La dynamique dans laquelle s’inscrit le développement de savoirs sur la circulation urbaine est étroitement liée à la mise en place d’enquêtes portant sur les enjeux de circulation en ville et au fonctionnement de revues sur cette thématique. Ces « espaces de circulation »2183 sont des lieux de production, de réception et de diffusion des connaissances sur cet objet. A partir des années cinquante on peut déjà recenser plusieurs enquêtes concernant la circulation urbaine2184. Elles contribuent au recueil, à la synthèse et enfin aux échanges d’informations sur ces thématiques.
L’Union Routière de France se mobilise pour éditer des brochures mettant en évidence la nécessité pour les pouvoirs publics d’améliorer les conditions de circulation en ville. Après la production de plusieurs documents concernant les problèmes routiers ou de transports2185, l’URF s’attaque aux problèmes de circulation en ville en publiant en 1954 une brochure sur « Urbanisme et circulation à Paris »2186. Dans cette publication, il est exposé que « pour résoudre le problème nouveau qui se pose, il faut adapter nos villes aux exigences de la circulation actuelle et à venir. Protéger le patrimoine artistique existant et le mettre en valeur par des opérations de voirie largement conçues, tel est le but que l’on doit conserver constamment à l’esprit »2187. Cette brochure comprend trois parties : la circulation, le stationnement, la décentralisation. L’année suivante, l’URF s’intéresse aux mêmes problématiques, mais à partir d’une enquête sur les villes françaises de plus de 150 000 habitants. Ainsi, dans une lettre au Maire de Bordeaux du 27 juin 1955, le directeur de l’URF, Georges Gallienne explique la démarche suivie par son organisme2188 :
‘« L’Union Routière de France a récemment publié sous le titre « Urbanisme et circulation » une brochure consacrée aux problèmes de la circulation dans Paris, ouvrage qui vous a été remis dès sa parution, mais dont vous voudrez bien trouver ci-joint un nouvel exemplaire. Dans une deuxième brochure à paraître sous un titre analogue, nous avons l’intention d’étudier ces mêmes problèmes de circulation pour toutes les villes françaises de plus de 150 000 habitants, chacune faisant l’objet d’un chapitre spécial. Ce serait, si vous le voulez, le cas de la ville de Bordeaux que vous administrez. En nous donnant votre accord, nous vous serions reconnaissants s’il vous était possible de nous communiquer les études que vos Services ont certainement déjà réalisées et que nous pourrions publier en souhaitant pouvoir les illustrer de photographies et de plans. Nous voudrions, par cette brochure, attirer l’attention des Pouvoirs Publics sur la nécessité d’entreprendre face au développement considérable de la circulation automobile urbaine, une politique de grands travaux dans les centres importants, et peut-être concourir ainsi à augmenter les possibilités déjà offertes par la Trame urbaine nouvellement créée dans le cadre du Fonds Spécial d’Investissement Routier. Nous vous remercions vivement de l’aide que vous voudrez bien accepter de nous apporter pour la préparation de cette brochure. »’Le Maire de Bordeaux répond à cette sollicitation par une lettre du 5 juillet 1955 adressée à Gallienne2189. Il indique que s’il accepte le principe d’une collaboration pour la réalisation de cette brochure, ses services techniques ne pourront pas renvoyer les documents nécessaires avant le délai imparti. Il précise en effet qu’il « a été amené à procéder tout récemment à un remaniement complet des services municipaux s’occupant de la circulation de la Ville de Bordeaux ». On retrouve une note du secrétariat général de la Ville de Bordeaux du 28 juin 19552190, où il est fait mention de cette réorganisation : « Au résultat des échanges de vues qui ont lieu entre MM. les Adjoints au Maire responsables et les services intéressés, le Service de la Circulation, à l’exclusion du contrôle des taxis, sera placé à partir du 1er juillet 1955, sous la direction de M. l’Ingénieur en Chef de la Ville et sous l’autorité de M. l’Adjoint au Maire, délégué pour les travaux Publics ». Quelques années plus tard, le président de l’URF contacte le Maire de Bordeaux pour recueillir à nouveau des renseignements concernant les solutions développées par les villes pour améliorer les conditions de circulation : établir une nouvelle enquête sur la circulation dans les villes françaises :
