Pour onze, littéralement dix - un, ɔ ̀ttúk et t ɔ ́ːn sont juxtaposés, sans que la relation ne soit indiquée sur les plans morphologique ou syntaxique. À partir de douze, la structure morphologique des chiffres est plus complexe, le morphème ‑áŋ signifiant la caractérisation est suffixé au numéral lorsqu’il est monosyllabique (ex 386a) et se substitue à la dernière syllabe dans les autres cas (ex 386b). La formation de dix-neuf est irrégulière, ɔ ̀dd ɔ ̀yí neuf étant juxtaposé à ɔ ̀ttúk sans marque morphologique (ex 387). Tous les termes composés du numéral + áŋ portent le profil h‑b.
386. (a) ɔ̀ttúk mbár-àŋ (b) ɔ̀ttúk kúŋ-àŋ
dixdeux-car dix trois-car
douze treize
387. ɔ̀ttúk ɔ̀ddɔ̀yí
dix-neuf
Le fait que les chiffres soient complexes et construits sur dix à partir de onze confirme le fait qu’il s’agit d’un système en base dix, et que les nombres de un à six s’insèrent dans une sous-classe de par leur comportement morphosyntaxique.
À partir de vingt, ɔ ̀ttúk est répété et suivi du chiffre indiquant la dizaine (ex 388a). Il a été relevé une variante de cette réalisation, le terme ɔ ̀ttúk ɔ ̀ː étant suivi du numéral, le suffixe ‑ ɔː s’apparentant à un morphème pluriel (ex 388b). L’unité est rajoutée, précédée de tál sous (ex 389). Le nombre cardinal employé est celui de la série 1. dàkàg cent ainsi que d ɔ ̀l ɔ ́g mille, un très grand nombre sont des singulatifs, les formes plurielles dákáː et d ɔ ́l ɔ ́ː étant attestées. d ɔ ́l ɔ ́ː est par ailleurs identique au terme signifiant troupeau ainsi qu’à celui que l’on emploie pour désigner une grande quantité, contrairement à dákáː, qui n’a été relevé qu’avec le sens de numéral.
388. (a) ɔ̀ttúk ɔ̀ttúk sìttàːl
dixdix six
soixante
(b) ɔ̀ttúkɔ̀ː síttìː
dix.pl six
soixante
389. dàkà-g tɛ́-g ɔ̀ttúk ɔ̀ttúk mbàːr tàl tùːr
cent-sg un-sg dixdixdeux sous cinq
cent vingt cinq
Les nombres cardinaux maba sont en concurrence avec les numéraux arabes à partir de vingt (ex 390), du fait de la complexité de la formation des chiffres supérieurs à dix en maba, et du fait que l’arabe tchadien, la langue véhiculaire, est employé au marché, lieu par excellence de l’utilisation des chiffres.
390.wɔ̀njɔ́ː àrbàyín t-ɔ́ŋɔ́n=nú
jours quarante 3s-dormir=tps
Une fois les quarante jours passés, … (T2.11.11)
Il existe un emploi distributif des nombres, indiquant que chaque unité est au même prix (ex 391a). Ceci est une structure que l’on retrouve en arabe tchadien, mais également en français local, et qui n’est pas rare dans les langues d’Afrique sub-saharienne. Les constructions distributives s’intègrent également dans un énoncé (ex 391b), mais sont alors un peu plus complexes qu’un syntagme de détermination, construction sur laquelle nous reviendrons (voir 9.8).
391.(a) mbàːr mbàːr=náː w-ì
deux deux=gen 3p-decl
Ils sont à dix francs1 chacun.
(b) kɛ̀dɛ́míː=nú tɛ́-g tɛ́-g Φ-sù w-ɔ̀bbɔ̀ː-s-í-r-ì
œuf=def un-sg un-sg th-aux 3p-tomber\moy-pl-pas-pl-decl
Les œufs sont tombés un à un.
L’unité de comptage de l’argent est le riyal, équivalant à cinq francs CFA