9.2.3 Représentation non linéaire du radical

9.2.3.1 Considérations générales

Nous proposons une représentation qui permettra de faire ressortir la similarité des formes dans le système verbal, sans tenir compte des variantes dans les réalisations de surface, que ce soit d’un verbe à l’autre dans les cas où les tiroirs verbaux sont identiques, ou d’un tiroir verbal à l’autre pour un même radical. En effet, il faut rendre compte de réalisations comme celles que nous avons vues en (529) ou dans la partie 2.3.3.1.2, et sur lesquelles nous reviendrons en 9.2.4. Cette représentation met également en évidence les particularités de chaque radical et de chaque paradigme de conjugaison. Les types de radicaux seront présentés d’après le nombre de timbres vocaliques définis par le radical.

Dans le paradigme donné ci-dessous (ex 530 à 532) et cela est fréquent dans la langue, les structures syllabiques sont conditionnées par la personne et non par le tiroir verbal.

530. (a) ɔ̀lsí (b) ɔ̀lsírì (c) ɔ̀lsí=̀

J’attends J’ai attendu J’attendrai

531. (a) lùsí (b) lùsírì (c) lùsí=tɛ̀

Tu attends Tu as attendu Tu attendras

532. (a) tùlsí (b) tùlsírì (c) tùlsí=tɛ̀

Il attend Il a attendu Il attendra

Pour certains verbes, une insertion vocalique est nécessaire à l’un des tiroirs verbaux, le futur dans (533a). Nous reviendrons sur la réalisation de ‑ŋg‑ dans la suite de ce chapitre.

533. (a) àwùráŋ=tɛ̀(b) àwùrŋgí

Je me lèverai Je me lève

De plus, une voyelle est réalisée pour certains tiroirs verbaux (le passé et l’impératif entre autres), cette voyelle étant sous la portée de l’harmonie vocalique, et variant selon le radical (ex 534).

534. (a) túskì (b) túskárì

Elle pile Elle a pilé

Toute voyelle (radical, préfixe ou voyelle insérée avant l’application des associations) se trouvant à la gauche de la dernière consonne du radical ou de cette voyelle support est affectée par les traits définissant les voyelles du mot verbal, alors qu’une voyelle insérée après que les associations ont été effectuées sera réalisée comme [i]. Les voyelles sont associées à partir de la droite, le point d’ancrage des traits vocaliques étant soit la dernière position vocalique de la forme de surface, soit la voyelle à la gauche de la dernière consonne du radical, ce point étant déterminé par le type de radical (voir 9.2.3.2).

La solution que nous proposons permet d’éviter les allomorphes, bien qu’elle nécessite une représentation plus abstraite du radical, dans laquelle les éléments constituant le radical (consonnes et voyelles) apparaissent sur deux strates distinctes associées par des règles de réalisation, cette représentation permettant d’insérer les voyelles dans les séquences consonantiques si nécessaire.

La représentation donnée dans (535) est celle de táŋánàn, l’un des verbes de 9.2.2.1. t‑ŋn correspond au radical, ‑v à la voyelle du suffixe et –n au suffixe tam.

535. táŋánàn

a

t-ŋn+v+n

renverser+v+ant

ayant renversé

Cette représentation ne fait référence ni à la réalisation phonétique ni à la réalité phonologique, mais indique simplement la séquence de consonnes ainsi que la ou les voyelles qui seront insérées pour que la forme verbale conjuguée soit bien formée. Par souci de simplicité, les consonnes et les voyelles seront données sur la même ligne, la représentation n’étant plus multilinéaire à proprement parler. Toutefois, elle le reste dans son principe. Nous reprenons l’exemple (536) pour illustrer notre propos.

536. táŋánàn

t-ŋn.a+v+n

ayant renversé