2.1.2.2Réalisations

Nous présentons les réalisations phonétiques vocaliques dans le tableau 4. Les voyelles nasales ne sont pas inclues dans ce tableau, comme il s’agit d’une réalisation marginale, uniquement attesté pour les voyelles de premier degré se trouvant dans un environnement nasal, et plus nettement perceptible pour certains locuteurs (ex 33).

33. (a) ɲúː (b) [ɲúː ~ ɲṵ́ː]

Viande

Tableau 4 : Phones vocaliques
  Non arrondi Central Arrondi
1er degré i, iː   u, uː
2e degré e, eː   o, oː
3e degré ɛ, ɛː   ɔ, ɔː
4e degré   a, aː  

L’on remarquera, dans ce tableau, la présence d’un quatrième degré d’aperture. En effet, les phonèmes vocaliques de second degré, brefs ou longs, connaissent deux réalisations, l’une du second degré et l’autre du troisième degré. L’on peut s’interroger sur la relation de ces réalisations avec celles relevées dans les langues apparentées. Le trait [atr] est attesté en masalit, langue très proche du maba dans laquelle il est distinctif (Prinz 1998:7). Les réalisations [+atr] du masalit pourraient ainsi correspondre aux réalisations de second degré du maba, et les réalisations [‑atr] aux réalisations de troisième degré. Toutefois, il n’existe aucune correspondance régulière qui permettrait de conclure dans ce sens et l’on ne trouve pas de traces de réalisation [+/‑atr] en maba. Pour le runga, Nougayrol (1989:21) relève un flottement pour les réalisations vocaliques de second et de troisième degré, mais sans donner plus de précisions quant à leur identité phonologique.

En examinant la structure syllabique des termes maba, le conditionnement suivant apparaît : lorsque le phonème de second degré, /ɛ/ ou /ɔ/, est suivi d’une voyelle de premier degré, et à la condition que le phonème se trouve dans une syllabe ouverte, il connaît une réalisation [e] (ex 34a) ou [o] (ex 34b). Par contre, dans le même environnement vocalique, lorsqu’il se trouve en syllabe fermée, il sera réalisé [ɛ] (ex 35a) ou [ɔ] (ex 35b). Dans les autres contextes – syllabe finale de mot ou suivie par une voyelle non fermée, les réalisations seront [ɛ] et [ɔ] respectivement. Le trait [+fermé] se propage donc à gauche, uniquement dans les cas où il n’est pas bloqué par la consonne coda de la syllabe précédente, provoquant la fermeture d’un degré de la voyelle de troisième degré.

34. (a) kɛ́rìg (b) yɔ́wùg

['ké'ɾìk¬] ['yówùk¬]

palmier doum plante, sp

35. (a) kɛ́msíg (b) ɔ́rbúː

['kɛ́m'sík¬] [ɔ́ɾbúː]

pierre à sécher le mil foyer

Ces réalisations sont également attestées pour des voyelles longues, et l’on relève [eː] et [oː] tout comme [ɛː] et [ɔː]. Cependant, du fait que les syllabes de types CVːC ne sont pas attestées à l’intérieur d’un mot, il n’est pas possible de prouver le même conditionnement que pour les voyelles brèves. Néanmoins, une voyelle longue se trouvant dans une syllabe ouverte et suivie par une voyelle du premier degré d’aperture sera réalisée comme une voyelle de second degré (ex 36), réalisations limitées à ce contexte. Les voyelles longues de troisième degré sont bien attestées par ailleurs dans la langue (ex 37).

36. (a) kìlɛ̀ːrìg (b) ɔ̀ŋgɔ́ːdìg

['kì'lèː'rìk¬] [ɔ̀'ŋgóːdìk¬]

saison des pluies tesson de jarre

37. (a) fɛ̀ːlɛ́g (b) mɔ̀nsɔ̀ːnɔ́ː

['fɛ̀ː'lɛ́k¬] [mɔ̀n'sɔː̀'nɔ́ː]

herbe, sp arachides

Nous reprenons ci-dessous les contextes et les réalisations de chacun des phonèmes vocaliques. Comme les phonèmes brefs n’apparaissent pas en finale de nominaux, et que la dernière voyelle du verbe, bien que brève, a une valeur morphologique, ces voyelles ne seront pas illustrées en finale de mot.