8.5.1 Radicaux descriptifs

Les radicaux descriptifs se répartissent en deux sous-classes, la première comprenant des radicaux pouvant recevoir les morphèmes dérivationnels, et la seconde dont les membres s’apparentent aux idéophones, comme ils sont invariables et servent généralement à renforcer un sens ou à imiter un bruit (voir Creissels 2006a:143).

La première sous-classe comprend entre autres les radicaux de couleur (ex 502a), et des radicaux décrivant un état (ex 502b). La dérivation adjectivale, mais non nominale, est productive pour cette classe de radicaux (voir 6.1.2).

502. (a) kùkùy t-ɔ́r-ŋ-ɔ́=nù

être.rouge 3s-aux-sg-pas=tps

Quand il est ’rouge’ (i.e. brun, grillé), … (T1.29.06)

(b) cùcùm t-ɔ́r-ŋ-ɔ̀

être.gros 3s-aux-sg-pas

Il a grossi.

C’est dans la seconde sous-classe que l’on relève les idéophones, ou plutôt les radicaux descriptifs fonctionnant comme tels. De façon générale, dans les langues du monde, il existe deux types de constructions dans les langues du monde pour les idéophones, les deux possibilités étant attestées en maba. Dans le premier cas, un radical lexical est toujours employé avec le même verbe, pour en compléter ou en renforcer le sens (ex 503), cas que nous avons traité avec les adverbes (voir 3.1).

503. sɛ́rɛ́m t-ɔ́kɔ́ː-r-í=ká

attentivement 3s-voir.pas-pl-nfn=coor

Il a regardé attentivement, et …

Dans le second cas, un verbe unique est combiné avec tous les idéophones, ce verbe étant, en maba, le verbe support sùn ou l’un de ses dérivés, formant ainsi un prédicat complexe. Dans cette sous-classe, l’on relève des radicaux décrivant une action (ex 504a), précisant la façon d’appeler un animal domestique (ex 504b) ou imitant le cri d’un animal (ex 504c). La structure phonologique des idéophones les distingue des radicaux nominaux, ainsi le glide labio-vélaire dans (504c), rarement relevé dans en position finale dans le lexique nominal.

504. (a) túkúlùm túkúlùm t-ìr-í

tukulum tukulum 3s-aux\pres-pas

Elle a une démarche masculine.

(b) tɔ́rmbɔ̀=gù dɔ̂ːΦ-sù!

chameau=sg.def appeler th-aux.imp

Appelle le chameau (en faisant doo)! (C3.01b.41)

(c) ɲú-gɛ̀mbɛ́=gù wɔ̂w tír-ànd-í

chien-sg 1s.pos=sg.def aboyer 3s-aux-neg-decl

Mon chien n’a pas aboyé.

Il s’agit là d’énoncés (ex 540) pour lesquels on pourrait considérer que le verbe support est un verbe plein au sens de dire, faire, et le coverbe un terme assumant la fonction du nom complément objet. Toutefois, comme le radical lexical est invariable et ne n’admet pas de suffixe nominal, et que de surcroît il n’apparaît que dans cet environnement, nous considérons qu’il s’agit d’un radical coverbal.