b. Les missionnaires : origines, formations, carrières

b.1 Origines : régions et familles chrétiennes

‘« L’on n’admet dans la société aucun sujet ayant fait profession dans un corps religieux ou une
congrégation dont les membres sont liés par des vœux ;
ni, sauf les cas rares de vrai nécessité, aucun ecclésiastique
dont la langue maternelle ne serait pas le français 452. »’

Depuis l’installation du Collège général à Penang en 1807 jusqu’au départ des missionnaires français, après la nationalisation, vers 1968, soixante et un prêtres des Missions Étrangères y ont enseigné. Leurs situations personnelles nous sont connues, en partie, grâce aux dossiers individuels, que gardent les archives de la Société, ainsi qu’aux répertoires biographiques plus succincts qui ont été établis453. Intéressons-nous tout d’abord à l’origine des supérieurs et des directeurs. La Société des Missions Étrangères de Paris ne recrute ses membres qu’en France ; ou plutôt, elle n’accepte en son sein que des sujets francophones.De ce fait on ne trouve, au Collège de Penang que des missionnaires français, à l’exception cependant de deux Belges, Edmond Wallays, né le 31 août 1842 à Leffinghe454, Michel Henri Célestin, né le 23 décembre 1889 à Védrin455, et d’un Piémontais, Auguste Séverin Henriod, né le 8 janvier 1857 à Chambave, près de Turin (il appartenait au diocèse d'Aoste456). Les autres proviennent des trente-six départements français ci-dessous :

Départements d’origine Nombre de missionnaires
Allier 1
Alpes-de-Haute-Provence 1
Aoste 1
Ardèche 2
Aveyron 5
Belgique 2
Bouches-du-Rhône 1
Côte-d’or (Dijon) 4
Deux-Sèvres 1
Doubs 1
Eure-et-Loir 2
Finistère 2
Gironde 2
Haute-Marne 2
Haut-Rhin 1
Jura 1
Loire & Loire-Atlantique 3
Maine et Loire 1
Manche 2
Mayenne 3
Meurthe-et-Moselle & Moselle 4
Nord & Pas-de-Calais 3
Orne 1
Rhône 2
Saône-et-Loire 1
Sarthe 1
Savoie, Haute-Savoie & Hautes-Alpes 5
Tarn & Tarn-et-Garonne 2
Vendée 1
Vienne 1
Vosges 1

À l’exception de l’Aveyron et des départements alpins (5 missionnaires chacun), les effectifs par département vont de un à quatre. Si cette liste, sous sa forme abrupte, ne fournit guère d’éléments d’analyse, le regroupement régional est évidemment beaucoup plus parlant. Le Nord-Ouest vient en tête, avec douze missionnaires, suivi par le Sud-Ouest, qui a donné onze missionnaires. L’Est se trouve en troisième position, avec dix missionnaires. Les autres régions sont toutes en dessous de dix missionnaires, dans l’ordre décroissant suivant : Pays de la Loire et Centre, Vallée du Rhône et Provence, Savoie, Franche-Comté, Nord et Pas-de-Calais :

Régions Départements Effectifs Rang
Ouest, Nord-ouest Finistère, Manche, Orne, Mayenne, Sarthe, Eure-et-Loir 12 1er
Vallée de la Loire,
Centre
Loire Atlantique, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Maine-et-Loire, Allier, Saône-et-Loire, Loire, Haute-Loire 8 3e
Nord Nord, Pas-de-Calais 3 5e
Est Haute-Marne, Moselle, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Alsace (Flandres belges), Namur 10 2e
Franche-Comté Haut-Rhin, Doubs, Jura, Côte d’Or 6 4e
Vallée du Rhône,
Cévennes, Provence
Rhône, Ardèche, Bouches-du-Rhône, Alpes-de-Haute Provence 6 4e
Savoie, Dauphiné,
Piémont
(Aoste), Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes 6 4e
Sud-ouest, Vallée de la Garonne Aveyron, Tarn, Tarn-et-Garonne, Gironde 10 2e

