2.3.3.3 Suffixation et insertion vocalique

Il est fréquent qu’une voyelle support1, n’ayant pas de fonction morphologique, soit insérée entre le radical et un suffixe dérivationnel ou flexionnel2. Nous traiterons ici la suffixation nominale, alors que l’affixation verbale, plus complexe, sera abordée dans le chapitre 9.

Dans le système nominal, cette voyelle est insérée entre un radical à finale consonantique et le suffixe ‑g, les règles d’insertion étant par ailleurs identiques pour les radicaux nominaux et les coverbes. Il existe deux types de radicaux, les premiers pour lesquels la voyelle à insérer est spécifiée dans le radical, et les seconds, plus rares, pour lesquels elle ne l’est pas. Pour le premier type, la voyelle est une voyelle de second degré, l’arrondissement étant fonction de celui du radical lorsque la voyelle de celui-ci est de premier ou de second degré (ex 123a). Par contre, lorsque la voyelle du radicalest /a/, la voyelle insérée sera généralement un /a/ (ex 123b). Malgré tout, la réalisation ‑a dans (123b) ne résulte pas d’une propagation des traits vocaliques, du fait qu’elle n’est pas systématique dans ce contexte (ex 124a), mais d’une spécification du radical.

123. (a) cùcùm –> cùcùm+-g –> cùcúmɔ̀-g

être.grosgros

(b) álmàŋ –> álmàŋ+-g –> álmáŋá-g

bétail tête de bétail

Pour le second type de radicaux, quelle que soit la voyelle du radical, le mode d’articulation de la voyelle insérée n’est pas précisé, et celle-ci sera réalisée comme la voyelle la moins spécifiée du système, le /i/ (ex 124).

124. (a) káfál –> káfál+-g –> kàfàlí-g

moelle os à moelle

(b) súmbúr –> súmbúr+-g –> súmbúrì-g

jumeaux un jumeau

Il existe une restriction de distribution pour les voyelles, et les séquences de trois voyelles arrondies de degré un ne sont pas attestées lorsque la troisième est la voyelle servant de support au suffixe ‑g, bien que cette séquence existe lorsque le terme n’est pas un dérivé (ex 125). La voyelle insérée sera de degré deux ou trois (ex 126a et 126b), sans conditionnement apparent.

125. kùʃùmúg

un peu de sorgho

126. (a) cùcùm –> cùcùm+-g –> cùcúmɔ̀g, et non *cucumug

être.gros gros

(b) mùnjùm –> mùnjùm+-g –> mùnjúmàg, et non *munjumug

sourire sourire

Il a été relevé un dernier cas de figure, très rare, celui de termes pour lesquels une seule position vocalique est définie, comme ni l’arrondissement ni l’aperture ne sont spécifiés (ex 127a). La voyelle définie est toujours assignée à la dernière position vocalique à partir de la marge droite, les positions précédentes étant remplies par /i/. Quelques radicaux verbaux se trouvent également dans cette catégorie, dans lesquels seule la position vocalique la plus à droite est définie (ex 127b et 127c, sur lequel nous reviendrons en 9.2.3).

127. (a) dìnáŋ –> dìnáŋ-g –> dìnìŋ-á-g

fonio un grain de fonio

(b) t-ìdáy (c) k-ìdìy-à-n

3s-vouloir.decl th-vouloir-v-ant

Il veut ayant voulu

Notes
1.

Cette voyelle n’a pas été glosée pour les noms

2.

Dimmendaal (1983) parle de voyelle ’épipatétique’, terme créé par Montgomery C 1966 - The morphology of Sebei- PhD dissertation, University of California at Los Angeles