1) Le renouvellement des rencontres autour des questions de circulation

A partir des années cinquante, les débats internationaux s’organisent de plus en plus autour du développement d’une expertise donnée à voir lors des Semaines internationales d’études de la circulation routière2225, puis à l’occasion des Congrès Internationaux de Sécurité Routière2226, organisés conjointement par l’Organisation Mondiale du Tourisme et de l’Automobile et l’AIPCR2227. Ces manifestations s’inscrivent dans une dynamique associative internationale. Elles sont organisées par un Comité mixte comprenant l’Association Mondiale du Tourisme et de l’Automobile et l’Association Internationale Permanente des Congrès de la Route (AIPCR), et parfois la Fédération Routière Internationale (FRI). Pour les Congrès Internationaux de Sécurité Routière, les organisateurs sont la Fédération Internationale des Fonctionnaires Supérieures de la Police (FIFSP) et la Prévention Routière Internationale (PRI)2228. Les programmes de travail de ces manifestations témoignent d’un fort développement des recherches et des connaissances en matière de trafic automobile2229. Plusieurs responsables lyonnais, qu’ils soient élus, administratifs ou associatifs participent à ces rencontres2230, notamment lorsqu’elles se déroulent en France ou dans un pays proche. Parfois, l’omniprésence des points de vue experts anglo-saxons les effraient : « parmi les représentants les plus sérieux des pays germaniques ou anglo-saxons, j’ai malgré tout cru percevoir une certaine mégalomanie des chiffres (surtout chez les techniciens anglo-saxons), faisant abstraction de toute autre considération… et ce fait m’a plus frappé encore qu’à Nice (les techniciens français ne sont pas tombés dans la frénésie des chiffres et ont su tenir compte de certains facteurs psychologiques (forts importants quand on s’occupe des problèmes de circulation), d’ailleurs les exposés en langue française (avec suisses et belges) étaient les plus clairs) »2231.

Nous faisons l’hypothèse que ces échanges nourrissent moins une mise sur agenda des questions automobiles, routières et de circulation, que ne l’avaient permis les premiers congrès internationaux de la route. Après la Seconde Guerre Mondiale, le développement plus complet du système automobile et sa diffusion dans de nombreux pays concourent à rendre plus tangible et plus urgente la compréhension des enjeux routiers et de circulation routière pour les différentes instances locales, nationales ou internationales. Ces rencontres fréquentes, à raison d’une tous les deux ans, construites initialement sous forme de cours, constituent davantage le cadre d’un dialogue entre experts sur des questions très pointues et très techniques. Elles servent de formations et sont vecteurs de diffusion des informations pour les techniciens et les ingénieurs qui y participent. A partir des années soixante-dix, du fait des connaissances à présent largement développées et suffisamment diffusées, le rythme de ces rencontres diminue pour passer à quatre ans, après la semaine organisée à Belgrade en 19742232.

A partir des années cinquante, d’autres rencontres témoignent d’une effervescence sur les questions de circulation et de réglementation routière. Du 8 au 12 octobre 1957 a lieu le premier congrès international de la police de la circulation à Eindhoven. Organisé par la Fédération internationale des fonctionnaires supérieurs de la police et l’OTA, il mobilise les plus grands spécialistes de ces questions, dont le français Joseph Aussel. Les congrès biannuels suivants se tiennent à Madrid en 1963, ou à Paris en 1965. Il faut aussi mentionner la conférence mondiale de la technique de la circulation qui se tient à Washington aux Etats-Unis du 24 au 26 août 1961. Organisée par l’OTA, l’AIPCR, l’IRF et l’Institut américain des ingénieurs de la circulation, elle rassemble plusieurs experts de ces questions, dont les ingénieurs des ponts et chaussées français Coquand, Rumpler, Elkouby, Goldberg, Thiébault et Herzog.