Comparons les origines des professeurs du Collège général avec celles des missionnaires des MEP en général. Quelques sondages suffiront à mettre en lumière l’homogénéité des provenances. Pendant la période de 1891 à 1900, par exemple, sur 608 missionnaires, 38 étaient Aveyronnais, 24 Bretons, 13 Franc-comtois. Les autres départements mentionnés sont toujours les mêmes : Nord, Moselle et Vosges, Manche et Calvados, Savoie et Haute-Savoie, Pays de Loire, etc. Tous apparaissent dès les débuts de l’histoire des Missions Étrangères. Les deux fondateurs, Lambert de la Motte et Pallu, étaient respectivement originaires du Calvados et de l’Indre-et-Loire, deux départements constamment représentés par la suite. Le premier Breton fut Louis Chevreuil, né en 1627 à Rennes ; on trouve treize de ses compatriotes parmi les cent dix-sept premiers missionnaires de la société. Notons au passage que le premier Aveyronnais, Jean Carbon (1704-1739), originaire de Millau, était un protestant converti. Ces fortes tendances géographiques ne se démentent jamais, pendant les trois cent cinquante ans d’existence de la Société. Ainsi, trois jeunes missionnaires français nés après 1965, partis pour l’Asie au début du XXIe siècle, étaient originaires l’un de la Moselle, l’autre du Haut-Rhin, le troisième du Doubs. Concluons, en signalant le nombre quasi-insignifiant de parisiens, dans une Société pourtant si parisienne, par son nom et par son siège ! Une confrontation succincte avec les données bien connues de la géographie de la pratique religieuse, vient corroborer ces résultats457. Vers 1865, les régions de pratique majoritaire, où l’on comptait les plus gros effectifs de « pascalisants » (communiant à Pâques) et de « messalisants » (assistant à la messe régulièrement), étaient d’une part, l’Ouest, d’autre part le Nord, l’Alsace et la Lorraine, une partie de la Franche-Comté, le Dauphiné et la Savoie, le versant oriental du Massif central, des Cévennes aux Pyrénées, la Corse enfin. Au contraire, la pratique était en baisse dans certains quartiers des grandes villes, Lyon y compris, rare dans le centre ouest du Massif central, dans les Charentes, en Aquitaine ; l’un des indices de la désaffection pour la religion étant la faible pratique pascale458. En 1947, quatre années après le choc qu’avait causé l’apostrophe fameuse de l’abbé Godin : « La France, pays de mission ? », le chanoine Fernand Boulard publiait la première carte de la pratique religieuse dans la France rurale, divisée en trois zones459. On y constate tout d’abord la permanence de régions plus pratiquantes, situées à la périphérie du territoire. La zone A est intitulée : « Pays chrétiens ou de pratique majoritaire ». L’encadrement religieux y est serré (un prêtre pour 400 fidèles), le réseau paroissial dense. Quelles sont ces régions ? L’Ouest, du Finistère à la Mayenne, la Manche, la Loire-Atlantique, la Vendée, le Maine-et-Loire ; le Nord et le Pas-de-Calais ; à l’Est, de la Meuse à la Moselle, les Vosges, le Bas et Haut-Rhin, l’Alsace ; la Franche-Comté, la Haute-Saône, le Doubs et le Jura ; la Loire et le Rhône ; dans les régions alpines, Savoie et Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Alpes-de Haute-Provence ; enfin, une couronne de pays pratiquants, au sud et au sud-est du Massif central : l’Ardèche, l’Aveyron, la Lozère, le Tarn, la Haute-Garonne jusqu’aux Pyrénées-Atlantiques. On aura reconnu, dans cette énumération, pratiquement chacun des départements d’origine des professeurs du Collège général. Ceux qui manquent figurent, sur la carte du chanoine Boulard, dans la zone B : « Pays indifférents à traditions chrétiennes ou de pratique minoritaire. » C’est le cas, à l’Ouest, de la Sarthe et de la Vienne ; du Loir-et-Cher, de l’Allier dans le Centre ; de la Côte-d’Or ; de la Gironde au Sud-Ouest. Dans ces départements, la pratique masculine est intermittente, le clivage entre pratique masculine et féminine plus affirmé, sur le pourtour méditerranéen notamment. La pratique y est souvent délaissée après la première communion, l’anticléricalisme plus répandu n’empêchant nullement les processions, ni le culte des saints thaumaturges. La zone C, enfin, correspond