par l’administration. Ils contribuent à envisager comment et dans quelle mesure une intervention publique est possible et souhaitable dans ce secteur. En quelque sorte, la question automobile est déjà encadrée dans ce type de présentation, même si d’autres préoccupations n’apparaissent pas encore dans ce genre de rapport, tels que la signalisation, le stationnement ou la sécurité routière1841. Ces questions se trouvent à leur tour davantage quantifiées et représentées graphiquement après 1945.
La construction de statistiques nationales s’appuie également sur des données concernant la circulation routière ou les caractéristiques des routes. Les ingénieurs des ponts et chaussées ou ceux du service vicinal produisent annuellement des données sur l’état du réseau routier dans leur département. De manière plus irrégulière, certains évènements sont l’occasion de renouveler cette collecte statistique. Ainsi dans sa lettre du 5 juillet 1934 adressée aux Préfets1842, en vue de la participation du Gouvernement français1843 à l’Exposition de la Circulation routière qui doit avoir lieu à Bruxelles en 1935, le Ministère de l’Intérieur leur demande plusieurs renseignements concernant l’état du réseau routier pour l’établissement de graphiques illustratifs :
‘« I – longueur totale de routes départementales, chemins de grande communication et d’intérêt commun refaite chaque année et pourvus d’un revêtement superficiel, pour toutes les années depuis 1918 jusqu’à 1933 ;Ce type de demandes est fréquent lorsque sont organisées des manifestations nationales ou internationales. Les informations doivent nécessairement provenir de sources locales. Les collectivités locales peuvent ainsi être sollicitées dans deux cas de figure. D’une part lorsqu’un service central d’un ministre a besoin de collecter des données au niveau national. D’autre part, lorsqu’elles participent elles-mêmes à ces manifestations à travers l’envoi d’une délégation, apportant parfois des plans ou maquettes de projets routiers ou de données locales1844. Des demandes d’information peuvent aussi provenir directement d’organisations internationales, pour les besoins de l’organisation d’un congrès, d’une exposition ou dans le cadre de travail de comités techniques. Une lettre du 12 avril 19341845 du Ministre des Travaux Publics1846 adressée aux Préfets illustre bien cette demande :
‘« Pour donner suite à une décision prise par la dix-septième session de la Conférence Internationale du Travail, le Bureau International du Travail aurait besoin de données statistiques montrant, année par année, pour la période s’étendant de 1922 à 1932, le développement des services de transports par automobiles. A cet effet, le Bureau International du Travail a fait établir un questionnaire que je vous adresse ci-joint. Je vous prie de bien vouloir faire parvenir directement à M. le Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (Direction du Travail, 3ème Bureau), les renseignements dont il s’agit. »’Dans le cadre des recensements généraux de la circulation qu’il met en place, le Ministère des Travaux Publics oriente clairement le recueil des données locales par des consignes et une nomenclature très normalisée1847. Effectués environ tous les dix ans (en 1903, 1913, 1921…), ils influencent la construction des rapports annuels réalisés par les services des ponts et chaussées et présentés aux Préfets et aux Conseillers Généraux. Naturellement, comme nous l’avons vu, d’autres recensements des données concernant la circulation sont effectués par les services déconcentrés, mais cette procédure1848 reste le fil directeur des comptages et de l’analyse des données de circulation automobile.
Si l’activité des services techniques municipaux paraît plus éloignée des enjeux routiers que celle des services techniques départementaux, le développement de l’automobile a néanmoins une incidence importante sur leur fonctionnement.
Pour cette période les rapports annuels sont faits successivement par les ingénieurs en chef des ponts et chaussées du Rhône Jules Petit, Marcel Gros, Paul Dumas puis Victor Varvier.
Cf. rapport fait par l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Jules Petit.
Cf. Discussion lors de la séance du 30 août 1923 du Conseil Général du Rhône.
Idem.
Rapport du 15 juillet 1926 de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Victor Varvier.
Idem.
Rapport du 3 juillet 1935 de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Victor Varvier.
Rapport de l’ingénieur en chef du service vicinal du Rhône Claude Delaigue du 3 septembre 1930.
Rapport du 1er septembre 1934 de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Victor Varvier.
Idem.
Rapport du 3 juillet 1935 de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Victor Varvier.
Par ailleurs, dans son rapport de 1930, Varvier indique qu’en 1928 la circulation à traction animale ne représente qu’1/13e de toute la circulation dans le Rhône, ce qui en fait un des départements les plus motorisés et les plus urbanisés. De plus pour cette année, il souligne qu’en France c’est dans le Rhône que la circulation de camions est la plus importante en France (elle y a triplé depuis 1920-1921) alors que la circulation animale a été divisée par cinq dans le Rhône entre 1928 et 1920, cf. Rapport du 13 août 1930 de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Victor Varvier.
Qui publie fréquemment comme on l’a vu de nombreuses statistiques à partir d’articles recensés dans d’autres revues ou de données établies par les pouvoirs publics.
Qui, depuis son premier numéro en 1927, publie des statistiques très détaillées de la circulation, des accidents et du parc automobile français et international (nombre, production, caractéristiques des véhicules…), notamment à travers un numéro spécial annuel portant sur les chiffres de l’automobile.
En France, les premières statistiques nationales datent de 1938, sous l’injonction d’ailleurs des autorités internationales comme la SDN. Sur ce point, voir Bardet F. et Bernardin S., Statistiques et expertises de la sécurité routière. Une comparaison France, Etats-Unis, Rapport pour le compte du PREDIT, ENTPE, Vaulx-en-Velin, 2006 ; et Orselli J., 2009, op. cit.
Comme indiqué plus haut, Edouard Herriot et Antoine Gourju sont souvent rapporteurs de ces dossiers dans les années dix et vingt.
Hormis pour l’important rapport de 1938.
Cf. AN 1994 0495 ART 21.
C’est le Ministre de l’Intérieur du Gouvernement français qui est sollicité pour participer à cette exposition.
Ainsi ces manifestations sont l’occasion de demandes de subventions par les Ministères concernés auprès des assemblées locales pour l’établissement de maquettes de projets ou d’ouvrages locaux significatifs. Le Conseil Général du Rhône est ainsi souvent sollicité pour inscrire dans son budget ce type de réalisations.
Cf. AN 1994 0495 ART 21.
Représenté par le Conseiller d’Etat, Directeur des Chemins de fer et des Routes, Boutet.
Voir sur ce point Orselli J., 2009, op. cit., ainsi que Barles S., Jardel S. et Guillerme A., Infrastructures de transports, parcs et trafics automobiles en France, 1900-1970 : étude exploratoire, Rapports INRETS, TMU, septembre 2004.
Qui s’articule autour de l’établissement de circulaires très techniques et précises et la production de manuels.