10.3.2.2 De la polysémie à l'usage monosémique des mots ; désyncrétiser la pensée.

Ce qui fait la spécificité des mots employés en sciences, c'est leur précision et leur monosémie. Certains mots ont des significations différentes selon qu'ils sont utilisés dans un usage courant de la langue ou dans un usage scientifique. Ainsi en va-t'il des adjectifs "fermé" et "ouverts" ou du nom "fruit". Dans la vie courante, la porte fermée vous empêche de rentrer ou de sortir. En électricité, le circuit fermé est celui qui permet la circulation, le circuit ouvert l'empêche. A la cantine, le mot fruit désigne la pomme ou la banane dégustée à la fin du repas. Dans la leçon sur le développement des plantes, le mot fruit désigne aussi le cornichon, la tomate ou la courgette. Les élèves de six ans utilisent fréquemment ces mots, sous lesquels ils regroupent des objets ayant des caractéristiques objectives communes. Mais s'il y a coïncidence de l'usage du mot entre l'enfant et l'adulte dans la référence concrète, ce n'est pas forcément le cas pour la signification générale du mot. L'enfant et l'adulte peuvent appeler pomme le même fruit consommé familièrement en dessert. Mais alors que l'adulte associe à ce mot le concept lui-même avec tout ce qu'il recouvre et implique – la pomme est le fruit d'une plante, qui fait partie des arbres. A ce titre, la pomme est un fruit comme le cornichon ou la tomate. La pomme revêt des aspects différents selon les espèces et on l'utilise dans des préparations culinaires variées selon les traditions régionales …L'enfant au contraire peut réduire sa conception de la pomme à la seule pomme qu'il connaît et à celles qui ont une apparence semblable. L'enfant utilise les mots de l'adulte et communique avec lui sans pour autant posséder les mêmes processus de pensée et les mêmes catégorisations. Pour Vygotski, la différence entre ces pseudo concepts de l'enfant et les concepts de l'adulte est du même type que la différence entre les concepts quotidiens, riches de références complètes, mais peu propices à la formalisation, et les concepts scientifiques, puissants du point de vue de la généralisation, mais pauvres du point de vue de la singularité du vécu.

En situation de dire le monde en même temps qu'il le découvre, l'élève construit les concepts qui structurent sa pensée. De syncrétique, globale et confuse, cette pensée devient peu à peu plus abstraite permettant l'organisation conceptuelle des rapports entre les choses.