4.5.2.2 Réduplication

La réduplication totale ou partielle du radical est attestée dans le système nominal, bien qu’elle soit non productive. Elle est, d’une part, la caractéristique des adjectifs de couleurs, dérivés de coverbes, et, d’autre part, elle est attestée pour quelques noms d’animaux, les noms de partie du corps, d’arbustes, ainsi que certains adjectifs dérivés de noms. De plus, il a été relevé quelques noms pour lesquels le pluriel est formé par réduplication. Nous ne distinguerons pas entre noms et adjectifs, étant donné que les mécanismes sont identiques pour les deux classes grammaticales.

La réduplication n’a pas été relevée pour des mots où l’une des consonnes serait une prénasale, alors qu’elle l’est pour les rétroflexes et les palatales, hasard du lexique ou confirmation que la structure des ces consonnes est différente.

La réduplication totale du radical est très rarement attestée dans le lexique nominal (ex 295). ‑g, étant un suffixe, n’a pas été répliqué. Elle est plus fréquente pour les adjectifs, notamment dans la formation des adjectifs de couleur pour lesquels le radical est monosyllabique (ex 296). Une voyelle support est insérée à gauche du suffixe singulatif. Le radical peut être nominal (ex 295) ou coverbal (ex 296).

295. (a) ɔ̀ndrɔ̀-g (b) ɔ́ndrɔ̀ː-ɔ́ndrɔ̀ː

euphorbe criquet, sp

296. (a) dríː sùŋùː(b) drìdríyà-g

être vert vert

En ce qui concerne la réduplication partielle du radical, il en existe deux types : soit le radical est attesté dans la langue (ex 297), soit il ne l’est pas (ex 298). Dans ce dernier cas, des critères phonologiques permettent de conclure à un redoublement du radical et non à une séquence de syllabes identiques, du fait de la répétition de la syllabe CVC. L’on relève des séquences non attestées par ailleurs dans des radicaux monomorphématiques, m ɲ et ‑kc . L’on peut aussi rencontrer des phonèmes non attestés en médiane à l’intérieur du mot, la rétroflexe par exemple dans (298b).

297. (a) ɲàmú-g (b) ɲàm-ɲàmú-g

huile huileux

298. (a) càk-càk-íɲ(b) trɛ̀g-trɛ́g

ignicolore rollier d’Abyssinie

Quelquefois, seul le pluratif est formé à partir d’un radical rédupliqué (ex 299). La structure du mot est identique à celle des termes rédupliqués, comme l’une des syllabes, la seconde dans le cas considéré, ainsi que l’attaque de la suivante sont répétées. Ce type de réduplication, dans lequel la seconde syllabe est reprise, a également été relevé pour un terme singulier (ex 300).

299. (a) àŋgàlà-g (b) áŋgálgálíː

a-ŋgal-ag a-ŋgal-ŋgal-iː

crapaud crapauds

300. kàdàldál

petite hauteur

Deux cas de figure sont attestés pour les réalisations tonales des termes rédupliqués : les tons de base des rédupliqués sont conservés (ex 301) ou la mélodie tonale correspondant à l’une de celles fréquemment relevées pour une classe de mot – bhb pour les trisyllabes par exemple – (ex 302) est réalisée.

301. ɲàmúg+ɲàmúg

ɲàmɲàmúg

huileux

302. lìlíyɔ̀g

lìː súŋ

noir, sombre

Il existe un cas où la qualité des voyelles du terme rédupliqué a été modifiée, combinant les traits vocaliques des deux syllabes par coalescence (ex 303), ‑s ɛː étant l’un des morphèmes pluratifs.

303. (a) kàrí-g (b) kɛ́rkɛ́sɛ́ː

poule poule

Il a été relevé quelques termes illustrant le fait que la structure sous-jacente d’un mot rédupliqué n’soit pas identique pour tous les locuteurs, cette structure déterminant les réalisations vocaliques. Les voyelles ɛ et ɔ connaissent une réalisation [e] et [o] respectivement lorsque la syllabe dans laquelle elles se trouvent est une syllabe ouverte et que la voyelle de la syllabe suivante est une voyelle de premier degré (voir 2.1.2). Si la première condition n’est pas remplie, la voyelle restera [ɛ] ou [ɔ]. Les trois réalisations suivantes (ex 304) sont possibles pour un terme dénotant une variété d’arbuste.

304. [ʃɛ́lʃɛ́lìː] ~ [ʃɛ́lʃèlìː] ~ [ʃélʃélìː]

variété d’arbuste

Nous proposons les dérivations suivantes pour rendre compte de ces diverses réalisations. Les règles sont identiques, mais leur ordre d’application est différent, comme l’on peut soit rédupliquer le radical avant d’adjoindre le suffixe, ou adjoindre le suffixe puis rédupliquer la base, le radical étant [ʃɛ l] dans tous les cas. L’on pourra représenter la première réalisation de la façon suivante :

ʃɛl réduplication

ʃɛlʃɛl propagation du trait [+fermé]

ʃɛlʃɛl + iːadjonction du suffixe pluratif

ʃɛlʃɛliːeffacement vocallique

[ʃɛ́lʃɛ́lìː]

Pour [ʃɛ ́l ʃ élì ː], le rédupliquant est toujours ʃɛ l, le suffixe ‑i ː, adjoint avant l’application des règles d’assimilation, provoque une fermeture du second ɛ , comme les conditions de la fermeture vocalique sont remplies. La seconde dérivation sera la suivante :

ʃɛl réduplication

ʃɛlʃɛl + iːadjonction du suffixe pluratif

ʃɛlʃeliːpropagation du trait [+fermé]

ʃɛlʃeliːeffacement vocalique

[ʃɛ́lʃélìː]

Dans le cas de [ʃ él ʃ élì ː], enfin, le radical rédupliqué est ʃɛ li ː, le suffixe étant adjoint avant les modifications vocaliques. ‑i ː conditionne alors la fermeture des deux ɛ , réalisés [e]. Puis le premier i ː est effacé, comme le nombre de syllabes par mots tend à ne pas excéder trois et que la voyelle médiane est le moins susceptible de se maintenir, d’autant plus que la séquence consonantique résultant de l’élision est admise par la langue. Elle est représentée de la façon suivante :

ʃɛl+ iːadjonction du suffixe pluratif

ʃɛliːʃɛliːréduplication

ʃeliʃeliːpropagation du trait [+fermé]

ʃelʃeliːeffacement vocalique

[ʃélʃélìː]

L’on relève ce type de conditionnement et de réalisation pour des mots comprenant des voyelles arrondies, et l’on peut proposer le même type de dérivation (ex 305).

305. [gɔ̀lgɔ̀lí-g ~ gɔ̀lgòlí-g ~ gòlgòlíg]

tremblote