Le groupe maban a été peu étudié, moins que d’autres langues de la famille, les langues du Soudan central ou les langues nilotiques par exemple, et les seules données existant sont quelquefois des listes de mots. Bien que les relations entre le maban et les autres groupes soient établies, la situation dialectale reste quelque peu confuse et les informations sont imprécises.
Les principales langues de la région sont indiquées sur la carte 3, l’asangori est également connu sous le nom de sungor. Ces langues, mis à part l’arabe tchadien, sont toutes des langues nilo-sahariennes.
Des recherches sur les parlers du groupe en général et le maba en particulier ont néanmoins été menées au fil des années, notamment par Westermann et Bryan (1956) ainsi que Caprile (1978). Les premiers donnent les noms suivants comme dialectes de la langue maba : bura-mabang (abkar), kodoï, ouled djemma, kujinga et kodongo. Ils classent également le kashmere parmi les dialectes du maba, alors que le karanga est considéré comme une langue différente. Caprile considère le kodoï, le ouled djemma, le kujinga, le kodongo, le kachmere (kechmere), le ab charin (abu Sharin) et le runga comme des langues distinctes alors que les autres parlers (ma-ndaba, ma-dala, malanga, kajangan, nyabadan, kelingan, abkar) sont classés parmi les dialectes. Suite aux enquêtes sociolinguistiques réalisées en 1991 (Prinz et al) et en 1994 (Weiss et Faris), l’on peut apporter quelques précisions sur les relations entre ces parlers. Les recherches de 1991 ont porté sur le masalit et le maba, et celles de 1994 principalement sur le maba, le marfa, le karanga et le kashmere, pour lesquels les informations sur les domaines d’emploi de la langue, l’intercompréhension ainsi que des listes de mots ont été recueillies. De plus, des listes de mots ont été recueillies pour le ab charib et le sungor.
De ces recherches il ressort que le bura-mabang de Westermann et Bryan n’est pas l’appellation d’un dialecte maba, mais le terme général employé pour désigner la langue maba, bura mabang 1 signifiant simplement le parler des Maba. Il s’avère que la plupart des termes que Westermann et Bryan, d’une part, et Caprile d’autre part, considèrent comme dialectes sont soit des noms de clans et de villages (Bakha, Kodoï, Abkar, Kajanga, Kelingan, Malanga, Mandaba, Mandala) ou de villages seulement (Kujinga, Kodongo).
Lors de l’enquête menée en 1994, il est apparu que le parler ’ab charin’, cité par Caprile comme dialecte du maba, est le ’ab charib’ de la région d’Am Zoer (ville située au nord-est d’Abéché), un parler distinct du maba. La confusion peut avoir pour origine l’existence de deux cantons, Ab Charib I, dans lequel on parle le maba, et Ab Charib II, où l’on emploie le ab charib. D’après les locuteurs, ce qu’une comparaison rapide des listes de mots confirme, ce dernier parler est apparenté au mararit, et donc au tama et au sungor, des langues du sous-groupe tama. Le bakha serait une langue et non un dialecte du maba, mais comme aucune étude plus approfondie n’a été réalisée sur cette langue, il est difficile d’être formel. Le marfa, le karanga et le kashmere, quant à eux, sont des parlers distincts du maba, contrairement à ce qui a été écrit, mais les deux derniers pourraient être des dialectes d’une même langue. Il s’agit là d’hypothèses, basées sur l’examen des listes de mots, mais que des recherches ultérieures devront confirmer.
buraː signifie langue, parole et mabaŋ est formé de maba et de aŋ, suffixe de caractérisation.