7.2.1Morphèmes de définitude

Les morphèmes =gu / =nu et =nú=gù sont toujours en position finale dans le constituant nominal, quelle que soit la catégorie grammaticale de leur hôte, marquant ainsi les limites entre constituant sujet et constituant objet, ou entre constituant sujet et prédicat non verbal (ex 428). Dans (428a), le clitique défini marque ʃ íg kùllàgcomme prédicat non verbal, le sujet étant absent, alors que dans (428b), l’organisation est différente, ʃ íg étant le sujet et kùllàg le prédicat. De même, dans les exemples 429, deux termes, les deux étant marqués pour la définitude, se succèdent. Le premier assumera nécessairement la fonction de sujet, et le second d’objet. Cette dernière construction est fréquente avec les verbes de parole, mais se trouve aussi dans d’autres contextes.

428. (a) máʃí-g kùllàː=gùt-í

homme-sg vieux=sg.def 3s-decl

C’est le vieil homme.

(b) máʃí=gùkùllà-g t-í

homme=sg.def vieux-sg 3s-decl

L’homme est vieux.

429. (a) ɲûː=gù sàgàr=gù t-ìŋgɛ̀r-í-r-í

chien=sg.def chacal=sg.def 3s-demander-pas-pl-decl

Le chien a demandé au chacal … (C1.02.02)

(b) sàgàr=gù kɔ̀drɔ́=gù fíríd kánáː=nu tànnd-ày-á

chacal=sg.def pierre=sg.def adv bouche=def 3s.caus.entrer.depuis-pas

Le chacal a brusquement mis (litt : fait entrer) la pierre dans la gueule (du lion). (C3.01a.41)

Le morphème singulatif g pourrait être considéré comme une forme réduite du morphème défini =gu, relation que l’on retrouve au non-singulatif, le morphème pluriel =nu connaissant lui aussi une réalisation brève n. Le suffixe singulatif et le clitique défini singulatif ont toutefois des fonctions et des distributions différentes, le premier n’apportant qu’une indication de nombre, à laquelle s’ajoute une indication casuelle pour le second. De plus, -g est adjoint à tous les termes du constituant et alors que -gu n’apparaît qu’à la marge droite du constituant. Enfin, il n’existe pas de distinction pour les formes non singulatives, ‑n n’étant qu’une variante phonétique de la forme pleine, et n’indiquant pas une définitude moindre, d’après nos informateurs1.

En ce qui concerne les réalisations tonales des morphèmes définis, =gù connaît une variante [=gú] conditionnée par l’environnement tonal, lorsqu’il est adjoint à des noms ou des déterminants nominaux. En effet, lorsqu’il est précédé et suivi de tons bas sur des constituants du même constituant nominal, gu sera réalisé [=gú] (ex 430a et 430b), de façon prévisible et régulière pour certains locuteurs, de façon un peu plus imprévisible pour d’autres1. Il sera réalisé [=gù] lorsque les deux termes ne font pas partie du même constituant nominal (ex 431). Le rabaissement d’un ton à la fin d’un constituant correspond à une tendance, assez générale dans la langue, à démarquer les unités syntaxiques à l’aide de la prosodie.

430. (a) mùʃɔ̀ŋ=gù Φ-lúsìː=nu hɔ́r t-ì

femme.sg=sg.def th-attendre-noms bien 3s-decl

C’est bien d’attendre la femme.

(b) mùʃɔ̀ŋ=gú Φ-lùsìː

femme.sg=sg.def th-attendre.imp.pl

Attendez la femme!

431.kàŋ mùʃɔ̀ŋ=gù kàlà-g kùŋàːl t-ɛ́n-ɛ̀

humain.sg femme.sg=sg.def enfant\sg-sg trois 3s-avoir-decl

La femme a trois enfants.

Lukas, dans les Tonbezeichnete Mabatexte (1953), transcrit systématiquement le morphème défini par – lorsqu’il marque l’objet, et – lorsqu’il définit un constituant sujet, confirmant que la langue est en évolution. Il s’agit cependant là d’un point qui devra être revu et précisé ultérieurement. La comparaison des réalisations tonales de =gu, objet et sujet, en l’état actuel de la langue et il y a une cinquantaine d’années indique que deux morphèmes distincts sont en train de s’amalgamer.

En masalit, l’accusatif singulier est indiqué de façon systématique par un arrondissement vocalique lorsque le nominal est à finale vocalique, et par ko lorsqu’il est à finale consonantique (Prinz 1998:24). Ce dernier suffixe n’est pas sans rappeler le =gu du maba. Les clitiques =nú=gù, marquant l’objet non singulatif défini, connaissent une réalisation h‑b dans tous les cas, et leurs tons n’influencent pas les tons du terme auquel ils sont adjoints (ex 432), ce clitique étant indépendant de son hôte.

432. (a) àmárà=gù kɔ́l-íː=nú=gù t-ìŋgɛ̀ːr-ì

lion=sg.def enfant\pl-pl=def=obj 3s-demander.decl

Le lion demande aux enfants … (C5.04.29)

(b) àː t-ìr-í "mb-ìdís=tɛ̀ g-ìdìy-âː, dúɲàː=nú=gù"

ainsi 3s-aux\pres–decl o2s.s1s1/3p-dire=fut th.2s-vouloir-q vie=def=obj

Il dit : ’Tu veux que je te dise, la vie, ce que c’est?’(C1.03.05)

Notes
1.

Lorsque la forme brève est réalisée dans le discours, elle a été transcrite sans ton.

1.

Les transcriptions tonales sont phonétiques.