‘« Nous vous serions très reconnaissants s’il vous était possible de nous adresser une documentation sur les mesures que vous avez déjà prises ou que vous envisagez pour combattre la congestion de la circulation automobile dans votre grande cité. Par ces mesures nous entendons aussi bien l’exécution des grands travaux qui ont pour effet d’améliorer les voies de circulation existantes, ou d’en créer de nouvelles que celles qui tendent à étendre les possibilités de stationnement, notamment par l’aménagement de parcs de stationnement en dehors de la voie publique et de garages en élévation, en surface, voire même souterrains, dont les plans éventuels nous intéresseraient particulièrement. Notre Association, dans le cadre du but qu’elle poursuit, l’amélioration de la circulation routière, attache en effet une grande importance à tous les projets susceptibles de développer la circulation urbaine et serait heureuse d’appuyer votre action dans ce domaine. (…) notre Association a étudié spécialement l’aspect financier de ce problème, pour lequel nous estimons que l’Etat doit apporter aux municipalités des grandes villes une aide très importante. »2191 ’Le Maire de Bordeaux répond à Gallienne, avec une lettre du 28 février 19622192 de trois pages distinguant les mesures à caractère réglementaire mises en oeuvre à Bordeaux de celles visant à aménager, à modifier ou à compléter l’infrastructure. L’URF semble promouvoir ce type d’enquêtes auprès des villes pour connaître les enjeux, les problèmes qu’elles rencontrent en matière de circulation urbaine. L’objectif est également de favoriser la diffusion des bonnes pratiques et des projets innovants permettant une amélioration des conditions des circulation ou de stationnement en ville. On voit donc que l’URF, en lien avec la FRI, joue un rôle primordial pour alerter les pouvoirs publics sur les enjeux de circulation urbaine et pour en même temps produire et diffuser des savoirs sur cette thématique.
Au cours de cette période, les organisateurs des journées d’études des commissions municipales de circulation conduisent également plusieurs enquêtes sur le fonctionnement d’organismes analogues dans les principales villes françaises ou sur les besoins d’expertise en matière de circulation urbaine. Par l’envoi de questionnaires et à partir du retour des différentes villes interrogées, ces manifestations sont en effet le prétexte de connaître la structuration des services et des appareils politico-administratifs locaux s’occupant des questions de circulation urbaine2193. En même temps, en lien avec la programmation des questions et des sujets abordés, on perçoit les solutions que les principales villes françaises tentent d’appliquer aux problèmes de circulation urbaine à travers le retour constitué des réponses aux questionnaires et la réalisation de rapports.
Ainsi la préparation et la construction des programmes de ces rencontres se situent déjà dans une démarche d’enquête. En effet, à partir des premières recensions effectuées auprès des autres villes françaises par la Ville de Lyon, le travail de la sous-commission spéciale des journées d’études et de la sous-commission Presqu’île, qui prennent en charge la préparation des journées de 1955, consiste à élaborer un programme à partir de questions éventuelles à aborder. Ces instances dressent un premier panorama provisoire en fonction de préoccupations et de priorités nécessairement locales2194. On repère alors que certaines questions débattues dans les cercles lyonnais au milieu des années cinquante, telles que la signalisation lumineuse des carrefours, la modernisation des transports en commun, la création de gares routières ou l’organisation d’une propagande pour diffuser des informations en matière de circulation urbaine, apparaissent au premier plan. Néanmoins, comme pour la plupart des préparatifs à des rencontres, des questionnaires sont établis et rendent compte, à partir des réponses des villes, de leurs attentes au sujet des thèmes qui peuvent être abordés. Les villes, même celles qui ne viennent pas comme Bordeaux, répondent aux questionnaires qui leur sont envoyés. On observe alors que le programme définitif établi en fonction des réponses s’éloigne sensiblement de celui prévu initialement au gré des attentes des élus et techniciens lyonnais, pour rejoindre des préoccupations plus générales intéressant l’ensemble des villes invitées.
