3.1. Une vallée, des montagnes

La châtellenie de Sallanches est un territoire réparti entre la moyenne vallée de l'Arve et les massifs montagneux environnants, au cœur du Faucigny. La commune actuelle de Sallanches, chef-lieu d'un canton de Haute-Savoie, s'étend sur les deux rives de l'Arve, premier affluent majeur du Rhône (doc. 97).

Doc . 97. Localisation de Sallanches par rapport à Annecy et Genève
Doc . 97. Localisation de Sallanches par rapport à Annecy et Genève

La moyenne vallée de l'Arve est comprise entre le confluent des vallées des Houches et de Montjoie, qui relève de la châtellenie de Charousse, et le passage étroit auquel la ville de Cluses doit son nom. La ville de Sallanches, située à une altitude de 530 m, se trouve dans la zone de confluence entre l'Arve, la Sallanche et la Frasse.557

Doc. 98. Carte géologique simplifiée de la châtellenie de Sallanches
Doc. 98. Carte géologique simplifiée de la châtellenie de Sallanches

Le régime hydrographique de l'Arve définit l'essentiel des caractéristiques géologiques et pédologiques de la vallée. Le substrat y est en effet essentiellement constitué de cônes de déjection d'un ancien glacier, empruntés par les torrents actuels, et de formations alluviales récentes, déposées sur une large étendue lors des crues longtemps chroniques de tous les cours d'eau (doc. 98). Les terres de la vallée sont ainsi à la fois relativement fertiles et régulièrement lessivées, ce qui limite le développement de l'agriculture céréalière. L'eau est extrêmement abondante. Aux torrents, gonflés chaque année au printemps par le fonte des neiges, s'ajoutent en effet de multiples points d'eau. Beaucoup ont disparu au cours des dernières décennies, mais des toponymes comme celui de la Palud, en bordure méridionale de la châtellenie, rappellent leur existence ancienne.

L'altitude de la châtellenie varie entre 483 m à l'entrée de la vallée et 2785 m, au sommet de la Pointe Percée. La part des formations éoliennes et, plus généralement, le rôle de l'érosion, augmentent logiquement avec l'altitude. L'étagement de la végétation accompagne ce phénomène. Ainsi, dans les premières centaines de mètres au-dessus de la vallée, zones de moraines würmiennes et de calcaires tertiaires sur la rive gauche de l'Arve, d'anciens éboulis stabilisés sur la rive droite, les sols mis en culture côtoient l'élevage des ruminants et les premiers sous-bois (feuillus et résineux). Entre 1000 et 1500 m, les forêts de résineux (sapins et épicéas) sont largement majoritaires. En fonction des lieux, la forêt peut être plus ou moins étendue vers l'amont ou l'aval. Au-delà de 1500m, les calcaires alpins secondaires dominent de plus en plus, perturbés par quelques formations tertiaires. Entre 1500 et 2000 m, c'est le domaine des alpages. Les arbres sont plus rares, les sols lessivés par la pluie, mais la végétation reste abondante (herbe, fougères), en partie grâce à l'abondance des ruisseaux. Enfin, au-dessus de 2000 m, la végétation est plus rare, les formations rocheuses affleurant partout. La neige y est permanente au moins de novembre à avril.

La faune spécifiquement montagnarde (marmottes, chamois, etc.) est rarement citée. Il existe cependant dans les comptes une rubrique spécifiquement consacrée aux animaux sauvages (tractus ferarum), qui évoque spécifiquement la présence d'ours dans la région.

Notes
557.

Les bases de données de l'IGN désignent ces deux torrents respectivement sous les noms de la Sallanches et du nant de la Croix. Or, les sources médiévales emploient systématiquement le singulier Salanchia pour désigner la ville et le torrent qui la traverse, usage conservé localement pour le nom de la rivière. Certains documents cartographiques modernes désignent même les deux torrents sous le nom des Sallanches. En outre, le principal affluent de la Sallanche est habituellement appelé la Frasse, le Nant Cruy ou nant de la Croix le rejoignant en aval de l'actuel village de Cordon.