Au niveau des accidents de la route, la collecte des données statistiques est une démarche qui connaît plusieurs évolutions pour s’installer durablement dans les pratiques des administrations en charge de la gestion nationale et locale de la circulation routière1860. C’est à du milieu des années vingt, qu’on repère les premières directives administratives visant à mettre en place des statistiques automobiles1861. Dans une lettre du 9 octobre 1933 aux Préfets1862, le Ministre de l’Intérieur1863 revient sur l’une des procédures qu’avait essayé de mettre en place l’un de ses prédécesseurs. Après l’élaboration d’une circulaire en date du 20 juillet 1925, le Ministre de l’Intérieur avait demandé aux Préfets de lui adresser chaque année, en avril, la statistique des accidents mortels dus à la circulation automobile avec le recensement de leurs principales causes présumées. Ces données concernant la circulation parvenaient toutefois aux services centraux sans l’uniformisation qui aurait permis un recueil de données harmonisées, puisqu’aucune instruction précise n’avait été donnée pour l’établissement des tableaux correspondants. Or l’objectif est de faciliter la comparaison des chiffres donnés par les différentes préfectures pour tirer de leur étude des renseignements utiles à l’action publique. Il joint donc à sa lettre du 9 octobre 1933 un modèle de tableau pour permettre une meilleure collecte des données :
| Statistiques accidents par département | |
| Année | Département |
| Nombre d’accidents mortels dus à la circulation automobile | |
| Nombre de personnes tuées | |
| Soit : conducteurs et occupants des voitures | |
| Passants | |
| I – Accidents dus à la faute des conducteurs Excès de vitesse Inobservation des règlements Imprudence ou inexpérience Eclairage insuffisant Eclairage éblouissant Ivresse Autres causes |
Décès |
| II – Accidents dus à la faute ou à l’imprudence des passants | Décès |
| III – Accidents dus au matériel | Décès |
| IV – Etat de la route et conditions atmosphériques Dérapage ou capotage Mauvaise visibilité Chemins de largeur insuffisante ou encombrée Tamponnements aux passages à niveaux Arbres plantés trop près de la chaussées Autres causes |
Décès |
| V – Causes non précisées | Décès |
La circulaire du 9 octobre 1933 permet aux services du Ministère de l’Intérieur de constituer un rapport essentiel sur les accidents de la circulation à partir des informations collectées dans l’ensemble des départements. En retour, le Directeur général de la Sûreté Nationale envoie donc ce rapport avec sa lettre du 18 juillet 1934 aux Préfets1864. Il permet d’avoir une vue d’ensemble des causes des accidents pour l’année 1933 ainsi que de comparer les données pour cette année avec les chiffres obtenus pour les années 1924, 1927 et 1930.
‘« (…) De 1924 à 1933, le nombre des morts a presque triplé. L’examen des causes d’accidents appelle certaines observations :L’analyse de l’augmentation des accidents de la circulation est précisée notamment en fonction de leurs causes. Le Directeur général de la Sûreté Nationale insiste d’ailleurs sur la nécessité d’utiliser ces données pour des actions de sensibilisation et d’éducation à la sécurité de la circulation, en collaboration avec les services des administrations déconcentrées, ceux des autorités locales, les associations automobilistes et la presse. A la suite de ces premières initiatives, le Ministère des Travaux Publics crée le 1er mars 1937 une Section permanente de la sécurité routière chargée de « fixer les modalités d’établissement des statistiques d’accidents et en tirer les conclusions pratiques en vue de l’amélioration de la sécurité routière »1865. La Fédération nationale des Clubs-Automobiles de France s’y trouve représentée par l’intermédiaire de son Président. Un des premiers travaux de cette section consiste à établir un formulaire à remettre aux gendarmes et agents de la circulation : « formulaire sur lequel sont portées les principales mentions suivantes : Localité et heure où s’est produit l’accident ; Personnes tuées ou blessées ; Renseignements sur la nature des véhicules impliqués ; Nature de l’accident ; Circonstances ; Causes présumées ou apparentes. A ce formulaire est jointe une notice assez détaillée sur les différentes causes possibles d’accidents sur laquelle l’agent n’aura qu’à cocher l’indication qu’il juge convenable. Ces fiches seront ensuite centralisées au Ministère des travaux publics où elles seront dépouillées. La commission en tirera alors les statistiques et les enseignements utiles. Le crédit nécessaire a été voté pour l’achat de différent matériel indispensable pour ce service de statistique et de documentation »1866. La collecte de statistiques concernant les accidents automobiles s’institutionnalise donc vers la fin des années trente1867, avec des répercutions comme on l’a vu au niveau des rapports produits par les collectivités locales1868. De même, cette période voit le Ministère des Travaux Publics se positionner comme l’un des acteurs incontournables dans ce domaine1869. Il doit toutefois composer avec l’activité des services des Ministères de l’Intérieur et de la Défense, dont l’organisation locale permet aussi une collecte de données concernant la gestion des flux routiers ou les accidents de la circulation.
Jusqu’à la fin des années trente, une grande partie des statistiques automobiles disponibles pour le grand public (circulation, accidents, construction automobile…) sont produites par les journaux, les revues ou les associations automobiles.
Les années 1924 et 1925 marquent d’ailleurs un tournant dans la mise en place des premières statistiques automobiles administratives « fiables » au niveau local et au niveau central.
Cf. AN 1994 0495 ART 21.
Représenté ici par le Directeur de la Sûreté Générale, G. Thomé.
Cf. AN 1994 0495 ART 21.
Cf. Orselli J., 2009, op. cit., Partie II, p. 58.
Cf. Revue de l’ACR n° 12 décembre 1937, p. 414.
En lien notamment avec l’avancée des travaux des comités techniques de la SdN sur ce sujet (notamment les activités entre 1936 et 1938 du Comité pour l’unification des statistiques relatives aux accidents de la circulation routière), qui poussent le gouvernement français à développer la mise en place de statistiques des accidents automobiles, cf. A SDN R 4303. Voir aussi sur ce point Orselli J., 2009, op. cit. et Bardet F. et Bernardin, 2006, op. cit.
Voir le rapport présenté lors de la séance du Conseil Général du Rhône du 27 avril 1938 sur la circulation routière et les accidents de la route.
Cf. Decreton S., « Archéologie d’une politique publique, Le cas de la sécurité routière », Cahiers de la sécurité intérieure, n° 11, décembre 1992-janvier 1993, pp. 225-245.