2.3.1.3 Représentation

En représentant l’aperture et l’arrondissement sur deux paliers distincts, l’on rend compte de la propagation de l’arrondissement sur le mot à partir d’un point défini ainsi que du fait que les voyelles postérieures peuvent être suivies de voyelles antérieures alors que l’inverse ne se vérifie pas. Les séquences [rond][+rond] à l’intérieur du même radical sont impossibles du fait que l’arrondissement se propage sur toutes les voyelles situées à la gauche du point d’ancrage.

Dans une représentation non linéaire, un trait d’arrondissement sera associé à chaque radical. Le trait [+rond] est associé à partir de la droite, et se propage vers la gauche sur toutes les voyelles du mot à partir du point d’ancrage du trait, indiqué par *. Le trait [‑rond] est le trait par défaut, et sera associé jusqu’au point d’ancrage du trait [+rond]. Lorsque la voyelle est /a/, la voyelle [+bas], le trait d’arrondissement, [+rond] ou [‑rond], se propage sans affecter cette voyelle. Le trait [‑rond] est redondant et ne sera pas noté dans la représentation d’un mot lorsque le trait [+rond] caractérise les voyelles. Quant aux traits définissant l’aperture vocalique, [+haut] et [‑haut], ils pourront caractériser un radical dans son ensemble ou être défini pour chaque position vocalique, la tendance étant nettement aux radicaux dissyllabiques homophones.

Dans le système nominal, le point d’ancrage du trait [+rond] est la première ou la seconde syllabe à partir de la marge droite du radical et non du mot, les morphèmes pluratifs étant hors de la portée de l’harmonie d’arrondissement, ainsi que nous l’avons indiqué. Dans le système verbal, une partie des morphèmes entretiennent une relation plus étroite avec le radical et sont sous la portée de l’harmonie vocalique, points sur lesquels nous reviendrons dans le chapitre 9.

Nous donnerons la représentation multilinéaire des exemples (104) à (106). Dans l’exemple (104a), le trait d’arrondissement est associé à la première syllabe à droite, se propageant ainsi sur tout le mot, alors que dans (104b), ce trait n’est associé qu’à la seconde syllabe, créant ainsi une séquence de voyelles [+rond][rond]. Les voyelles ne sont pas d’aperture identique dans (104a), d’où les deux traits, contrairement à (104b), dans lequel un seul est suffisant.

Dans l’exemple (105), [-rond] sera indiqué, comme le mot ne comprend pas d’autre définition de l’arrondissement, et que les voyelles ne sont pas [+bas].

Comme cela a été mentionné, /a/ est transparent pour l’arrondissement et attesté dans toutes les combinaisons vocaliques, que ce soit avec des voyelles [+rond] ou des voyelles [rond] (ex 106a à 106d), quelles qu’en soient les positions respectives. Cette caractéristique de /a/ ne remet pas en question l’hypothèse qu’un radical dans sa totalité soit caractérisé par un trait d’arrondissement, et n’oblige pas à introduire de limite à la propagation de l’arrondissement. Les deux premiers exemples (ex 106a et ex 106b) illustrent des radicaux [rond] et les deux suivants (ex 106c et ex 106d), quant à eux, des radicaux [+rond]̀.