2.3.2.2 Mores

D’après Hyman (1985:5-12), il existe deux groupes de langues, celles où la syllabe légère est de structure CV et la syllabe lourde de type CVV ou CVC, et celles où la syllabe légère comprend une voyelle relâchée et la syllabe lourde une voyelle longue ou tendue. Le maba fait partie du premier groupe, d’autant plus nettement que la tension vocalique n’est pas distinctive.

L’examen des données fait ressortir que la structure de la syllabe joue un rôle dans le placement de l’accent (voir 2.2.1). Il est donc préférable, pour décrire les faits de prosodie, d’envisager une analyse en more, prenant en compte le poids de la syllabe plutôt que sa structure. La syllabe lourde est composée de deux mores, celles-ci étant définies par la longueur vocalique et / ou la hauteur tonale, mais non par la présence ou l’absence d’une coda. Il est plus conforme au système de parler d’unité de poids plutôt que de durée, dans la mesure où un ton haut ne correspond pas à la durée. La syllabe CVC ne constitue donc pas une syllabe lourde, contrairement à la syllabe CVː. La quantité vocalique ainsi que la hauteur tonale sont essentielles pour la définition de la syllabe lourde, et par conséquent pour le placement de l’accent tonique, associé à une syllabe lourde. En effet, une syllabe lourde comprend soit une voyelle longue, quelle que soit la hauteur tonale, soit un ton haut, quelle que soit la quantité vocalique. Les syllabes comprenant à la fois une voyelle longue et un ton haut ne sont pas extra-lourdes, comme il n’a pas été relevé de phénomènes prenant en compte à la fois la hauteur tonale et la quantité vocalique, mais ce point devra être réexaminé ultérieurement.

Dans la représentation de la more, les segments sont associés à des unités de poids, contrairement à la syllabe, dans laquelle ils sont associés à des éléments consonantiques et vocaliques.

Un nominal monosyllabique porte obligatoirement un accent tonique, et il est nécessairement constitué d’au moins trois éléments, l’attaque étant obligatoire, la voyelle pouvant être longue ou brève. Toutefois, lorsque la voyelle est brève, la coda est obligatoire, alors qu’elle est facultative lorsque la voyelle est longue. Il est vrai que cela fait pencher la balance en faveur d’une interprétation morphématique de la longueur finale des nominaux, la voyelle longue étant constituée de deux éléments (voir 2.1.2). La consonne coda de la syllabe est extra-métrique, étant associée à la voyelle d’un suffixe vocalique pour former une nouvelle syllabe.

Une more lourde aura la représentation en (107a) ou en (107b) dans le cas où elle est constituée d’une voyelle brève et d’un ton haut, et une more légère celle de (107c). La consonne coda de la syllabe ne sera pas associée à la structure de la more (107d). μ représente la more, et X une unité de poids.

Le ton haut doit être représenté sur une strate distincte, du fait qu’il est pris en compte dans le poids de la syllabe, il est donc associé à une unité de temps, à la seule condition que celle-ci ne soit pas occupée par une voyelle longue. Dans ce dernier cas, il sera associé directement à la voyelle. Nous redonnons les représentations, contrastant un ton haut sur une voyelle brève avec un ton haut sur une voyelle longue (ex 108a et 108b).