4.3 Expression du nombre

Nous aborderons à présent l’expression morphologique du nombre. Du fait de la complexité du système, nous serons amenée à déborder du cadre de la morphologie et de faire référence à la syntaxe et à la sémantique pour en rendre compte.

En maba, le système d’expression du nombre est atypique à plus d’un égard. D’une part, il n’existe pas de corrélation entre forme morphologique et valeur de nombre. D’autre part, le singulier est fréquemment la forme morphologique marquée, ce qui est plutôt rare dans les langues du monde. Toutefois, et ceci est commun à un bon nombre de langues nilo-sahariennes, l’on relève

‘a tripartite division between singulative, plural and replacive marking on nouns. (Dimmendaal 2000:214)’

De plus, certains noms ne comportent aucune indication de nombre, ni morphologique, ne comportant pas de suffixe, ni syntaxique, ne gouvernant pas d’accord obligatoire, ceci étant une caractéristique bien attestée dans les langues couchitiques, mais plus rare dans les langues nilo-sahariennes.

De façon générale, les systèmes de marquage du nombre sont complexes dans les langues nilo-sahariennes, et le maba ne fait pas exception. Dans les langues nilotiques notamment, il est parfois difficile de dégager les paramètres et les facteurs gouvernant le choix des marqueurs (Dimmendaal 2000:220ss), difficulté existant également en maba. Dans les langues apparentées au maba, l’expression du nombre prend différentes formes. Le système du masalit est assez semblable à celui du maba, le nombre étant marqué par des suffixes (Prinz 1998:23-24). En runga, le pluriel est indiqué par suffixation dans la plupart des cas (Nougayrol 1989:50ss). Les langues sara toutefois sont généralement plus simples du point de vue du marquage du nombre, le kenga par exemple n’ayant qu’un seul morphème, ‑ge, pour marquer la pluralité (Neukom à paraître). Dans les langues du monde, il est plus fréquent que le terme exprimant la singularité soit non marqué alors que celui exprimant la pluralité l’est, mais beaucoup plus rare de relever un singulier marqué et un pluriel non marqué. Les langues dans lesquelles l’on relève une organisation tripartite comme celle décrite par Dimmendaal sont encore plus inhabituelles. En maba, la combinaison la plus fréquente est celle où le singulier est marqué et le pluriel non marqué, un cas de figure attesté dans les langues nilotiques également (Zwarts 2007:288ss).