6.5 Propositions relatives

Un nom peut être déterminé par une proposition relative, proposition minimalement constituée d’un verbe et commutant avec les déterminants nominaux. Du fait que ces propositions sont intégrées dans le constituant nominal dont elles déterminent la tête, et qu’elles peuvent commuter ave les déterminants adjectivaux, elles ont été traitées avec les déterminants nominaux plutôt qu’avec les propositions complexes.

Les relatives sont toutes restrictives, c’est-à-dire qu’elles limitent les référents possibles de l’antécédent. Le constituant dans lequel elles sont intégrées est généralement défini, du fait que la tête du syntagme est connue (ex 411).

411. (a) kàŋ mɛ́d lɔ̀ːlɔ̀ː n-ír=gù lútɔ̀-g nímmírɛ̀k

humain.sg pot vite ptcp-dire=sg.def chose-sg beau.sg

m-ɔ́ɲ=tɛ̀

1p-donner=fut

Nous donnerons quelque chose de beau à celui qui peut la (la comptine) dire vite. (T3.12.02)

(b) lútɔ́ː g-ìdáy=nú=gù dɛ̀ttír mbì=tɛ̀

chose th.2s-vouloir=def=obj pd o2s.s1s/1/3p-donner=fut

Je te donnerai ce que tu veux. (C5.11.23)

Dans tous les cas, les relatives sont post-nominales, comme dans la majorité des langues du monde (Creissels 2006b:199). La structure d’un constituant nominal déterminé par une proposition relative est la suivante, l’antécédent ainsi que le morphème nominal étant facultatifs :

antécédent[relative] – sfx

La construction interne de la proposition relative, quel que soit le terme relativisé, est celle d’une proposition indépendante. La relative, s’intégrant dans le constituant nominal, est sous la portée des morphèmes indiquant la fonction du constituant nominal, qu’il soit sujet, objet (ex 412) ou complément oblique. Ces morphèmes, nécessairement adjoints au dernier terme du constituant nominal, sont donc attachés au verbe de la relative. Il n’est pas attesté de pronom résomptif, une caractéristique typique des langues sov (Trask 1996:233) et fréquente dans les langues africaines.

412. (a) lútɔ̀-g à-dáy=gù à-ɲàmún=tɛ̀

chose=def 1s-vouloir=sg.def 1s-prendre=fut

Je prendrai ce que je veux.

(b) lútɔ̀-g tɛ́-g=káː n-ìrŋ-á-g káːy

chose-sg un-sg=add ptcp-rester-v-sg 3s.neg.decl

Il ne reste rien. (litt : Une chose qui reste, il n’y a pas)

Le fait que la relative est une proposition subordonnée est indiqué par l’omission du suffixe verbal ‑i (ex 413) marquant les formes déclaratives finies à certains tiroirs verbaux (voir 9.4.2.1) ou par l’emploi du participe (voir 6.5.1).

413. (a) kɔ́l-íː=nu n-ílŋ-á-r=gù

enfant\pl-pl-def ptcp-avaler-pas-pl=sg.def

(la hyène) qui a avalé les enfants … (C3.04.14)

(b) ɛ̀dì-gɛ̀sɛ́ː=nu n-ɛ̀dɛ̀w-ì-rɛ́-r t-ì

âne-sg mil=def ptcp-charger\moy-v-moy-pl 3s-decl

L’âne est de mil chargé.

L’on relève des relatives dans des constructions à sens passif, du fait que la passivisation morphologique n’est pas possible pour tous les verbes. Dans l’énoncé (414), la seule indication qu’il s’agit d’une relative est la forme non finie du verbe.

414. mílíː=nu w-ìŋgɛ̀r-í-r t-ì

nom=sg.def 3p-demander-pas-pl 3s-decl

Le nom a été demandé.

Nous traiterons les relatives selon la fonction du terme relativisé (6.5.1 à 6.5.4). Nous aborderons également les emplois du participe dans les relatives sujet et celles dans lesquelles l’antécédent n’est pas exprimé (6.5.5). Nous ne prendrons pas en compte la valeur de focalisation de la relative lorsqu’elle est en fonction de prédicat non verbal, dans une construction avec la copule (voir 15.5.1).