4.3.4.1Animacité et empathie

Nous avons choisi de retenir deux paramètres, le trait [animé] et l’empathie, bien qu’ils se recoupent partiellement. En effet, le premier est un caractère discret, permettant de répartir les termes du lexique en deux classes, alors que le second est scalaire et met l’accent sur des classes sémantiques allant de pair avec l’emploi des morphèmes de nombre et les règles d’accord du verbe avec son sujet (voir 14.4), la frontière entre ces classes n’étant pas toujours étanche. De plus, l’animacité et l’empathie ne fonctionnent pas au même niveau. Le trait [animé] permet de subdiviser le lexique en deux grandes classes, les membres de chacune de ces classes étant hiérarchisés en fonction de l’empathie.

Le trait [animé] précise si une entité est animée ou non, et fait référence avant tout au monde réel. Il conditionne les oppositions de nombre, les animés ne pouvant exprimer que la singularité ou la pluralité, alors qu’il est possible de rendre également un diminutif pour les non animés, lorsque ‑g est suffixé à un singulier. L’animacité a des implications dans le domaine de la syntaxe, pour l’accord des déterminants du nom tout comme pour celui du verbe. En effet, elle détermine la structure de l’adjectif, d’une part, pour les animés, pour lesquels le nombre est nécessairement marqué, et pour les non animés, d’autre part, l’adjectif s’accordant à la fois en fonction de la structure morphologique et du nombre du nom qu’il détermine (voir 6.1.2). L’animacité est indépendante de la structure morphologique. Dans l’exemple (207), iriː,d’après sa structure morphologique, devrait gouverner un accord singulier pour les déterminants, alors que l’accord est singulatif, du fait que le référent du nom est animé, l’exemple (208) par contre est admis, du fait que m ɛ ́s ɛ ́ː ne fait pas référence à un terme animé.

207. (a) íríː kùllà-g (b) *íríː kúllɛ́y

léopard grand-sg

un grand léopard

208. mɛ́sɛ́ː kúllɛ́y

case grand

une grande case

Toutefois, du fait de différences de comportement morphosyntaxique à l’intérieur de chaque classe de noms définie par le trait [animé], il a été indispensable d’introduire une distinction supplémentaire, l’empathie, une notion grammaticale, qui permet d’en rendre compte. Le concept d’empathie, défini par Kuno (1976:432) désigne la capacité du locuteur à s’identifier avec le référent du sujet, ce qu’il fait le plus aisément avec un sujet humain, puis animé. Cette caractéristique correspond partiellement à l’échelle d’agentivité, qui est l’aptitude d’un nom à assumer la fonction d’agentif dans un énoncé neutre dans lequel le verbe est à la forme active. L’empathie permet de mieux rendre compte des faits morphosyntaxiques du maba que l’agentivité, du fait de la structure générale de l’énoncé. Ainsi, la forme passive n’est attestée que lorsque l’agent n’est pas exprimé, la question de l’agentivité ne se posant pas dans le choix de la construction active ou passive.

Nous proposons la hiérarchie suivante, qui sera précisée et complétée ultérieurement :

humains – grands animaux – petits animaux – insectes – inanimés dénombrables – inanimés non dénombrables

L’empathie permet de rendre compte des emplois collectifs de termes dénombrables, admis vers le bas de la hiérarchie pour chaque classe, ainsi l’emploi du singulatif dans un sens collectif, possible uniquement pour les petits animaux et les insectes, sur lequel nous reviendrons quand nous aborderons les massifs animés (voir 4.4.9). C’est également sa position dans la hiérarchie d’empathie le référencement d’un objet dans le verbe, bien que ceci ne concerne pas directement les noms et l’expression du nombre.