7.3.6.2.1 =nág / =ná ː

La relation génitive générale est indiquée par =nág / =náː, relation dans laquelle le déterminant restreint les référents possibles du déterminé, sans pour autant le définir de façon plus précise (ex 462) ou exprimer l’idée de possession (voir Creissels 2006b:162). Ce clitique n’est pas dépendant du nombre du complété, contrairement à =gìníŋ et k ɛ ́l ɛ ̀g / k ɛ ́l ɛ ̀ː. C’est ce morphème que l’on relève le plus fréquemment dans les textes, la relation entre les termes étant la moins restreinte.

462.(a) ɲàmú-g fúl=ná=gù

huile-sg arachide=gen=sg.def

de l’huile d’arachides (T2.27.01)

(b) síláː dɛ̀g=náː t-ì

lait vache-sg=gen 3s-decl

C’est du lait de vache.

Le génitif tout comme l’attribution sont marqués par un morphème =na, pour la définition duquel il existe un flottement, comme certains de nos informateurs soutenaient que les réalisations =náː génitif et =náː attribution étaient distinctes, bien que nous n’ayons relevé aucune différence, ni de longueur vocalique ni de hauteur tonale. De plus, les indications étaient souvent peu claires, du fait de la difficulté à dissocier nettement possession et attribution en maba, les deux concepts étant de plus rendus de la même façon, par pour, en français. En outre, l’on relève un morphème =ná, connaissant une réalisation =náː et marquant les propositions subordonnées de but. La réalisation tonale des deux morphèmes, génitif et subordonnant, est identique, les deux étant généralement à ton haut (ex 463), à l’exception des énoncés dans lesquels ils apparaissent entre tons bas ou lorsque le locuteur indique la fin du constituant, auxquels cas la tendance est qu’ils soient réalisés à ton moyen (ex 464). Deux analyses sont donc possibles, la première étant de poser deux, ou même trois, morphèmes homophones, l’un pour le génitif et l’attribution, le second pour la subordination, alors que l’on ne retient qu’un seul morphème dans la seconde approche, la distribution déterminant le sens. Le morphème relevé dans le constituant nominal possède des caractéristiques nominales, ‑g au singulatif ou la longueur vocalique finale, alors que des réalisations longues ont rarement été relevées pour le clitique de subordination, et lorsque c’est le cas, il s’agit d’énoncés élicités, donc moins naturels que les exemples tirés de textes.

Ces éléments nous amènent à conclure, ce qui nous semble cohérent et la distribution de ce morphème, qu’il s’agit d’un seul morphème, au sens très général d’attribution, dont la signification plus précise dépend du contexte linguistique et extralinguistique, attribution ou possession dans un constituant nominal, but dans un constituant verbal.

463. (a) káy=nù ʃɛ̀ríyɛ̀ː w-ìndríː=tɛ̀=ná lál w-ùr-ŋ-ɔ́

humain.pl jugement 3p-faire=fut=but réunir 3p-aux\moy-sg-pas

Les gens se sont réunis pour prononcer le jugement … (C5.10.34)

(b) ɛ̀llɛ́ŋ=náː ànnáː t-ɛ́r-ì

auparavant=gen ainsi 3s-pas-decl

À l’époque (aussi) c’était ainsi. (M10.06)

464. (a) ɛ́lìː súː=gín t-àt-á, ɲúː=nú=gù t-àrák=tɛ̀=ná

[tàrák=tɛ̀ː=nāː]

Ali marché=loc 3s-aller-pas viande=def=obj 3s-acheter=fut=but

Pour acheter de la viande, Ali est allé au marché.

(b) m-ír=gùɔ̀-kɔ́y=tɛ̀=ná à-káy

[ɔ̀kɔ́y=tɛ̀ː-nā]

1s-frère=sg.def 1s-voir=fut=but 1s-aller.decl

Je vais voir mon frère.

Lorsque la relation génitive est marquée par–na, le complétant peut être un constituant nominal (ex 462) un nom adverbial (ex 465a) ou un verbe nominalisé (ex 465b), comme la relation génitive est assez générale, n’ayant pas de connotation de possession à proprement parler mais plutôt de caractérisation, alors qu’au contraire, on ne relève que des noms, accompagnés d’un déterminant, dans les constituants avec =gìníŋ et k ɛ l ɛ g / k ɛ l ɛ ː.

465. (a) bɔ́ŋɔ̀ː kùndán tɔ́n=nàː

chaud.noms hier un.def=gen

la chaleur d’avant-hier

(b) lútɔ̀ː Φ-yáŋàː=náː

chose th-boire.noms.v=gen

les boissons (litt : les choses pour la boisson) (T1.32.03)