Les années cinquante et soixante marquent un fort développement du nombre d’enquêtes réalisées en villes par des institutions comme l’UITP, l’OTA, l’AIPCR, ou l’AIVF, ou dans le cadre de la réalisation de rapports, de publications ou d’articles de revues. La plupart de ces organisations désignent des experts, ou font réaliser ces enquêtes par leur groupe de travail avec pour objectif d’en présenter les résultats lors des congrès qu’elles organisent annuellement ou tous les deux ans. L’AIVF bénéficie du réseau des ingénieurs et des villes membres2195 de l’Association pour mettre en œuvre des enquêtes réalisées par ses groupes de travail à des fins de publication interne, externe ou dans l’optique d’une présentation lors de ses congrès nationaux annuels2196. Les enquêtes sur les transports en ville de l’UITP sont réalisées à partir du soutien des villes et des experts locaux adhérents à l’association. Le résultat, très détaillé, fournit des données sur le fonctionnement des transports urbains dans une grande partie des villes européennes. Par ailleurs, les rapports présentés dans le cadre des congrès de l’AIPCR ou des semaines internationales d’études de la technique de la circulation routière organisées par l’OTA et l’AIPCR donnent lieu la plupart du temps à des enquêtes sur la base d’un lien privilégié entre le rapporteur et les contacts qu’il a pu établir dans d’autres villes ou d’autres structures. Les rapports présentés dans le cadre des cycles d’études routiers de l’ENPC fonctionnent de manière similaire avec prise de contact et renvoi de questionnaires entre collègues ingénieurs des ponts et chaussées.
Dans un autre registre, des institutions comme le Conseil Economique et Social ou le Comité Technique de la Vicinalité, réalisent également leurs propres enquêtes débouchant sur la production de rapports. Le Comité Technique de la Vicinalité bénéficie de nombreux relais administratifs au sein des départements ou des villes ainsi qu’au niveau de l’AIVF, dont certains membres participent à ces travaux2197. Il est donc en capacité de réaliser plusieurs enquêtes importantes sur la signalisation, le stationnement, l’éclairage ou les caractéristiques des rues des villes2198. Du côté du Conseil Economique et Social, plusieurs rapports à partir d’enquêtes permettent de faire le point sur des enjeux majeurs intéressant les pouvoirs publics2199. On peut citer le rapport réalisé par Jean Boucoiran, au nom de la Section des travaux publics, des transports et du tourisme, du Conseil Economique et Social, sur les « Problèmes de circulation routière et urbaine », et présenté le 4 juillet 19612200. Cette étude a pour but d’établir des constats et de formuler des solutions concernant les enjeux de circulation et de stationnement en ville. Elle porte sur Paris, Marseille, Lyon, Lille et Bordeaux, et a nécessité une enquête préalable avec l’envoi du même type de questionnaires à ces cinq villes : « 1°) quels sont les travaux en cours destinés à faciliter la circulation dans la Ville de… 2°) quels sont les projets déjà adoptés, ou en cours d’études, pour atteindre le même objectif 3°) quels sont les travaux en cours destinés à faciliter les sorties de la Ville de … 4°) quels sont les projets déjà adoptés, ou en cours d’études, ayant le même objectif ? (…) indiquer l’ordre de grandeur des investissements prévus et la durée probable des travaux envisagés »2201.
Dans un autre registre, les articles de revues ou de presse sont des lieux de diffusion et de circulation des savoirs. « Les revues ont une histoire et, comme les centres d’enseignement et de recherche, les congrès et les réunions scientifiques, elles comptent parmi les principaux vecteurs de l’institutionnalisation d’une discipline. Ainsi les revues peuvent être légitimement étudiées comme des institutions, des lieux de sociabilité et de mise en forme des communautés d’acteurs »2202. Les articles qu’elles contiennent sont les supports de nombreux échanges entre villes, entre pays et entre techniciens, au niveau des procédés et des dispositifs techniques de circulation routière, à partir notamment d’innovations ou d’échanges d’expérience. Les principaux responsables des questions de transports en ville se documentent à partir d’articles présentant des projets ou des modes de résolutions de problèmes auxquels ils sont confrontés2203. Pour exemple, l’article de W. G. Marks, directeur du réseau de transports urbains de Liverpool : « Les embarras de la circulation », paru dans une revue anglaise en 1937 est transmis par le Directeur de la Compagnie des TEOB au Maire de Bordeaux2204. Le directeur du Cabinet du Maire relaie ensuite cet article auprès du Chef de division de la police municipale en vue d’une étude « avec prière de préparer un communiqué à la presse, communiqué qui sera soumis à M. le Maire »2205.
