7.3 Syntagme de détermination

L’expression ’syntagme de détermination’ recouvre les syntagmes où le sens du nom tête est précisé par un déterminant, que ce dernier soit un adjectif, un déictique ou un possessif, un numéral ou un quantifiant non numéral, mais également une proposition subordonnée relative ou une construction appositive ou génitive, tous des éléments dépendant nécessairement de la tête nominale du constituant. La relation entre la tête du constituant et les déterminants peut être marquée de diverses façons, par un accord syntaxique, un morphème ou par la position respective des termes.

Avant de décrire les types de constituants nominaux, nous reviendrons brièvement sur les schèmes d’accord, renvoyant également le lecteur à la partie 14.4. Comme nous l’avons montré en 6.1.2, la morphologie des déterminants est gouvernée à la fois par le trait [animé] et le nombre du nom dont ils dépendent. Un nom ayant un référent animé ne peut exprimer que la singularité ou la pluralité syntaxique, les déterminants s’accordant en nombre, singulatif et pluratif pour les adjectifs (ex 444), singulatif et non singulatif pour les déictiques et les possessifs. Pour les noms ayant des référents nonanimés singulatif ou pluriel, les déterminants seront au singulatif et au non-singulatif (ex 445). Quand les noms nonanimés sont singuliers ou pluratifs, les adjectifs seront au non-singulatif et au pluratif respectivement (ex 446), alors que les déictiques ainsi que les possessifs seront au non-singulatif dans les deux cas. Pour les noms massifs également, l’adjectif, tout comme le déictique, aura la forme du non-singulatif (ex 447).

444. (a) kámbà-g kùllà-g (b) kàmbá-ɲìː kùllì-sír

garçon-sg grand-sggarçon-plgrand-pl

grand garçon grands garçons

445. (a) kɛ̀dɛ́mì-g kùllà-g (b) kɛ̀dɛ́mìː kùllì-sír

œuf-sggrand-sg œuf grand-pl

gros œufgros œufs

446.(a) mɛ́sɛ́ː kúllɛ́y (b) mɛ̀s-túː kùllì-sír

case grand case-pl grand-pl

grande case grandes cases

447. (a) ɛ́njìː kíráː

eau foid

de l’eau froide

L’ordre relatif des déterminants dépend de facteurs pragmatiques, le déterminant le plus saillant étant le plus proche du nom de la tête du constituant. La langue évite toutefois, de façon générale, les séquences de déterminants, le nombre de ceux-ci est rarement supérieur à deux, ce qui permet peu de latitude pour les positions relatives de ces derniers.

L’ordre canonique dans le constituant, non marqué et perçu comme tel par les informateurs, peut donc être modifié en fonction de l’importance que le locuteur accorde à une information. Tous les éléments peuvent se combiner, à l’exception de la proposition relative et du syntagme génitif, mutuellement exclusifs. Le déictique est toujours en avant-dernière position du constituant, avant le clitique défini, adjoint au à la marge droite du constituant.

Dans cette partie, contrairement au chapitre 6, dans lequel nous avons examiné les structures et les paradigmes des déterminants, nous aborderons les types de constructions permettant de préciser le sens de la tête d’un syntagme. Le dépendant peut être l’un des déterminants du nom (7.3.1 à 7.3.4) ou un constituant nominal tel le syntagme appositif (7.3.5) ou le syntagme génitif (7.3.6), ou même une proposition, telle la subordonnée relative (7.3.7).