9.1.1Caractéristiques du verbe

Le verbe est le seul terme obligatoire de l’énoncé. Il se caractérise par sa structure morphologique, étant constitué du radical auquel sont nécessairement adjoints un ou plusieurs morphèmes à gauche (indices sujet ou objet-sujet, préfixe causatif ou thématique) et à droite (temps –aspect – mode). Cette complexité des formes verbales est caractéristique des langues de la région, qu’elles soient très proches du maba, tel le masalit, ou un peu moins, tels le fur et le tama. Les voyelles du radical verbal ainsi que celles réalisées pour les préfixes sont de même arrondissement. Le timbre vocalique des suffixes est partiellement déterminé par le radical, mais également par le tiroir verbal. Un changement d’aperture ou d’arrondissement vocalique de la base, allant souvent de pair avec une resyllabification, indique le médio-passif ou la pluralité verbale.

L’on peut classer les verbes de diverses manières, suivant que l’on prend en compte les particularités morphologiques (préfixe thématique), phonologiques (structure du radical et identité des voyelles, profil tonal des tiroirs verbaux) ou syntaxiques (type d’arguments nucléaires), leur valence (transitivité, voix) ou leur classe sémantique. Nous verrons tour à tour comment le système verbal est organisé en fonction de ces facteurs.

La forme de citation des verbes est celle ne comportant pas d’indice sujet et à partir de laquelle le plus de formes sont dérivables, la forme du converbe marquant la consécutivité, cette forme étant de surcroît celle qu’il nous a été le plus facile d’éliciter. Nous parlerons, dans cette partie, d’élocutif singulier pour les premières personnes, d’allocutif pour les seconde et de délocutif singulier pour les troisièmes, le terme d’interlocutif recouvrant quant à lui les premières et les secondes personnes (Creissels 2006b:103).

Notre analyse a été réalisée en synchronie, nous mentionnerons quelques particularités des langues apparentées, mais nos recherches ne nous permettent pas de reconstruire les morphèmes verbaux ou de tirer des conclusions valables sur les relations de parenté entre ces langues.

Nous étudierons la structure morphologique du verbe, ainsi que la forme sous-jacente du radical (9.2). Nous reviendrons sur quelques points d’analyse phonologique, notamment l’interprétation des rétroflexes ainsi que des consonnes palatales, des prénasales. Nous apporterons quelques précisions également sur la relation entre les phonèmes obstruants labials, comme ce sont là des points sur lesquels la morphologie du verbe jette un éclairage intéressant (9.2.4). Nous présenterons les éléments adjoints à gauche du radical (9.3), et ferons de même pour les morphèmes adjoints à la droite du radical (9.4). Nous aborderons quelques modalisateurs (9.5), après la présentation des morphèmes tam. Nombre verbal et valence seront vus en 9.6 et 9.7 respectivement. Nous traiterons les mélodies tonales associées à chaque tiroir verbal, les tons n’étant pas pris en compte dans l’analyse des formes segmentales de surface et des radicaux, du fait qu’ils ne sont pas associés à des lexèmes (9.8). Nous traiterons les relations sémantiques et syntaxiques dans l’énoncé et le constituant verbal ainsi que les modifications de la valence et leur implication sur les relations grammaticales, dans le chapitre 10.