Les échanges de correspondances entre les rédacteurs de ces articles permettent également de mesurer l’importance de cette littérature pour les techniciens qui en sont à la fois lecteurs et auteurs. En témoigne une lettre du 24 août 19542206 de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Jean Georges Baudelaire, en poste dans la 1ère circonscription du département d’Alger, à l’ingénieur lyonnais Jacques Rérolle : « mon cher Rérolle, j’ai lu avec intérêt l’article que tu as consacré aux aménagements des carrefours dans la région lyonnaise dans le récent numéro de La route … »2207. Il en profite pour revenir sur une question technique que pose cet article. La construction récente et importante d’un tunnel et de ponts à Lyon nécessite en effet des nouvelles solutions aménageuses telles que le recours à l’établissement de trémies. Ces solutions attirent l’attention des autres ingénieurs confrontés aux mêmes problématiques. Dans un souci de confrontations de points experts, une importante correspondance s’organise en 1955 entre Maurice Duranson, ingénieur en chef de la Ville de Toulon, et Joseph Elkouby, ingénieur des ponts et chaussées au SERC au sujet notamment de l’article de ce dernier sur la circulation en ville, paru dans la revue Urbanisme en 19552208. Plusieurs raisons stimulent ces interactions. D’une part, ces deux ingénieurs ont récemment voyagé aux Etats-Unis, en 1952-1953 pour Joseph Elkouby et en 1954 pour Maurice Duranson2209. D’autre part, la Ville de Toulon réfléchit activement depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, aux problèmes de stationnement, de construction de parkings et aux problèmes de circulation en ville. Enfin Joseph Elkouby se montre extrêmement attentif aux développements locaux de réflexions et d’enquêtes relatifs aux problèmes de circulation. Il s’efforce d’établir des liens et de garder contact avec les ingénieurs des villes les plus en avance sur ces problématiques pour collecter toutes les informations qui lui permettront de développer les savoirs sur ces thématiques2210.
Sans revenir sur un panorama des revues2211 où l’on peut recenser des articles portant sur les questions de circulation et de sécurité routières et urbaines, de stationnement ou d’aménagement des routes, il s’agit déjà de repérer le nombre important de revues spécialisées ou généralistes, techniques ou administratives, urbaines ou routières2212, dans lesquelles sont susceptibles d’être publiés des articles portant sur la circulation urbaine, le stationnement ou les routes2213. Les articles qu’elles contiennent portent le plus souvent sur des projets et des innovations dans une perspective technique. Parfois, ils s’appuient sur des questions plus administratives et organisationnelles et peuvent ainsi renvoyer plus directement aux problèmes de gouvernement et d’administration des routes et de la circulation urbaine. La plupart de ces revues ne sont pas spécialisées dans ces secteurs mais elles reflètent à un moment ou un autre, à travers un article isolé ou la parution d’un numéro spécial, l’activité de certains experts sur ces questions. Elles sont donc l’un des foyers de développement et de circulation des « nouveaux » savoirs sur ces domaines d’intervention en pleine expansion.
