4.4.1 Noms propres

Les noms propres se réfèrent à des personnes ou des lieux, les désignant par un nom qui leur est propre et permettant de les distinguer des autres éléments du même ensemble (Creissels 2006a:31ss). L’on distingue anthroponymes et toponymes, dont le fonctionnement morphosyntaxique est quelque peu différent. Les noms propres n’admettent pas de suffixe de nombre, le référent étant par définition unique, et donc singulier. L’on relève toutefois le clitique défini singulatif =gu, adjoint aux anthroponymes, ce morphème étant employé pour des raisons pragmatiques (ex 226), et impliquant uniquement la définitude dans ce contexte. Dans notre corpus, il n’apparaît que lorsque l’anthroponyme est en fonction d’objet, ce marquage étant similaire à celui des pronoms indépendants (voir 7.2.2).

226. Hàlíːmɛ́=gù lìŋàː=gín ɔ́-kɔ́ː-r-ì

Halîme=defpiste=loc 1s-voir.pas-pl-decl

J’ai vu Halîme (connue) sur la route.

Le nom propre peut s’insérer dans un syntagme génitif, assumant la fonction de déterminant, qu’il s’agisse d’un anthroponyme (ex 227a) ou d’un toponyme (ex 228b). La relation génitive la plus fréquemment exprimée est la relation générale, dans laquelle le déterminant restreint et précise le sens du déterminé.

227. (a) t-ú-g áːdàm=ná-g káyàː súː=náː t-àrk-í-r-ì

3s-sœur-sg Adum=gen-sg ingrédient sauce=gen 3s-acheter-pas-pl-decl

La sœur d’Adum a acheté les ingrédients pour la sauce.

(b) lìŋà-g àb gùdám=ná=gù fɔ̀ŋɔ̀-g t-í

piste-sgAb Gudam=gen=sg.def large-sg 3s-decl

La piste pour Ab Gudam est large.

Un anthroponyme est inséré dans un syntagme locatif à valeur comparative en étant suivi du morphème locatif (voir 14.2).

228. ɛ́lì=gín=nɛ́r tìː mɛ́d lɔ̀ː t-àttál-ì

Ali=loc=abl 3s potvite 3s-courir-decl

Lui, il court plus vite qu’Ali. (litt : Il peut courir vite depuis Ali).

Un toponyme apparaît dans un syntagme locatif sans morphème casuel locatif. De même, à la différence du nom commun et de l’anthroponyme, il est attesté dans un syntagme locatif ablatif sans être suivi du morphème =gín ou =nún (ex 229b), =n ɛ r étant directement adjoint au nom (ex 229b).

229. (a) àbìɲmákkà à-k-á=tɛ́r-ì

l'an.passé La.Mecque 1s-aller-pas=irr-decl

L’an passé, je suis allé à la Mecque.

(b) tárfùː àn.njàmɛ́ːná=nɛ̀r fɔ́ŋɔ́y t-ì

route N'Dajména=abllarge 3s-decl

La route qui vient de N’Djaména est large.

Les anthroponymes peuvent être suivis de la conjonction de coordination = ka, en l’absence d’un second terme pour la coordination, pour signifier X et ceux de sa maison ou X et ceux de sa famille (ex 230a), construction que l’on relève également avec un terme de parenté (ex 230b). Un pluriel d’accompagnement semblable à celui du maba est attesté dans les langues sara, langues dans lesquelles le morphème de pluriel, ayant également la fonction de comitatif, est employé dans ce contexte. Une formation quelque peu similaire est du reste relevée en arabe tchadien, où le déictique pluriel détermine le nom, et en français local, où l’article défini pluriel indique la maisonnée du référent, correspondant dans les deux cas au pluriel d’accompagnement du maba.

230. (a) háwà=káː kàn mìː kɔ̀kɔ́

Hawa=coor com 2s th.aller.imp

Toi, va avec la famille de Hawa! (litt : avec les Hawa)

(b) t-íɲíŋ=káː jà sɔ́w=nú=gù bâː w-ír-ka

3s-mère=coor emph farine=def=obj partager 3p-aux\pas=coor

La parenté de la mère a fourni la farine, et ... (T2.14.03)

Il a été relevé un énoncé dans lequel un nom propre est employé comme nom commun, ce nom ayant alors la possibilité d’être pluralisé par suffixation. L’emploi du pluriel implique que les caractéristiques de l’individu nommé, représentatif de son espèce, sont communes à tous les membres. Le terme en question est Gándà, désignant le chacal, caractérisé par sa ruse, en tant que personnage des contes. Ce nom est emprunté à l’arabe, et peut être employé comme surnom pour un individu malin et astucieux, ressemblant au chacal. Dans l’exemple (231), il a été intégré en maba comme nom commun à l’aide du morphème singulatif ‑g et le suffixe pluratif utilisé, ‑j ɛː, est celui qui marque notamment les termes d’emprunt. Pluralisé, Gándà désigne alors l’ensemble des chacals.

231. gándà-g-jɛ̀ː tɔ́ː dàrìŋ-túː trɛ́dtrɛ́d=dàː mɛ́lɛ̀ː

ganda-sg-pl un dos-pltache=nomspropriétaire

Quelques chacals au dos tacheté (C3.01b.49)