aux « pays de mission, à minorité détachée du catholicisme. » Ce sont les grandes villes, les quartiers ouvriers notamment460, mais aussi des départements ruraux, Yonne, Aube, Creuse, Charentes : ce sont des « pays de mission » au sein du territoire, ceux dont se préoccupait l’abbé Godin. Aucun des professeurs du Collège général n’en vient. Force est de constater l’étroite corrélation entre les cartes de la pratique religieuse en France et la liste des départements d’où sont originaires les professeurs, ce qui pourrait se résumer ainsi : ces missionnaires sont généralement issus de régions rurales, où la ferveur religieuse s’est maintenue au moins jusque dans les années 1960. L’examen des données disponibles sur les vocations religieuses ne fait que conforter cette dernière assertion461. Au début du XXe siècle, pour 10 000 jeunes gens de 25 à 29 ans, dix départements donnent plus de cent ordinations : ce sont les Côtes d’Armor, la Vendée, le Gers, le Lot, le Tarn, l’Aveyron, la Lozère, l’Ardèche, les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes. Tout de suite après (entre 99 et 70 ordinations), et sans vouloir les énumérer tous, arrivent le Finistère, le Morbihan, la Sarthe, la Mayenne, l’Orne, la Manche et l’Eure-et-Loir ; à l’Est, la Meuse, le Jura, la Savoie et la Haute-Savoie ; dans le Massif central, la Haute-Loire et le Cantal ; au Sud-Ouest le Tarn-et-Garonne et les Landes. À quelques exceptions près, comme le Doubs462, la Côte d’or, le Nord et le Pas-de-Calais, départements qui fournissent moins de 52 prêtres pour 10 000 habitants (et bien sûr l’Alsace et la Lorraine, alors annexées par l’Allemagne), on retrouve une fois encore les mêmes départements463. Les directeurs du Collège général, entre le début du XIXeet le milieu du XXe siècle, viennent d’un milieu catholique essentiellement rural, attaché à des pratiques et à des traditions religieuses et capable de passer le flambeau aux jeunes générations464. Observons que leurs régions natales pourraient être regroupées en quelques grandes catégories : pays de mer, pays de montagne, où les conditions de vie sont rudes, d’où proviennent en grand nombre navigateurs et voyageurs ; pays de frontières mouvantes, à l’est et au nord, marqués par la Révolution, les guerres européennes ; marches catholiques, enfin, dans des zones de clivages religieux (l’Ardèche dans les Cévennes protestantes ; le Jura, le Doubs, la Haute-Savoie, bordés par la Suisse calviniste), ou aux confins de régions anticléricales (comme le nord du Massif central)465. Il n’est pas question de détailler ici les nombreuses raisons pour lesquelles ces départements en particulier ont régulièrement fourni de nouvelles recrues aux missions. L’environnement familial, la densité des réseaux de paroisses et d’écoles religieuses, les traditions culturelles locales, la situation géographique, tout cela a joué. Mais la propagande que les diverses congrégations de missionnaires parvinrent à mettre en œuvre pour attirer des recrues compte aussi. Dans le diocèse de Besançon, sous l’impulsion des jésuites, dès le XVIe siècle, le culte de Saint-François-Xavier, missionnaire au Japon, avait été largement répandu dans les paroisses du Jura et du Doubs. Cette méthode fut reprise en France dés 1815, à l’instigation de Rome. On ne peut méconnaître l’influence qu’eurent également les « Lettres édifiantes » des missionnaires (de nombreuses vinrent de Penang), publiées par les « Annales de l’Œuvre de la Propagation de la Foi », abondamment diffusées dans les foyers chrétiens (145 000 exemplaires en 1845)466. Tout cela n’a certainement pas manqué de susciter de l’intérêt, de la fascination même, pour ces missions lointaines et aventureuses. Mais si l’on retrouve régulièrement les mêmes régions d’origine c’est aussi, tout simplement, parce que l’on ne va pas chercher de nouvelles recrues ailleurs ! L’étude des tournées de recrutement, dans les années 1930-1950, alors que la crise des vocations de missionnaires commence à se faire douloureusement sentir, est assez significative467. Les Pères sont particulièrement déconcertés de voir se tarir les sources traditionnelles du renouvellement de leurs effectifs :