L’examen des articles qui traitent de circulation, sécurité routière, stationnement ou aménagements routiers, confirme donc surtout l’émergence, le développement et la circulation de savoirs sur ces secteurs. Nous aurons l’occasion de revenir dans notre dernière partie plus particulièrement sur ces domaines en pleine expansion à partir des années trente. Mais l’activité de ces revues comme lieux de circulation de ces savoirs permet aussi de repérer des lieux de constitution et de diffusion de problématiques urbaines. Une nouvelle fois, cela révèle l’importance de certains pôles d’expertise autour des villes, de leurs acteurs et de leurs problématiques, à côté de l’Etat, pendant l’entre-deux-guerres et durant les Trente Glorieuses2214. On constate en ce sens, à partir notamment de l’activité des revues, qu’après les tentatives de centralisation des politiques et des questions urbaines par l’Etat dans les années trente et avant celles de la fin des années cinquante puis soixante, les villes et les acteurs de l’urbain tentent de résister et de continuer à se mobiliser massivement sur ces enjeux.
Au-delà des articles portant sur un sujet thématique précis à partir du point de vue d’un expert, on peut repérer dans la presse ou certaines revues locales ou automobiles, une attention particulière pour l’annonce de manifestations ou la diffusion des conclusions de rencontres. De même il est souvent fait état de la découverte de procédés ou de projets novateurs. La Revue de l’ACR sert ainsi souvent de relais pour suivre l’actualité des conférences, congrès, ou pour mentionner la mise en place ou le fonctionnement des derniers dispositifs techniques visant à améliorer les conditions de circulation ou la sécurité routière. Elle rend par exemple compte des nouvelles autoroutes italiennes, des dispositifs pour améliorer la sécurité routière aux Etats-Unis ou en Angleterre, des débats sur l’harmonisation des règles de signalisation en 1926-1927… Les revues d’ingénieurs, comme Technica, Travaux ou Urbanisme peuvent aussi jouer ce même rôle. Elles suivent au plus près l’actualité technique dont celle concernant la circulation urbaine : manifestations, procédés, projets. En même temps, ces revues compilent souvent des articles utopiques ou novateurs dont leurs lecteurs sont friands. Au niveau de leur présentation, on peut repérer la création et l’évolution de rubriques spéciales affectées au compte-rendu de cette actualité sous forme de brèves ou de « revues des revues », dans lesquelles des informations très courtes sont rapportées et circulent2215.
Dans un autre registre, des revues ou des éditeurs réalisent des dossiers à partir d’enquêtes sur la circulation urbaine. La maison Larousse propose dans l’édition de son Journal de l’année de 1967 une rubrique sur les problèmes de circulation dans les grandes villes françaises. Dans cette optique, ses responsables prennent contact avec plusieurs villes, avec envoi de questionnaires, pour se renseigner sur les problèmes et solutions concernant la circulation urbaine2216. Les revues L’Auto et L’Argus organisent de leur côté des campagnes d’informations, si l’actualité automobile suscite une prise de position des défenseurs des usagers de l’automobile. Elles peuvent aussi militer en faveur de telle réglementation ou de tels dispositifs s’il y a débat sur l’opportunité d’adopter telle mesure plutôt qu’une autre ou de mettre en place tel ou tel dispositif. Par les enquêtes qu’elles mettent en place, le recueil de données et de statistiques et les informations qu’elles mobilisent, elles peuvent enfin encourager la mobilisation des usagers et des acteurs du monde automobile pour susciter une intervention des pouvoirs publics en faveur d’une amélioration de la circulation en ville. Dans ce sens, elles sont amenées à solliciter directement les municipalités pour connaître leurs positions sur ces sujets ou les mesures qu’elles ont mises ou comptent mettre en place. Elles les poussent donc à prendre partie dans le débat qu’elles contribuent à ouvrir ou à relancer2217. Plus tard, des revues comme L’Express, Le Point ou Sciences et Vie et des journaux comme Le Monde ou Les Echos contribuent également à produire des reportages à partir d’enquêtes sur les problèmes de circulation en ville2218.
Les différents lieux qui permettent la constitution de savoirs sur la circulation urbaine s’organisent donc au niveau national, mais également international, autour d’échanges entre villes ou par l’intermédiaire d’associations. Ils sont connectés à de nouvelles préoccupations, qui répondent aux évolutions des problèmes automobiles. Ainsi sur le plan international, après la mise sur agenda des problèmes routiers à travers notamment l’institutionnalisation de l’AIPCR2219, les différents participants aux scènes de discussion automobile orientent de plus en plus les débats du côté des enjeux de circulation routière.
