8.6.2 Dérivation en ‑vgou ‑vː

Il existe un deuxième mode de dérivation de nominaux à partir de coverbes, par l’adjonction de –Vg ou – au radical. La voyelle adjointe sera soit ‑a, lorsque les voyelles du radical sont des voyelles antérieures (ex 513a) ou ‑a (ex 513b), soit ɔ, dans les cas où les voyelles du radical sont [+rond] (ex 513c). Il existe cependant des radicaux [+rond] pour lesquels la voyelle insérée est ‑a (ex 513d). La façon la plus simple de rendre compte de ces différences, alors que l’on pourrait s’attendre à ce que l’harmonie d’arrondissement s’applique systématiquement, est de poser ‑a comme la voyelle réalisée par défaut, et d’admettre l’existence de radicaux dont les caractéristiques vocaliques se propagent sur les suffixes, conditionnant une réalisation ɔ, à côté de radicaux pour lesquels la propagation n’est pas attestée (voir aussi 2.3.3.3). Cette propagation vers la droite n’est cependant pas la propagation la plus fréquente dans la langue.

513. (a) sáy –> sáy-à-g

léger, fluide

(b) lɛ́ːlɛ̀w –> lɛ́ːlɛ́w-à-g

léger

(c) dùdùm –> dùdúm-ɔ̀-g

émoussé

(d) cúl –> cùl-á-g

toux

Le suffixe singulatif ‑g sera adjoint dans les cas où le terme dérivé assume une fonction d’adjectif, s’accordant avec la tête du constituant, et il alternera avec le morphème pluratif, ‑tuː le plus souvent (ex 514), forme pour laquelle la voyelle insérée au singulatif ou à la forme non marquée n’est généralement pas réalisée, comme elle ne fait pas partie intégrante de la base.

514. (a) lɛ́ːlɛ́w-à-g (b) lɛ́ːlɛ́w-tùː

être.léger-v-sg être.léger-pl

léger légers

La nature grammaticale de la base dérivée en ‑Vː n’est pas déterminée par la morphologie, mais par la distribution et les relations syntaxiques, du fait que ces bases fonctionnent comme nom et peuvent également assumer une fonction d’adjectif. L’exemple (515) illustre ainsi le même terme, b ɔ ́ŋ ɔ ́ː, de b ɔ ŋ sùn ayant fait chaud. Dans (515a), il a le statut d’un nom, étant la tête du constituant nominal, déterminé par un syntagme génitif, alors qu’il fonctionne comme prédicat non verbal dans le second, s’accordant avec le sujet, le prédicat étant un adjectif et non un nom dans ce type de construction.

515. (a) bár=náː bɔ́ŋ-ɔ́ː à-níl-ì

terre=gen être.chaud-v 1s-entendre-decl

Je sens la chaleur du sol.

(b) bár=nú bɔ́ŋ-ɔ́ː t-ì

pays=def être.chaud-v 3s-decl

Il fait chaud.

Il a été relevé quelques termes s’insérant dans la classe des noms et dérivés de coverbes à l’aide du suffise ‑iyaː (ex 516), caractéristique des nominaux dérivés à partir d’une base adjectivale (voir 4.5.1). L’on observe des modifications vocaliques dans ces termes.

516. (a) bɔ́ŋ sùn (b) bàŋ-íyàː

être.chaud être.chaud-noms

être chaud fièvre

517. bɔ́ŋ-ɔ́ː

être.chaud-v

chaud, chaleur, rhume par extension