‘Comment et pourquoi le recrutement s’est-il ralenti au point que, durant plusieurs années, l’Alsace n’était même plus représentée au séminaire de la rue du Bac et que, aujourd’hui, on ne compte qu’un seul aspirant venu d’au-delà de la ligne bleue des Vosges. Que s’est-il donc passé ?’

C’est donc essentiellement vers ces départements, autrefois grands pourvoyeurs de missionnaires, qu’ils orientent leurs efforts, en partie d’ailleurs parce qu’en étant eux-mêmes originaires, ils s’y sentent plus à leur aise468. Ainsi, l’un des recruteurs de la Société, Joseph Lerestif, né en 1891 à Plestan dans les Côtes-d’Armor, concentre-t-il toute son action sur la Bretagne, parcourant le Finistère, où il peut être logé chez des proches. La trajectoire des tournées de recrutement n’a rien qui nous surprenne : Edmond Gérard visite les diocèses d’Arras et d’Amiens, Jean Depierre parcourt la France de Thônes à Bordeaux, via Périgueux, Joseph Cuenot traverse l’Ouest, de la Manche à la Vendée. Tous négligent, ce faisant, des régions effectivement moins conformes aux traditions de la Société, mais peut-être plus prometteuses, ne serait-ce que par leur diversité, et notamment les aires urbaines. Peut-on parler de négligence ? Si l’on en croit certains témoignages, ce serait plutôt un choix délibéré, visant à écarter certaines catégories sociales du champ du recrutement et en particulier la classe ouvrière, au profit du monde rural, plus familier469 :

‘Nous pouvons distinguer trois catégories d’enfants parmi nos recrues du Finistère : les fils d’agriculteurs, les meilleurs, qui aident aux travaux de la ferme pendant leurs vacances. Ce sont les mieux protégés ; pas de loisirs mais beaucoup de fatigue physique très profitable pour le corps et l’esprit. Les fils de famille bourgeoise cultivée et chrétienne à bloc ; les parents sont avertis et surveillent. Les fils de familles humbles ou communes habitant les agglomérations. Ceux-là sont sous la menace d’un danger permanent. Ils deviennent les plus nombreux470. ’

Que savons-nous de l’origine sociale des missionnaires qui enseignèrent à Penang ? Les dossiers biographiques sont généralement assez discrets à ce sujet, mais les indices ne manquent pas. Prenons le cas de Jean-Claude Miche, né le 9 août 1805 à Bruyères, dans les Vosges. Cadet d’une famille bien implantée dans la région, il a de nombreux frères et sœurs parmi lesquels on trouve plusieurs vocations religieuses, mais aussi un soldat, qui mourut au Vietnam alors que Jean-Claude Miche y était évêque. Sa famille compte des cultivateurs et des artisans, notamment des charpentiers, comme son arrière grand-père et son père, ou des tailleurs de pierre, tels son grand-père et son grand-oncle471. Ce type de configuration sociale – milieu catholique, parents exerçant des métiers modestes, famille nombreuse aux vocations religieuses abondantes, installée de longue date dans une petite ville en région rurale, où le christianisme est fortement enraciné – ressemble à ce que la grande majorité des missionnaires, jusqu’à une époque très récente, a dû connaître. Cet environnement conditionne évidemment leur accès au savoir et leur formation.

Notes
452.

Règlement, 1874,article 10.

« Elle (la Société des MEP) est la plus française d’origine et de mentalité car sa tradition est la tradition ecclésiastique française du XVIIIe siècle, sa fondation est due aux initiatives clairvoyantes de l’épiscopat et du clergé français au temps de Louis XIV et son règlement (Art. 10) stipule qu’on n’admettra pas les sujets dont la langue maternelle n’est pas le français. Elle n’a donc pas de recrutement hors de France, et à l’heure actuelle 99% de ses membres sont français de langue et de nationalité », Les caractéristiques de la Société des Missions Étrangères, DB 54 – 1933 / 5.