Cf. Payre R., 2003 et 2005, art. cit.
Dans une volonté de mieux organiser notre propos nous ne traiterons ici que des enquêtes qui portent sur les problèmes de circulation urbaine. Les nombreuses enquêtes qui se développent au même moment sur la problématique du stationnement sont étudiées dans la section deux.
Dans la série « Problèmes d’actualité » en 1954 sont déjà parus les numéros suivants : I – L’industrie automobile française, les carburants, la circulation routière ; II –La route, son rôle économique et social ; II – La route, élément essentiel du tourisme national ; IV – Le tunnel routier sous le Mont-blanc ; V - L’automobile au service du pays ; VI – La France, point de départ des grands itinéraires internationaux ; VII – Les problèmes routiers aux Etats-Unis ; VIII – La vente libre de l’essence, La coordination, La taxe au poids ; IX – Le projet de loi tendant à la réorganisation des transports et à l’assainissement financier de la SNCF ; X – L’automobile et l’impôt ; XI – Le développement de la circulation routière, condition de prospérité ; XII – L’aménagement routier de la région parisienne ; XIII – Les belles routes de France ; XIV - L’aménagement routier du Nord de la France ; XV – La circulation routière au service de l’école rurale.
Cf. Bibliothèque des AML 1 C 701.095.
Cf. Union Routière de France, Urbanisme et circulation à Paris, Problèmes d’actualité, XVI, 1954, p. 10.
Cf. AMB 10 W 19.
Idem.
Idem.
Cf. Lettre du 8 février 1962 de Gallienne au Maire de Bordeaux, cf. AMB 10 W 69.
Cf. AMB 10 W 69.
Voir AMB 10 W 68 et AML 1068 WP 064.
Cf. Note sur les Question susceptibles d’être étudiées au cours de la réunion éventuelle des Commissions de Circulation, cf. AML 1068 WP 064.
La création en 1972 d’un Bureau technique au sein de l’Association des Maires de France, en renforçant les liens entre ces deux associations, favorise la capacité de collecte de données et de renseignements techniques provenant des villes.
En 1971, le groupe de travail « Circulation et signalisation » de l’AIVF poursuit sa phase d’inventaire concernant les solutions adoptées par les villes en matière de signalisation et de stationnement. Les résultats des enquêtes font l’objet de communications du groupe. En 1972, ce groupe de travail réalise une enquête sur les parkings aériens et souterrains.
Les lillois Raymond Aurel et Paul Maeght et le Nantais Marcel Launay.
Voir notamment l’enquête sur les caractéristiques des rues réalisée en 1962 et l’enquête réalisée par l’ingénieur en chef de la Ville de Lille, Paul Maeght, sur l’éclairage public en 1965, avec, à chaque fois, établissement de questionnaires, et retour des réponses de plusieurs villes françaises, cf. AN 1980 0521 ART 5.
Voir notamment Conseil Economique et Social, Le problème de la circulation routière en France, avis et rapports du Conseil Economique et Social, 1953, 11 décembre 1953, JO, pp. 985-1007 ; Conseil économique et social, Problèmes de sécurité routière en France, Etude présentée par la section des Travaux Publics, des Transports et du Tourisme, 3 juillet 1968, Paris, Conseil économique et social, 113.
Cf. AMM 468 W 341
Cf. Lettre de Marcel Rogliano (faisant ici l’intermédiaire de Boucoiran) du 12 juin 1961 au Maire de Marseille, cf. AMM 468 W 341.
Cf. Payre R., « Un savoir « scientifique, utilitaire et vulgarisateur » : la ville de La vie urbaine, objet de science et objet de réforme (1919-1939), Genèses, n° 60, septembre 2005, p. 137.
Lorsqu’il étudie la réalisation des projets de tunnel sous la Croix-Rousse et sous Fourvière, Camille Chalumeau collecte de nombreuses documentations provenant de revues techniques spécialisées et montrant les réalisations étrangères dans ces domaines.
Voir lettre du 15 octobre 1937 du Maire de Bordeaux au Directeur de la Compagnie des TEOB, cf. AMB 2003 I 7.
