Les radicaux coverbaux ne peuvent être actualisés dans le discours sans qu’on leur adjoigne un morphème, clitique nominal ou verbe support, ainsi que nous l’avons indiqué. Ces derniers sont des radicaux verbaux attestés par ailleurs dans la langue comme verbes à part entière, avec le sens de dire, ou plus rarement de faire. Le verbe sùn est fréquemment relevé dans le discours rapporté dans son sens lexical de dire (ex 493), du fait que l’on emploie de préférence le discours direct précédé ou suivi de dire pour rapporter les paroles d’une tierce personne (voir 15.7.1). La langue connaît des verbes ayant les signifiés de dire, ndísàn (ex 494) et faire, ndrìyàn ainsi que sùn (ex 495, homophone du verbe support, mais dont la conjugaison est quelque peu différente) et n’étant pas employés comme verbe support.
493. "ɲɛ́ː dɔ̀kúnɔ̀ː Φ-lìŋgìn-á" t-ìr=kà
pourquoi corde th-2s.avaler-pas 3s-aux\pres=coor
Il dit : ’Pourquoi as-tu avalé la corde?’, et ... (C1.01.27)
494. káy=nú=gù á-ndís=tɛ̀
humain.pl=def=obj 1s-dire=fut
Je le dirai aux gens.
495. kùdríyàː mbùl t-ɔ̀s-ɔ́=nú k-ùjìn-ì-n t-átár=tɛ̀
année deux 3s-faire-pas=tps th-revenir-v-ant 3s-venir=fut
Il reviendra après y avoir passé deux ans.
Lorsque les verbes support actualisent un coverbe, ils perdent leur contenu sémantique et leur fonction est d’enregistrer les indications de personne et de tam ainsi que la valence, les rôles sémantiques étant assignés par le radical lexical. Néanmoins, la valence du verbe support n’est pas déterminée par le lexème, certains radicaux admettant plusieurs possibilités (ex 496), ceci étant parallèle au fonctionnement des radicaux verbaux, pour lesquels la valence peut être modifiée.
496. (a) tám t-ɔ́rŋ-ɔ̀ (b) tám t-ùrŋ-ɔ́
terminer 3s-aux-pas terminer 3s-aux\moy-pas
Il a terminé. C’est terminé.
Toutes les flexions sont attestées pour le verbe support, le seul radical verbal pour lequel toutes les possibilités de dérivation ont été relevées, que ce soit l’expression morphologique de la singularité verbale, du réciproque et du réfléchi, recouvrant les sens passifs. Nous en donnons quelques exemples, le verbe support permettant de modifier le sens du prédicat (ex 497). Bien que súŋùn soit une forme dérivée, elle est la plus fréquemment attestée dans notre corpus et son sens singulier n’est pas très marqué.
497. (a) màːɲíː wáŋ lál Φ-sù
affaires dem réunir th-aux
Ayant réuni ces affaires, … (T2.23.04)
(b) lál Φ-sú-ŋ-ú-n tá m-àm-á=tɛ́r-ì
réunir th-aux-sg-v-ant emph 1p-aller-pas=irr-decl
(les – i.e. les affaires, collectif) ayant rassemblées, nous sommes partis. (T2.16.02)
(c) kɔ̀kɔ́-ɲìː lál Φ-sì-ŋ-ì-n
fille\pl-pl réunir th-aux\moy-sg-v-ant
Les jeunes filles s’étant réunies, … (T3.15.04)
(d) máŋ jàː Φ-níl-á-n tí lál Φ-sí-rɛ̀-n
1p emph th-entendre-v-ant emph réunir th-aux-rec-ant
Nous, nous avons entendu et nous étant réunis, … (T2.17.03)
L’emploi de la forme causative du verbe support confère un sens causatif au prédicat (ex 498).
498. fáddàl nɔ́ndrɔ́-ŋ-ɔ̀-n
mettre.à.l'aise th.caus.aux-sg-v-ant
Les ayant installés, … (T2.29.02)
Bien que leur conjugaison soit généralement régulière1, les verbes support présentent quelques particularités phonologiques et morphologiques. D’une part, la conjugaison de sùn comprend quelques paires tonales, dans lesquelles le ton a une fonction morphologique et indique le temps, un phénomène rare dans la langue (ex 499).
499. (a) á-r-ì (b) à-r-í
1s-aux\pas-decl 1s-aux\pres-decl
J’ai fait Je fais
D’autre part, sur le plan des réalisations, [r] est ainsi en variation avec [s], ceci pouvant s’expliquer par le fait que /r/ n’est pas attesté en initiale de mot dans le lexique maba (ex 500).
500. (a) à-r-í (b) Φ-sú (c) Φ-z-í
1s-aux-decl th-aux.imp th-2s.aux-decl
Je dis Dis! Tu dis
L’analyse des paradigmes du verbe support permet de dégager |‑ rV ‑| comme la forme sous-jacente du radical de ce verbe, en posant une sybilisation du /r/ en initiale de mot, rendant compte de toutes les réalisations. La réalisation [z] de l’exemple (500c) correspond à la vocalisation de la consonne initiale du verbe, régulière pour l’allocutif singulier. Bien que le phénomène de rhotacisation soit plus fréquent que celui de sybilisation, nous retenons cette dernière interprétation, du fait, d’une part, qu’elle permet de rendre compte du sens de la variation (r –> s et non s –> r), et, d’autre part, que les verbes à initiale de radical s ne connaissent pas de réalisation r dans les formes conjuguées (ex 501), et, enfin, que [s] et [r] sont attestés les deux en médiane. De plus, ce verbe est réalisé /ru/ dans tous les contextes morphologiques en masalit, une langue très proche du maba (Prinz, 1998:82).
501.(a) súkùn (b) túskì (c) *turki
ayant pilé elle pile
Les paradigmes sont donnés en annexe.