5.3.1 Structure des sonates :

La forme des sonates de Scarlatti diffère évidemment de la forme élaborée ensuite par Carl Philip Emanuel Bach et de ses successeurs.

‘«  Elle est autre notamment par sa forme : celle-si s’affirme par une organisation en deux patries, ce que l’on appelle la forme binaire. Les deux parties sont musicalement comparables, complémentaires, mais suffisamment différentes pour que les différences donnent lieu à une analyse plus approfondie. » 6 1

Les sonates ont donc une coupe binaire : deux sections avec reprise. Tout au long de la première section, Scarlatti établit la tonalité pour finir à la dominante ou au relatif. La deuxième section commence donc dans la tonalité de la dominante ou du relatif pour retourner vers la fin, dans la tonalité principale.

Kirkpatrick définit deux caractères différents de la forme sonate chez Scarlatti : si le matériel thématique est plus ou moins identique dans les deux parties de la sonate, cela s’appelle forme « fermée ». Si ce matériel est présenté dans un ordre différent ou si Scarlatti introduit, dans la deuxième section, des éléments nouveaux, cela s’appelle forme « ouverte ».

Mais Kirkpatrick pousse sa recherche pour classer ces sonates selon les différents types de traitement thématique :

‘« Si le matériel thématique est présenté d’une façon identique dans les deux parties de la sonate : elle est alors dite symétrique. (Exemple : sonate K.2)
Agencé différemment dans ses deux parties : a contrario la sonate est alors dite asymétrique. (Exemple : sonate K.1).
Réduit dans la deuxième partie : la sonate est alors dite concentrée, même si certains thèmes sont amplifiés. (Exemple : sonate K.43)
Complété dans la deuxième partie par de nouveaux éléments musicaux : la sonate alors est dite libre. (Exemple : sonate K.44)
Non seulement complété mais enrichi de variations ou de développements qui, à l’écoute, deviennent prépondérants : dès lors la sonate est non seulement libre, mais le développement de la deuxième partie justifie une catégorie particulière. (Exemple : sonate K.115). »6 2

Extrêmement variées, d’une grande concentration de matériau, d’une grande originalité, les sonates de Scarlatti semblent ouvrir beaucoup de perspectives et donner une matière très fertile pour la recherche interprétative. Avec la nouveauté de leur langage, la richesse de leur palette sonore, leur incomparable lyrisme, leur recherche rythmique et leurs trouvailles techniques, ces sonates nous apparaissent comme d’authentiques chefs-d’œuvre, et Scarlatti comme l’un des plus grands compositeurs de son époque et de l’histoire de la musique instrumentale.

Notes
6.

1 DE CHAMBURE, Alain, Catalogue analytique de l’œuvre pour clavier de Domenico Scarlatti, Paris, Costallat, 1988, p.17.

6.

2 DE CHAMBURE, Alain, Catalogue analytique de l’œuvre pour clavier de Domenico Scarlatti, op. cit., p.18-19.