2.2.2.2 Profils tonals ou tons

Dans le tableau 8, nous présentons les profils tonals attestés pour les nominaux, ainsi que leur fréquence, la structure morphologique (présence ou non de morphèmes flexionnels ou dérivationnels) n’étant pas prise en compte.

Nous avons examiné quelque 2240 formes, tirées du lexique et vérifiées dans un contexte stable (àm X ɔ̀kɔ́y je vois X, pour les termes concrets, dans un contexte plus complexe pour les noms abstraits). Ce tableau ne comprend que les mélodies les plus fréquemment relevées (2228 termes au total), donnant une idée générale de la répartition des profils tonals. Les termes de plus de trois syllabes sont des pluratifs ou des noms composés ou dérivés, dans leur très grande majorité.

Tableau 8 : Nominaux et tons
Monosyllabes Dissyllabes Trisyllabes Quadrisyllabes
h 109 h-h 240 h-h-h 210 h-h-h-h 15
hb   h-b 331 h-b-b 45 h-b-b-b 10
        h-h-b 126 h-h-h-b 19
b 36 b-b 128 b-b-b 43 b-b-b-b 4
bh   b-h 338 b-b-h 259 b-b-b-h 32
        b-h-b 243 b-b-h-b 25
            b-h-b-b 20
        b-h-h 55    

Au vu de ces réalisations, l’on pourrait se demander si une analyse en profils tonals plutôt qu’en tons permettrait de mieux rendre compte du système. Pour (96), il est possible d’envisager qu’un profil h‑b s’oppose à un profil b‑h. Toutefois, mis à part quelques exceptions, cette analyse ne convient pas pour le lexique nominal, du fait que la majorité des combinaisons possibles avec deux tons sur trois syllabes a été relevée, même si elles sont peu fréquentes, et nous maintiendrons donc deux tons distinctifs.

96. (a) ɔ́lùg (b) ɔ̀lúg

singe patas queue

Une analyse en schèmes tonals s’avère néanmoins utile pour rendre compte des faits du système verbal, où il est possible de classer les verbes en fonction des réalisations tonales. Nous n’en donnons qu’un exemple (ex 97), comme nous reviendrons sur les schèmes tonals verbaux dans la partie 9.9.

97. (a) á-ws-ì (b) à-ws-í

1s-griller-decl 1s-savoir-decl

Je grille Je sais

L’intérêt d’une analyse en profils tonals dans le verbe est qu’elle permet également de rendre compte d’insertions vocaliques qui ne s’expliquent pas par les radicaux verbaux (voir 9.2). Pour (98a), *lús=tɛ̀ serait admis, la séquence ‑st‑ n’imposant pas l’insertion du ‑i, d’autant plus que =tɛ̀ est un clitique. Par contre, si l’on pose que lùsìn s’intègre dans la classe pour laquelle la mélodie tonale du futur est bh=tɛ̀, et non h=tɛ̀, comme súkún (ex 98b), l’on peut rendre compte de la différence de structure de la forme de surface.

98. (a) Φ-lùsí=tɛ̀

th-2s.attendre=fut

Tu attendras

(b) Φ-zúk=tɛ̀ et non *zùkí=tɛ̀

th-2s.piler=fut

Tu pileras

Il est plus aisé de rendre compte des régularités tonales des tam en posant des profils tonals déterminant les classes de verbes, plutôt que de poser un ton lexical pour chaque verbe. Toutefois, il n’est pas possible de rendre compte des changements de profils d’un tam à l’autre, les éléments des classes n’étant pas identiques (voir 9.9).