Conclusion

Au terme de notre travail, nous souhaitons récapituler les principaux résultats de cette enquête et ouvrir quelques pistes permettant de comprendre l’évolution plus contemporaine du rôle des commissions municipales. Nous aurons ainsi l’occasion de revenir sur les principales caractéristiques du gouvernement de la circulation urbaine puis d’évoquer les facteurs de sa transformation à partir des changements institutionnels et des évolutions du secteur des transports.

Notre enquête s’est construite autour de trois temps forts. Nous avons analysé dans un premier temps la mise sur agenda des questions de circulation urbaine. Il s’agissait de revenir sur l’identification et la construction d’un problème public. Dans cette perspective nous avons présenté les caractéristiques des mondes automobiles, à partir desquels se construit un gouvernement interne ou privé de certains problèmes automobiles (sécurité, éducation des usagers, signalisation, propositions d’expertise…). Cette situation évolue progressivement vers un partenariat entre acteurs privés et publics autour de la consolidation de ce secteur d’intervention. S’invitant largement au sein des débats politiques locaux, les problèmes automobiles poussent alors les autorités locales à réagir en mettant en place des arrêtés puis une réglementation générale de la circulation. Les débuts de l’automobile sont également marqués par l’émergence de scènes de discussion nationales et internationales qui inscrivent à l’agenda des gouvernements nationaux et des organismes internationaux les questions routières dans une large acception (signalisation, circulation routière, enjeux touristiques). Toutefois, les représentants des villes sont absents ou écartés de ces scènes de débats. En parallèle, malgré quelques moments polémiques, se confirme le rôle toujours important des acteurs des mondes automobiles notamment dans le domaine du stationnement.

Notre deuxième partie nous a conduit à revenir sur le système d’acteurs et les dispositifs qui gouvernent la circulation urbaine. Nous avons montré comment s’organise la répartition des différentes prérogatives qui se construisent autour de la régulation des questions automobiles. A travers elle, se nouent des relations d’interdépendance entre les autorités locales et centrales. Ces dernières s’expriment sous forme de tensions mais peuvent aussi s’affirmer à partir de modes de collaboration. C’est pourquoi nous avons mis en évidence l’existence de pouvoirs urbains, rassemblant sur un territoire ou à partir de la gestion d’un problème public transversal, les acteurs privés et publics, les autorités locales et centrales, les techniciens et administratifs, les élus ou les associatifs. Ce système d’acteurs s’incarne dans certains parcours que nous avons restitués (notamment ceux des ingénieurs des villes et des ingénieurs de l’Etat) mais surtout dans un gouvernement par commissions. Ce dernier a fait l’objet d’une analyse, à partir des échelles et des secteurs dans lesquels il se déploie. Si nous avons montré la structuration des activités de plusieurs organismes autour de différentes commissions, nous avons insisté sur le processus d’institutionnalisation d’une grande commission nationale autour des questions automobiles, la Commission centrale des automobiles et de la circulation générale. Puis dans la plupart des villes françaises, nous avons montré comment se met en place une commission municipale de circulation, qui rassemble les principaux acteurs et organismes concernés par la gestion de ce secteur.

Notre dernier temps d’analyse portait sur la manière dont la circulation est administrée et gouvernée. Nous avons tout d’abord présenté les différents processus de mise en administration des questions automobiles. Nous sommes ainsi revenu sur la mise en rapport et la mise en forme qualitative et quantitative du phénomène automobile opérées par les services techniques et administratifs des autorités locales et centrales. Nous avons montré le développement de plusieurs outils (arrêtés, rapports, statistiques, cartographie…) qui permettent de circonscrire les problèmes automobiles et produisent du consensus pour les usagers et les organismes concernés. Ces outils sont accompagnés par la mise en place de structures d’études et d’administration des enjeux de circulation, notamment au niveau central. Puis nous avons présenté le processus de production de savoirs concernant la circulation urbaine, qui s’inscrit dans une double dynamique de circulation et de centralisation des connaissances à partir d’espaces et d’institutions qui les portent et les soutiennent. Cette perspective montre tout particulièrement l’intérêt d’une étude des échanges entre villes et nous a permis de revenir sur la centralisation incomplète des problématiques automobiles dans un cadre national et homogène. Par ailleurs, cette enquête attentive aux dynamiques de circulation montre sous un autre jour la place et le rôle de certaines villes françaises face à l’Etat et à la capitale, notamment au cours des années cinquante et soixante.