1.4Ethnographie et démographie

Le royaume maba a son origine au 16e siècle, lorsque la région a été conquise par Abd-el-Kerim, de la dynastie des Abbassides. Ce dernier a également propagé l’enseignement islamique, que les clans Kodoï ont été les premiers à accepter. Ceux-ci ont alors imposé leur langue et leur religion aux ethnies peuplant le Ouaddaï, avec l’aide militaire d’Abd-el-Kerim. Le royaume a été en conflit quasi permanent avec les Fur, à l’Ouest du Soudan, et les Baguirmi, au Sud-Ouest du Tchad, payant ou recevant le tribut, selon les époques. À son apogée, son influence s’est étendu vers le Sud-Ouest jusqu’à la région de Moundou, au Sud du Tchad.

La capitale du sultanat a été Ouara jusque dans les années 1850, avant d’être déplacée à Abéché, pour des raisons diverses. Certains auteurs parlent d’un problème d’approvisionnement en eau, pour d’autres, des raisons politiques, les Kodoï prenant trop d’influence, ont poussé à la délocalisation. D’autres encore évoquent d’un problème d’espace, comme la population de Ouara grandissait mais que la ville, entourée de montagnes, ne pouvait s’étendre. Abéché est le centre de la région maba et le siège du sultanat depuis cette époque. La ville se situait à la croisée de la route caravanière traversant l’Afrique sahélienne d’est en ouest (de Port-Soudan à Dakar) et de celle rejoignant la Méditerranée à Benghazi en passant par Koufra. Le commerce a été florissant pendant de longues décennies, et les échanges culturels et religieux avec les pays arabophones ont été fructueux jusqu’à l’époque de la colonisation. Abéché a été conquise relativement tard par les Français, n’ayant été prise qu’en 1911, après deux années de guerre. La puissance colonisatrice n’a jamais réussi à imposer ni sa langue ni le système éducatif, contrairement au Sud du Tchad.

Les premières mentions aux Maba et au Ouaddaï tardives dans la littérature sont relativement, datant du 18e siècle, mais s’expliquent par la situation géographique de la région, enclavée dans les terres. Nachtigall tout comme Barth mentionnent le royaume dans leurs écrits, bien que les informations soient souvent peu précises. Abéché et le Ouaddaï apparaissent également dans les informations laissées par des officiers de l’armée française, et ces ouvrages sont des sources de renseignements très intéressants, que ce soit pour la langue (Trenga 1947) ou le fonctionnement de la société (Cornet 1911). Plus récente, la description, par Le Rouvreur, des peuples du Sahel et du Sahara tchadiens (1962) est toujours d’actualité.

Le Rouvreur (1962:164-199) classe les Maba parmi les semi-sédentaires, du fait qu’une partie de la population, essentiellement les jeunes, quitte le village en saison sèche pour suivre les troupeaux (ovins, caprins et bovins) et que d’autres, les adultes et les enfants, s’installent dans les jardins en bordure des oueds pour cultiver tomates et oignons essentiellement, quelques vieux et des enfants restant dans les villages pendant cette période. Les Maba pratiquent une agriculture de subsistance, culture et élevage, celui des bovins étant d’introduction assez récente, mais les caprins et les ovins sont présents depuis longtemps. La nourriture de base est le petit mil, cultivé pendant la saison des pluies.