Cf. Lettre du Directeur de cabinet du 15 octobre 1937, cf. AMB 2003 I 7.
Voir dossier du personnel de Rérolle aux ADR.
Cf. Texte de Rérolle et Ramel, « Aménagement de carrefours dans la région lyonnaise », pour le numéro spécial « La Route » de 1954, qui paraît dans la revue Science et industrie.
Voir AN 19770444 ART 7.
Voir notre tableau de participation à des voyages d’études en annexes.
Qu’il pourra ensuite synthétiser à l’occasion de notes, de rapports ou lors de ses participations à des manifestations internationales rassemblant des experts.
Il convient également de mentionner à côté de ces différentes revues, les revues automobilistes classiques telles que celles des automobiles-clubs, de l’ACF ou du TCF, ou de la presse quotidienne locale, régionale ou nationale, qui fournissent davantage des articles de vulgarisation et qui ont toutes été, à un moment ou un autre, des supports de diffusion des connaissances sur les questions de circulation et de sécurité urbaine, comme au niveau des enjeux de stationnement de construction routière.
Ce travail nous a permis d’établir un classement par type de revues en essayant de revenir sommairement sur le développement, l’institutionnalisation et l’organisation de celles-ci.
Voir le panorama des revues urbaines, techniques, routières ou portant sur les thématiques des routes et des transports que l’on a rassemblées en annexes.
Voir l’intervention de Olivier Borraz lors de la soutenance d’Habilitation à Diriger des Recherches de Renaud Payre (22 mai 2008). Il évoque un « impensé » dans l’organisation, l’activité et le développement des villes dans les années 1950 et 1960. Selon lui, l’importance des villes pendant la IIIème République est connue car elle a déjà été bien étudiée, notamment avec les travaux de socio-histoire de Bruno Dumons, Gilles Pollet, Pierre-Yves Saunier ou Renaud Payre. Mais par contre, on analyse trop rapidement la centralisation, effective ou non, des problématiques urbaines opérée par l’Etat dès les années trente et la période suivante des années quarante aux années soixante, n’est pas analysée comme confirmation ou non de cette centralisation plus ou moins engendrée par les années trente et quarante.
Sans que l’on connaisse d’ailleurs toujours au final les résultats et ce qu’il advient des propositions énoncées.
Cf. AMB 2002 I 11.
A partir des enquêtes établies par ces revues, plusieurs villes sont mises en avant ou à l’inverse stigmatisées en fonction des actions ou des projets qu’elles mettent ou non à disposition voire contre les usagers de la route. Ainsi certaines villes, comme Bordeaux, sont stigmatisées dans les années cinquante et soixante comme ne favorisant pas l’usage de l’automobile en milieu urbain. La ville de Lyon très souvent dénoncée, dans les revues nationales et locales dans la première moitié du vingtième siècle, comme une ville autophobe, voit son blason redoré aux yeux des revues automobilistes à partir des années soixante et le Maire de Lyon est fier de faire gagner à sa ville deux années de suite, en 1966 et 1967, la « Coupe de la circulation » décernée par L’Auto-Journal, cf. Le Carnet de l’automobile, n° 174, juillet 1966, p. 14 et Le Carnet de l’automobile, n° 190, novembre 1967, p. 14.
Voir les dossiers suivants : Franc Robert, « Equipement, La guerre entre l’auto et la ville », L’Express, 3-9 novembre 1969, pp. 112-115 ; Aubin Yves, « L’automobile et la congestion urbaine », Le Monde, 19 mai 1970, p. 17 ; Gratiot Jean-Pierre, « Le marasme de la circulation urbaine », Sciences et vie, n° 93, octobre 1970, pp. 147-156 ; Franc Robert, « La grande guerre entre l’auto et la ville », Le Point, n° 2, 2 octobre 1972, pp. 53-55 ; Routier Airy-Edward, « Le plan de circulation de Lyon : un succès exemplaire pour 200 villes françaises », Les Echos, 22 janvier 1974.
Voir sur ce point notre chapitre deux.