453.

G. Moussay & B. Appavou, Répertoire des membres de la Société des Missions Étrangères, 1659-2004, AMEP, Paris, 2004.

454.

Leffinghe se trouve en Flandre, dans les terres mais non loin d’Ostende.

455.

Védrin, en wallon Vedrén, commune indépendante jusqu’en 1977, est aujourd’hui une section de la commune de Namur, en région Wallonne.

456.

Le Val d’Aoste fut français de 1800 à 1814. On y parle français et italien.

457.

« Vitalités des diocèses de France », G. Cholvy et Y.-M. Hilaire, Histoire religieuse de la France contemporaine, t. 1. Privat, 1985.

458.

« Entre le Maine et la Lorraine, dans une zone large de 500 km dont le centre est Paris, la pratique religieuse est très faible au milieu du XIXe siècle […] inférieure à 15% pour les pascalisants des deux sexes. En 1842, l’évêque de Chartres note que la religion est pratiquement abandonnée par les hommes. Le Centre, le Limousin connaissent une situation analogue […]. Vers 1860, dans plusieurs paroisses des Charentes, on ne compte aucun pascalisant. Toutefois la pratique se relève pour atteindre 35% dans la Gironde (1840). Il en est de même sur les bords de la cuvette du Bassin parisien : 30 à 40% dans la Marne, la Nièvre ou l’Indre. Des taux qui se retrouvent sur le pourtour méditerranéen, en contraste marqué avec les hautes terres du Massif central : Ardèche, 85% en 1845, Aveyron, 82% en 1872. Dans les pays armoricains la pratique, en milieu rural, est partout supérieure à 75%, voire proche de l’unanimité », in G. Cholvy, La religion en France de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Hachette, 1998, p. 147.

459.

Cf. G. Cholvy, op. cit., p. 141.

460.

Les historiens insistent sur un point : on ne peut séparer les villes, quelle que soit leur taille, de leur région. Autrement dit, on pratiquera plus, par exemple, dans une grande ville de la zone A, que dans une petite ville de la zone C.

461.

R. Ladous, A Quagliari, Religion et culture en France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni au XIXe siècle, Paris, Ellipses, 2001.

462.

« L’évolution de Besançon est éclairante à ce sujet. Les cantons ruraux de la montagne et du Haut-Doubs, régions ferventes, fournissent la plupart des prêtres du diocèse, tandis que la vallée du Doubs et le secteur de la Haute-Saône se déchristianisent et voient une baisse du recrutement sacerdotal. Dans ce cas, urbanisation, industrialisation et déchristianisation vont de pair », in Marcel Launay, Le bon prêtre, le clergé rural au XIX e siècle, Paris, Aubier, 1986, p. 67.

463.

Il faut marquer cependant un certain nombre de nuances : « La variété des situations est donc très grande […]. Il n’est pas certain que la carte de la géographie du recrutement sacerdotal corresponde toujours à celle de la pratique religieuse. On constate des dimorphismes non seulement dans les arrondissements, mais aussi à l’intérieur des cantons et même au niveau des paroisses », in Marcel Launay, op. cit., p. 68-69.

464.

« Du Pays Basque à Strasbourg, en Moselle, dans le Nord, dans l’Ouest, et pour plus d’un siècle, les chrétientés rurales alimentent un renouveau missionnaire dont la France a pris la tête », G. Cholvy, La religion en France de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, op. cit., p. 31.

465.

