2.3.1 Harmonie d’arrondissement

L’une des caractéristiques du système phonologique maba est l’harmonie d’arrondissement, dont le domaine est le radical ou la base. Une voyelle non arrondie ne pourra être suivie d’une voyelle arrondie, alors que l’inverse est attesté. Ce type d’harmonie vocalique est une particularité se retrouvant dans d’autres langues de la famille maban, notamment le masalit (Tieman 1995:56) ainsi que dans des langues nilo-sahariennes parlées dans la région frontière du Tchad et du Soudan, en particulier le tama et le tima (Dimmendaal, à paraître a et b).

L’harmonie d’arrondissement est strictement respectée dans les radicaux nominaux et adjectivaux dissyllabiques, un peu moins dans les termes polysyllabiques. Dans le système verbal, l’arrondissement des voyelles d’un verbe actualisé est fonction de la nature des morphèmes et de leur position par rapport au radical verbal. En règle générale, les morphèmes affixés à sa gauche sont sous la portée de l’harmonie d’arrondissement, contrairement à ceux que l’on adjoint à sa droite. Ces derniers sont déterminés partiellement par les règles de l’harmonie, tels le morphème de passé et la voyelle support réalisée au passé, à l’impératif et pour les formes converbales. Ne sont sensibles à l’harmonie d’arrondissement ni les morphèmes nominaux pluratifs ni les morphèmes verbaux de futur et de négation, situés à droite du radical nominal ou verbal, et donc à la droite du point d’ancrage du trait d’arrondissement.

Nous rappelons, dans le tableau 9, les traits caractérisant les voyelles, donné en 2.1.2. Bien que le trait [‑rond] soit redondant, il sera noté dans les représentations, du fait de la non-pertinence de l’arrondissement pour /a/.

Tableau 9 : Traits vocaliques
  [rond] [haut] [bas]
i, iː - + -
ɛ, ɛː - - -
a, aː non pertinent - +
ɔ, ɔː + - -
u, uː + + -

Nous traiterons les nominaux dissyllabiques en détail, du fait de leur régularité, avant de proposer une représentation non linéaire (Paradis 1993, Goldsmith 1990). Ce type de représentation permet en effet de dissocier les éléments constituants du mot – segments et tons ainsi que les différents traits définissant les voyelles, et de rendre compte de la propagation de l’arrondissement.