4.4.5 Noms empruntés

4.4.5.1 Emprunts à l’arabe

Le maba a largement emprunté à l’arabe (949 termes indiqués comme emprunt sur un total de 3644 inclus dans le lexique publié (Abdullay Ali Dahab et al, 2003), soit 26 %, bien que le total soit probablement supérieur, tous les emprunts n’ayant pas été identifiés comme tels dans le lexique. Les emprunts ont été faits à l’arabe tchadien, la langue véhiculaire de la région, parlée avec plus ou moins de facilité par une partie importante de la population, ou des variétés d’arabe dialectal, soudanais ou moyen-oriental, une partie de la population masculine migrant dans ces régions. Comme nous le verrons (voir 8.5.3), les emprunts au lexique verbal ont été intégrés dans la catégorie des coverbes. Nous donnons un exemple (ex 259) à titre d’illustration, dans lequel dúhùr, un nominal, ainsi que wúddá, un coverbe, ont une origine arabe.

259. dúhùr t-ìy-ɔ́=nu jàː, wúddá Φ-sì-rɛ̀-n

13.heures 3s-devenir-pas=tps emph faire.ablutions th-aux-ref-ant

Vers 13 heures, ayant fait les ablutions, … (T1.22.14)

Les noms empruntés sont intégrés à divers degrés dans le système de la langue, certains étant méconnaissables (ex 267 ci-dessous), et d’autres étant encore clairement perçus comme des mots non maba (ex 260, ɔ w‑ est attesté en finale de mot maba mais non en médiane, z n’apparaît pas dans cet environnement, et de plus, la voyelle finale est brève). En plus des adaptations au système phonologique du maba, telles la glottalisation ou la vélarisation des fricatives postérieures de l’arabe, réalisées [h] ou [x], changement plus ou moins systématique selon le degré d’intégration du terme et la connaissance de l’arabe du locuteur (ex 261), la structure morphologique permet de déterminer si un mot a été emprunté récemment ou est d’un emploi plus ancien. L’emploi des suffixes de nombre permet d’évaluer l’intégration d’un terme dans le système de la langue. Ainsi, un nom formant le singulatif en ‑g et un pluratif maba (ex 262) ne sera plus perçu comme emprunté, contrairement à un terme présentant le suffixe singulatif mais ayant un pluriel arabe (ex 263), ou à un terme non suffixé (ex 260).

260. (a) jɔ́wzɛ̀ (b) júːzɛ̀

mariage

261. (a) hɛ́dímɛ̀ (b) xɛ́dímɛ̀

travail

262. (a) àgùrà-g (b) àgùrgù-síː

corbeau-sg corbeau-pl

corbeau-pie

263. (a) áːdɛ̀-g (b) àːdát

coutume-sg coutume.pl

coutume, habitude

L’on peut trouver plusieurs formations de pluriel en concurrence (ex 264). Lorsqu’un mot est en voie d’assimilation, la pluralité sera exprimée à l’aide de ‑j ɛː (ex 265d). La forme (265e) est peu employée, et sans doute uniquement par les locuteurs maîtrisant l’arabe.

264. (a) jɔ̀ːnú-g (b) jɔ̀ːnúː (c) jàwàníː

louche-sg louche louche.pl

louche

265. (a) fɛ́rdɛ́-g (b) fɛ́rdɛ̀ː (c) fɛ̀rdɛ́-ɲìː

pagne-sg pagne pagne-pl

pagne

(d) fɛ̀rdɛ̀-g-jɛ̀ː (e) fàráːdɛ

pagne-sg-pl pagne.pl

pagne

Ce ne sont pas uniquement les nominaux et les verbaux que l’on emprunte, l’on relève des termes d’origine arabe, plus ou moins bien assimilés dans la classe des déterminants temporels également. Par exemple, hássà maintenant est souvent réalisé wássà, /w/ étant plus fréquent dans la langue que /h/. De même, súbbù vers 5 heures du matin a été totalement intégré du point de vue morphologique et est attesté avec le suffixe ‑d ɛ (ex 243).

Le suffixe ‑ay un peu a été assimilé au maba dans les termes d’emprunt, le morphème singulatif ‑g lui étant adjoint et y étant vocalisé en ɛ dans (266), la séquence ‑aː ɛ n’étant toutefois pas attestée dans le lexique maba. Ce suffixe connaît une variante –áy ɛ ̀g, le glide étant perceptible pour certains locuteurs. L’on observe également une adaptation au système consonantique dans ce terme, le p de la langue d’origine étant réalisé f à la fois en arabe et en maba.

266. fùmàt-áːɛ̀-g ~ fùmàt-áyɛ̀-g

pommade-sfx-sg

un peu de pommade

Dans le terme (267), que sa structure ne permet plus de considérer un terme d’emprunt, la consonne vélaire ainsi que la voyelle initiale ont été effacées. Ce terme est un emprunt ancien, que l’on trouve déjà dans Trenga (1947).

267. (a) al xabar (b) lábàr

la nouvelle nouvelle