J’ai évoqué ces questions à propos de Jean-Claude Miche, né à Bruyères, dans les Vosges, resté quelques mois à Penang pour enseigner le vietnamien, avant de partir au Cambodge, en 1838 : « Comment la région des Vosges se comporte-t-elle en matière de religion, comparée au reste de la France ? La pratique y est majoritaire et ne se cantonne pas aux grandes fêtes carillonnées, contrairement au Bassin parisien, à la Bourgogne ou au nord du Massif central. Restées attachées à l’Église, les Vosges se situent entre deux régions où se recrutent de nombreux jeunes prêtres, le Nord et la Franche-Comté. Elles constituent en quelque sorte une marche catholique, aux confins de la Suisse et de l’Allemagne protestantes et du nord du Massif central, région de faible pratique, voire anticléricale. Notons que, si le dixième de l’ensemble des dons (souvent de petites sommes), faits à l’œuvre de la propagation de la foi, créée par Pauline Jarricot, provient de la région lyonnaise, l’Est occupe la deuxième place, devançant la Bretagne. Cet environnement religieux, à la fois triomphaliste et sur la défensive, a contribué, peut-être plus qu’un autre, à éveiller des vocations de missionnaires convaincus de la nécessité de défendre et de propager le catholicisme », Annexes, Suppléments 2-1 : « Jean-Claude Miche (1805-1873), un évêque des Missions Étrangères en Indochine, aux prémices de la colonisation française. »

466.

La carte des versements à la Propagation de la foi, entre 1901 et 1905, une fois encore, se superpose parfaitement à celles de la pratique religieuse et des vocations. C’est bien dans les départements où le christianisme résiste le mieux que les dons sont les plus importants (entre 99 et 150 francs pour 1000 francs d’impôts directs) ; c’est donc là aussi que les Annales de l’OPF sont les mieux diffusées. Cf. G. Cholvy, La religion en France de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, op. cit., p. 42.

467.

Cf. Annexes, Suppléments 2-2 : « Vocations : prospecter ou convaincre ? Crise du recrutement et dilemmes de la propagande aux Missions Étrangères de Paris, 1930-1950. »

468.

« Quelles sont les régions visitées entre 1930 et 1950 ? À l’Ouest, en Bretagne, les diocèses de St-Brieuc, Quimper, Brest, Vannes, Rennes, Nantes ; dans la Manche, Coutances, Saint-Lô, Avranches. Le Père Bulteau se rend à Luçon en Vendée. Dans le Nord, des tournées de recrutement sont attestées dans les diocèses d’Amiens, d’Arras, à Boulogne-sur-Mer, Béthune. À l’Est, des recruteurs arpentent les diocèses de Reims, de Nancy et de Metz, vont à Épinal, à Saint-Dié (Vosges) ; le Doubs, le Jura, la Haute-Savoie sont visités ainsi que, dans le Sud-Ouest, la Dordogne et l’Aveyron. Le Père Flachère se rend en Haute-Loire, le Père Depierre sillonne la région lyonnaise », Annexes, Suppléments 2-2, « Vocations : prospecter ou convaincre ? », op. cit.

469.

« Cette invasion paysanne mérite d’être regardée de plus près […]. En Lorraine, l’industrialisation n’a absolument pas eu d’influence affaiblissante sur le recrutement sacerdotal […]. En 1891, 36,5 % des nouveaux prêtres sont issus du monde ouvrier […]. Il est vrai que les campagnes ont été particulièrement fécondes. Ceci est particulièrement vrai pour la première moitié du siècle à Vannes, Rennes, Besançon. Mais il y a des évolutions dans le temps et dans l’espace […]. De même, l’origine rurale des prêtres ne signifie pas forcément que les parents exercent une profession agricole. En 1856, l’évêque du Mans écrit : ‘’ Nos élèves appartiennent tous à des familles d’artisans ‘’ […]. En 1910-1913, sur 63 grands séminaristes dont l’origine géographique est connue, 31 proviennent des campagnes, 13 des villes et 12 des mines. Au point de vue démographique, le monde rural a fait le plein au milieu du siècle, alors que s’annonce la poussée urbaine, il est donc logique que la ville soit mieux représentée », Marcel Launay, Le bon prêtre, le clergé rural au XIX e siècle, op. cit., p. 73-75.

470.

P. Joseph Lerestif. Cf. Annexes, Suppléments 2-2 : « Vocations : prospecter ou convaincre », op. cit.

471.

Cf. Annexes, Suppléments 2-1, « Jean-Claude Miche (1805-1873), un évêque des Missions Étrangères en Indochine, aux prémices de la colonisation française », op. cit.