6.2.1 Possessifs

Il existe deux façons d’exprimer la possession en maba, selon qu’il s’agit de possession inhérente ou non, à l’aide d’un préfixe dans le premier cas et d’un déterminant dans le second.

6.2.1.1 Possession inhérente

L’on parlera de possession inhérente plutôt qu’inaliénable, comme les termes déterminés expriment nécessairement une relation entre deux ou plusieurs individus et ne peuvent apparaître sans que cette relation ne soit précisée sur le plan morphologique et que l’on ne relève pas les termes pour les parties du corps, qui sont généralement dans le même paradigme que les termes de parenté lorsqu’une langue fait la distinction entre possession inaliénable et aliénable. En maba, les termes déterminés sont les termes de parenté, que ce soit la parenté de sang ou d’alliance, bien que toutes les relations ne soient pas exprimées de cette façon. Les enfants, contrairement à la co-épouse, ne sont pas inclus dans cette classe. Dans les cas où le contexte immédiat ne permet pas de récupérer le déterminé, c’est-à-dire l’individu concerné par la relation exprimée, et comme il n’est pas possible d’employer un terme de parenté sans préfixe de possession, l’on emploiera la forme correspondant au délocutif singulier (ex 370a), forme qui sera également employée lorsque la relation est déterminée par un nom ou un syntagme génitif (ex 370b).

370. (a) t-únúŋ

3s-père

son père, le père

(b) m-ír=gìníŋ t-únúŋ=gù t-àtáy

1s-frère=gen 3s-père=sg.def 3s-aller.decl

Le père de mon frère s’en va.

La possession inhérente est exprimée par un paradigme de préfixes, qui ne sont pas sans rappeler les indices pronominaux verbaux ainsi que les déterminants possessifs. Il existe des préfixes pour les trois personnes du singulier (ex 371a), alors que l’on emploie la forme avec le préfixe singulier correspondant et le déterminant possessif de la personne du pluriel pour les personnes du pluriel (ex 371b). Le préfixe possessif donc fait référence à la relation, ou à la personne avec laquelle la relation est établie, mais non au nombre des personnes concernées par celle-ci, ce dernier pouvant être précisé par le déterminant possessif.

371.(a) m-ú-g (b) m-ú-g m-ɛ́ní-g

1s-sœur-sg 1s-sœur-sg 1p-pos-sg

ma sœur notre sœur

La pluralisation des termes de parenté se fait par l’adjonction d’un suffixe pluratif. Toutefois, la formation des pluriels pour les termes dénotant le père ou la mère, ainsi que les ascendants et les collatéraux des parents, est irrégulière, comme la structure syllabique du radical est modifiée et que l’on insère une syllabe (ex 372).

372. (a) m-íɲíŋ (b) m-ìɲìŋ-gì-túː

1s-mère 1s-mère-?-pl

ma mère mes tantes maternelles

Nous donnons, dans le tableau 22, les préfixes qui, nous l’avons fait remarquer, ont une ressemblance avec les indices de personne dans le système verbal. Il existe deux possibilités pour l’allocutif singulier, la première sans préfixe, la seconde avec l , cette diversité rappelant celle des réalisations de la seconde personne

Tableau 22 : Possession inhérente
  père, sg père, pl 1 sœur, sg sœur, pl
1s m-únúŋ m-ùnùŋgù-túː m-úg m-ú-síː
2s Φ-núŋ Φ-nùŋgú-túː l-úg l-ú-síː
3s t-únúŋ t-ùnùŋgù-túː t-úg t-ú-síː

Une voyelle support est insérée lorsque le radical est à initiale consonantique, comme c’est le cas pour nuŋ père (ex 373), insertion observée dans le système verbal entre les préfixes et le radical verbal.

373. múnúŋ

m-nuŋ

1s-père

mon père

En cas de réduction discursive, il n’est pas possible de remplacer un terme exprimant la possession inhérente par un déterminant possessif, même lorsque la relation exprimée est claire, dans une construction symétrique dans laquelle les relations mais non les déterminants sont identiques. Il sera nécessaire de reprendre le terme auquel on adjoint le préfixe de possession (ex 374).

374. (a) l-ú-g t-àt-á m-ú-g t-ár-à

2s-sœur-sg 3s-aller-pas 1s-sœur-sg 3s-venir-pas

Ta sœur est partie, ma sœur est venue.

(b) *lú-g tàtá ɛ̀mbɛ́gù tárà

* Ta sœur est partie, la mienne est venue.

Notes
1.

Le pluratif se réfère aux oncles paternels