6.1.2.1 Nombre

Nous traiterons des formes exprimant la singularité et la pluralité, nous considérerons également la forme non marquée, réalisée lorsque le nom est un nom non animé singulier ou massif, termes ne comportant pas d’indication morphologique du nombre (ex 345), comme il s’agit de la forme neutre réalisée dans les contextes dans lesquels le nombre n’est pas pertinent.

345. (a) mɛ́sɛ́ː kúllɛ́y (b) mɔ̀nsɔ̀ːnɔ́ːkùkúyaː

case grand arachide rouge

grande case arachide brune

L’on relève moins de possibilités pour les suffixes pluratifs que pour le nom, ‑tu ː, ‑si ː et ‑j ɛː étant communs aux deux classes grammaticales, et ‑sir, relevé quasi uniquement avec les adjectifs. Les morphèmes pluratifs adjectivaux sont déterminés partiellement par les classes morphologiques : tu ː et ‑si ː ont été relevés avec les adjectifs non dérivés et les adjectifs dérivés de coverbes, et ‑j ɛː avec les adjectifs dérivés de noms et ceux dont les formes plurielles sont plus rarement employées, ce dernier conditionnement étant identique pour les noms.

Quelques particularités sont à relever pour la forme non marquée. Il existe deux possibilités de formation, la première étant l’allongement de la voyelle finale du radical ou de la voyelle servant de support au suffixe singulatif, allongement caractérisant les nominaux (ex 346) lorsque l’adjectif est dérivé d’un radical à finale consonantique (ex 347). Les règles de réalisation de cette voyelle ont été précisées en 2.1.2.3.4.

346. (a) ɲɛ́ndì-g (b) ɲɛ́ndíː

nouveau-sg nouveau

nouveau nouveau

347. (a) cùcúm-ɔ́-g (b) cùcúmɔ̀ː

gros-sggros

gros gros

Une seconde possibilité est l’adjonction de ‑y au radical, relevée pour un petit nombre de termes, lorsqu’il s’agit d’un radical adjectival non dérivé et que la voyelle finale du radical est une voyelle moyenne ou basse (ex 348). De plus, l’on observe une tendance à la fermeture d’un degré de la voyelle basse (ex 349), bien que celle-ci ne soit pas régulière (ex 350). Cette formation est toutefois marginale, comme la majorité des adjectifs non dérivés ont une forme nonmarquée en ‑V ː (ex 351).

348. (a) lìkkɛ́-g (b) lìkkɛ̀-y

haut-sg haut-?

haut haut

349. (a) kùllà-g (b) kúllɛ́-y

grand-sggrand-?

grand grand

350.(a) ndàkàlá-g (b) ndàkàláy

court-sg court-?

court, bas court, bas

351.(a) kɔ̀mɔ́lɔ̀-g (b) kɔ̀mɔ́lɔ́ː

fort-sg fort

fort fort

Du fait que ces deux réalisations, -V ː et –y, sont attestées, il est envisageable de poser un suffixe –y, les traits de la voyelle à sa gauche se propageant dans la majeure partie des cas, le conditionnement étant à la fois morphologique (nature du radical) et phonologique (aperture de la voyelle finale du radical), et n’apparaissant à la surface que dans la plus petite partie des cas. Cette interprétation trouve une justification dans le fait que ce phénomène d’allongement vocalique par assimilation du ‑y est bien attesté dans le système verbal et qu’on le relève également dans le système nominal, bien qu’il ne soit jamais attesté en finale de mot. Malgré tout, comme cette assimilation ne concerne qu’un petit nombre de termes, et que le conditionnement est assez complexe et irrégulier de surcroît, il nous semble préférable de poser un allongement vocalique dans la majeure partie des termes, et un allomorphe du suffixe, ‑y, pour les quelques termes restant, la variante étant déterminée par le radical.