7.3.2 Déictiques et possessifs

L’organisation syntaxique de l’énoncé confirme que déictiques et possessifs sont membres de deux sous-classes de déterminants malgré leurs similitudes (voir 6.2). Nous ne reviendrons pas sur la possession inhérente, marquée par un préfixe, que nous avons traité dans la partie 6.2.1.1. Les positions du déictique et du possessif ne sont pas identiques dans le constituant nominal. En effet, le déictique se trouve systématiquement en dernière position avant le morphème défini, quelle que soit la nature grammaticale des constituants (ex 450).

450. (a) jú-g kùllà-g wàː=gù

jarre-sg grand-sg dem=sg.def

cette grande jarre

(b) mùʃkílà-g kɔ̀kɔ́-ɲìː kɛ́lɛ̀-g wàː=gù

problème-sg fille\pl-pl gen-sg dem-sg=sg.def

ce problème des filles (M15.28)

La position du possessif, quant à elle, est moins fixe que celle du déictique, et il peut apparaître avant ou après un autre déterminant dans les exemples élicités (ex 451). Par contre, il est placé immédiatement à la droite du nom qu’il détermine et donc avant l’adjectif dans les énoncés spontanés, et c’est cette structure qui est perçue comme non marquée par les locuteurs, tel l’exemple (452), tiré d’un conte.

451. (a) dɛ́ː ɛ̀mbɛ́ː fɛ̀fɛ́r-túː=nu

vache 1s.posblanc-pl=def

mes vaches blanches

(b) dɛ́ː fɛ̀fɛ́r-túː ɛ̀mbɛ́ː=nu

vache blanc-pl 1s.pos=def

mes blanches vaches

452. kàlà-g t-ɛ̀nɛ́-g kùllàː=gú

enfant\sg-sg 3s-pos-sg vieux=sg.def

son fils aîné (C3.02.18)

Déictique et possessif, bien qu’ils n’apparaissent pas dans les mêmes positions, sont mutuellement exclusifs, et des structures comme celle de l’exemple (453), rares dans notre corpus, sont à interpréter comme une dislocation à gauche du constituant nominal, repris par le déictique en fonction anaphorique. Nous n’avons néanmoins pas d’exemples comprenant le morphème défini, morphème qui permettrait de lever l’ambiguïté.

453. bàr-túː ɛ̀mbɛ́ː wáŋ drùfɔ́n=kà

chaussure-pl 1s.pos dem th.2s.attraper=coor

Mes chaussures, attrape-les, et ... (C5.04.22)