4.3.2.3Formations irrégulières

Quelques noms forment le pluriel de façon irrégulière, que ce soit par supplétion (ex 194), par changement vocalique (ex 195) ou par réduplication et suffixation (ex 196), ou une combinaison de plusieurs types (ex 197). Les formes supplétives ont été relevées essentiellement pour des termes animés, bien que l’on relève aussi quelques termes inanimés dans cette classe de noms (ex 194). Dans l’exemple (195), nous considérons que seul le radical est modifié (kal‑ > k ɔ l‑), que le suffixe pluratif est ‑iː, régulièrement relevé pour les animaux essentiellement, et que ‑a a été inséré comme support du morphème singulatif. Cette analyse est confirmée par le terme k ɔ ̀líy ɔ ̀g descendance dérivé à partir du pluratif.

194. (a) àdíŋà-g (b) ɔ̀dɔ́ŋgɔ́y-ìː

calebasse-sg calebasse\pl-pl

petite calebasse petites calebasses

195. (a) kàlà-g (b) kɔ́l-íː

enfant\sg-sg enfant\pl-pl

enfant enfants

196. (a) kàrí-g (b) kɛ́rkɛ́-sɛ́ː

poule poule\pl-pl

poule poules

197. (a) kàkàlá-g (b) kɔ̀kɔ́-ɲìː

fille\sg-sg fille\pl-pl

fille filles

Les termes pour homme (198) et femme (199) ne forment pas le pluriel par suffixation comme on l’attend pour des animés, mais comme des inanimés, le singulier de ʃɔ ̀ŋ étant lui aussi inattendu pour un terme désignant un animé, d’autant plus que ‑ŋ est effacé au pluriel.

198.(a) máʃù-g (b) máʃúː

homme-sg homme

homme hommes

199. (a) mùʃɔ̀ŋ (b) múʃɔ́ː

femme.sg femme

femme femmes

Le cas de kàŋ / káy personne, individu est un peu différent, comme il ne semble pas s’agir de supplétion à proprement parler, mais d’une formation par suffixation, après effacement de la consonne finale du singulier. Un adjectif est dérivé de ce terme, kàníg appartenant à quelqu’un, dans lequel un ‑n est réalisé, nasale que l’on peut analyser comme n+g, le ‑ŋ de kàŋ étant alors une coalescence de ‑n et de ‑g singulatif . Le ‑y de káy peut être considéré comme une réalisation du suffixe pluratif ‑iː. Toutefois, il ne s’agit là que d’une hypothèse!

L’une des formations pluratives les moins claires est celle de lút ɔ ̀g chose, pour lequel nous avons relevé un pluriel régulier lút ɔ ́ː, également employé comme singulier, ainsi qu’une formation plurative lút ɔ ́síː, régulière elle aussi, et permettant de recatégoriser le terme lút ɔ ́ː comme nom massif (ex 200) ayant un individuatif et un pluratif. À côté de ces formes somme toute régulières, il est attesté un pluratif lútísír, formé à l’aide de ‑sir, morphème réservé aux radicaux adjectivaux (voir 6.1.1). Nos informateurs n’ont pas été vraiment clairs sur le sens à donner à cette dernière forme, comme certains l’employaient pour tout ce qui se trouve en brousse, et d’autres pour les animaux de la brousse uniquement, une autre explication étant que lút ɔ ̀ː est employé pour des choses qui ne bougent pas, et lútísír pour des êtres vivants. Cette dernière hypothèse est cohérente avec l’ensemble du système, dans lequel les termes se référant à des animés ne peuvent être recatégorisés en noms massifs, ce qui est le cas de lút ɔ ̀ː, relevé avec un adjectif singulier (ex 200).

200. lútóː sórsóróː

chose délicieux

quelque chose de délicieux