Le nom peut être précisé par des déterminants avec lesquels il n’entretient pas de relation syntaxique étroite, ceci étant le cas pour les syntagmes appositifs et il en a été relevé, le premier restreignant le sens de la tête du constituant, s’apparentant de ce fait à un syntagme génitif, et le second, une construction plus complexe, dans lequel la tête de la construction est nécessairement m ɛ ́l ɛ ̀g maître, propriétaire, exprimant avant tout la possession, mais également la caractérisation de la tête du constituant nomina.
La construction appositive est distincte du syntagme génitif, comme la relation entre les deux termes n’est pas indiquée formellement et que l’ordre des termes est strict. La construction appositive se distingue également de la composition nominale, puisque la relation n’est pas marquée sur le plan phonologique dans le premier cas, alors que l’on relève des modifications vocaliques et segmentales dans les termes d’un composé (voir 4.5.2).
Dans le premier type de constituant appositif, deux noms sont juxtaposés, le premier étant déterminé par le second, ce dernier pouvant soit n’apparaître que dans la construction appositive et ne qualifier qu’un seul terme (ex 456a), soit être employé également dans un sens général (ex 456b et 456c). Dans cette construction, le premier terme est nécessairement un terme générique, que le second précise.
456. (a) àdrá-g kùmbúy (b) súː ɲúː
criquet-sg pèlerin sauce viande
criquet pèlerin sauce à la viande
(c) kàŋ máʃí-g
humain.sghomme-sg
homme (litt : personne homme)
Le comportement des termes du syntagme appositif lors de la pluralisation permet de distinguer entre les termes attestés indépendamment l’un de l’autre, pluralisés les deux, (ex 457a) et les déterminants dont l’emploi est limité à préciser le signifié d’un seul déterminé, qui, eux, restent invariables (ex 457b).
457. (a) kày máʃúː (b) àdràkà-síː kùmbúy
humain.pl homme criquet-plpèlerin
des hommes des nuages de criquets pèlerins1
La structure du second type de syntagme appositif est plus complexe, comme ce constituant est formé de deux syntagmes enchâssés, le second, [Déterminant ‑ m ɛ ́l ɛ ̀g], ayant pour fonction de déterminer la tête de l’ensemble du constituant. L’ordre des constituants de ce second syntagme est à l’inverse de la structure canonique du syntagme appositif, dans lequel la tête est le premier élément. L’on peut schématiser ce type d’apposition de la façon suivante :
tête ‑ [dépendant ‑ tête]
Le constituant dont m ɛ ́l ɛ ̀g est la tête a pour déterminant un nom (ex 458a) ou un syntagme de détermination adjectivale (ex 458b). La tête peut ne pas être exprimée, s’il s’agit d’un terme générique, comme dans (458c), où le terme kàŋ personne, individu est élidé. Bien que les relations syntaxiques ne soient pas marquées formellement, le morphème défini se trouve après le dernier terme du constituant, m ɛ ́l ɛ ̀g en l’occurrence, dans (458b), l’ensemble du constituant le précédant se trouve sous la portée de ce clitique, confirmant qu’il s’agit d’une même unité syntaxique. Nous reviendrons sur ce syntagme dans la partie 11.8.2, où nous traiterons de la possession.
458. (a) dàrìŋ-túː dúkú-sìː mɛ́lɛ̀ː
dos-pl colline-pl propriétaire
Les dos ont une colline (i.e. une bosse) (C3.01a.29)
(b) kàŋ kíjíː kɔ̀mɔ́lɔ̀ː mɛ́lɛ́=gù
humain.sg tête dur propriétaire=sg.def
La personne têtue (C3.02.30)
(c) táŋ mɛ́lɛ́=gù híllɛ̀=gín t-íŋ-âː?
maison propriétaire=sg.defville=loc 3s-sortir.de-q
Le maître de maison est-il sorti en ville?
Le pluratif de adrag implique plusieurs nuages de sauterelles.