Enfin, en marge de ces rencontres destinées plus particulièrement aux responsables et agents de l’Etat (ingénieurs ou commissaires de police), d’autres manifestations concernant les enjeux de circulation sont organisées dans un cadre urbain à destination des responsables des collectivités locales. Dans cette perspective, se tient le troisième Congrès2233 des adjoints communaux à la Police Urbaine et à la circulation à Vérone, du 2 au 5 avril 1964 et auquel assiste un délégué lyonnais2234. Deux thèmes étaient présentés à l’ordre du jour, l’un sur « Urbanisme, circulation, Transports », le deuxième sur « Le gardien de la paix dans l’organisation administrative de la cité ». Dans son compte-rendu manuscrit de sept pages, l’Adjoint au Maire de Lyon, délégué à la police municipale et à la circulation, Jean Mercier, ne retient par contre que peu d’éléments positifs de son voyage en Italie. Il souligne des problèmes de langue et une organisation bien en deçà de celles des semaines internationales de la circulation. Selon lui « d’une manière générale, les thèmes ont été traités très empiriquement, en opposition avec l’extrême précision technique avec laquelle sont abordés la plupart des problèmes débattus au cours des « semaines internationale de la circulation » ». Ces rencontres restent majoritairement destinées aux élus ou aux responsables administratifs des villes puisque, a priori, aucun ingénieur ou technicien ne participent à ce congrès. Une manière sans doute d’écarter les Etats et leurs corps d’ « ingénieurs diplomates ». Bien qu’ils soient invités au quatrième congrès qui se tient du 26 mai au 28 mai 19652235, les Lyonnais ne participeront plus à cette manifestation. Le président de la commission municipale de circulation de la ville de Lyon invoque le problème des finances municipales et le peu de rentabilité professionnelle du congrès étant donné l’expérience de l’année précédente, qui a surtout révélé les particularismes et les problèmes politico-administratifs italiens.

Quelques années plus tard, se tient toujours en Italie, la Première Conférence Mondiale Intercommunale sur les problèmes de transports des personnes et des marchandises, de la circulation et du stationnement dans les villes, à Bologne, les 10, 11 et 12 juin 19742236. Quatre cent cinquante personnes participent aux débats représentant quatre-vingt villes grandes ou moyennes de vingt pays différents. Les thèmes abordés touchent largement les problèmes de transports en commun et des représentants de la RATP participent aux débats.

En termes de participation, ce sont surtout les ingénieurs des ponts et chaussés des services centraux ou des services déconcentrés qui assistent à ces réunions d’experts2237. Des délégués municipaux se déplacent lorsque ce n’est pas trop loin, comme pour les semaines internationales de Nice en 1960, ou lorsque cela concerne plus directement les problématiques municipales comme pour les rencontres italiennes. On retrouve également régulièrement des experts privés indépendants, membres de bureaux d’études, comme la SETEC (Société des Etudes Techniques et Economiques) ou d’associations, comme Henri Vaté, expert en circulation et membre de l’ACR.

Si les congrès et les rencontres sont au cœur de l’activité d’échanges et de constitution de savoirs sur la circulation urbaine, d’autres moments deviennent incontournables dans le processus de mise en forme de ces savoirs. Ainsi l’organisation de voyages est également déterminante pour les transferts de savoirs ou les échanges d’expériences dans ce domaine. Ils sont « des passages obligés » dans l’optique de la construction de carrières d’experts.

Notes
2225.

Organisées depuis 1953 par l’organisation Mondiale du Tourisme et depuis 1954 tous les deux ans, en collaboration avec l’AIPCR.

2226.

Organisé à partir de 1958, en collaboration entre l’OTA, l’AIPCR et la Fédération Internationale des Fonctionnaires Supérieurs de la Police.

2227.

La correspondance et les comptes-rendus de ces rencontres internationales sont accessibles en anglais et en français aux archives de l’ONU à Genève, au centre de documentation de l’ENPC et dans certains centres d’archives de province (en particulier aux Archives Municipales de Lyon et aux Archives départementales des Alpes-Maritimes).

2228.

Voir Association Internationale Permanente des Congrès de la Route, AIPCR – PIACR, Paris, Presses des Etablissements Arac, 1970. Archives mobilisées : Archives Municipales de Lyon 1068 WP 064, Archives de l’ONU GIX 12-1-35 / 12-6-6-51 / 12-6-6-52.

2229.

Voir en annexes le tableau des programmes des semaines internationales de la technique de la circulation routière pour la période 1953-1982.

2230.

Voir en annexes le tableau de participation des responsables lyonnais aux semaines internationales de la technique de la circulation routière pour la période 1953-1982.

2231.

Cf. Compte-rendu fait par M. Matthey, Chargé du service municipal de circulation (à la demande de Henry Vaté) du congrès de Salzbourg à l’Automobile-Club du Rhône, en décembre 1962, cf. AML 1068 WP 064.

2232.

Cf. Lettre de Dorothy Logan du 16 juin 1975 à tous les participants de la 12ème Semaine internationale d’Etudes de la technique de la circulation routière, cf. A ONU GIX 12-1-35.

2233.

C’est un congrès annuel national qui se tient toutes les années à Vérone en Italie à partir de 1962.

2234.

Cf. AML 1068 WP 064.

2235.

Cf. Invitation du Maire de Vérone au Maire de Lyon en date du 6 mai 65, cf. AML 1068 WP 064.

2236.

Bibliothèque administrative de la ville de Paris (Côte BV 3185).

2237.

Voir AML 1068 WP 064 ; ADAM 717 W 0006 ; AMB 10 W 19 ; et AMM 468 W 341.